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Par André Parizeau
Porte parole du PCQ

Bien des gens peuvent se demander pourquoi nous continuons à parler de socialisme et de communisme.  Pour eux, le socialisme est au mieux une utopie qui, dans la plupart des cas, s'est finalement terminée en cauchemar.  À défaut de mieux, le capitalisme demeurerait, conséquemment, un moindre de mal.

Notre propre vision des choses

Nous ne sommes pas d'accord avec ce point de vue.  Premièrement, et quoiqu'on doive rester critique face à ce qui a pu se faire jusqu'ici au nom du socialisme et du communisme (parce que ces sociétés étaient loin de correspondre, à chaque fois, à l'image qu'on en avait à un moment donné), il y a des choses qui demeurent claires et facilement démontrables :

Tirer les leçons des résultats obtenus dans le passé

Personne ne devrait se surprendre du fait que certaines expériences socialistes aient pu rencontrer des difficultés parfois très importantes et aient finalement donné des résultats qui ne soient pas forcément à la hauteur de ce qu'on aurait pu espérer.  L'effondrement de l'URSS au début des années 90 n'était pas le seul fait de considérations extérieures à ce qui pouvaient se passer à l'intérieur même du pays; pour une bonne part, ce fut aussi le résultat de problèmes internes très sérieux.

L'instauration de la dictature du prolétariat, pour reprendre une expression consacrée, se voulait une étape pour étendre à une échelle encore jamais vue, la démocratie. Dans les faits, et dans bien des cas, c'est plutôt le contraire qui s'est passé.  Et même si, d'un point de vue social, les choses ont pu s'améliorer en URSS, pour reprendre cet exemple, du point de vue de la démocratie et de la remise effective du pouvoir entre les mains des travailleurs et des travailleuses, ce fut plutôt un échec.  Avec le temps, l'objectif de la remise du pouvoir entre les mains de ceux-ci eut plutôt tendance à se limiter à la concentration du pouvoir entre les seules mains du parti communiste.

On peut certes déplorer tout cela et nous devrons ultimement renforcer notre compréhension de ce qui a pu bien marcher et mal marcher dans ces pays.  En même temps, cela ne veut pas dire que la cause du socialisme et du communisme soit utopique et inutile pour autant, et qu'il faudrait arrêter de vouloir changer et améliorer notre sort.  À ce compte là, et s'il avait en effet fallu que l'être humain ait toujours pensé de la sorte, on en serait encore à l'âge de pierre.

Garder une perspective historique

Toute l'histoire des grands bouleversement sociaux est en effet faite de constations similaires.  On n'a qu'à se rappeler des difficultés rencontrées par la plupart des révolutions démocratiques bourgeoises dans le monde occidental pour s'en convaincre.  Les idéaux de liberté, d'égalité et fraternité étaient au coeur de la révolution française; pourtant, et à cet égard, plus de 200 après, on en est toujours assez loin à plus d'un égard.  Alors ...

Il ne viendrait jamais à l'esprit d'un bourgeois de condamner le capitalisme sur la seule base du fait que les premières révolutions bourgeoises ne furent en définitive que des demi-succès.   Les bourgeois sont en général assez critiques face à un personnage, tel Robespierre, qui dirigea la révolution française et envoya bien des gens sur l'échafaud au cours de cette révolution.  Mais aucun d'entre eux n'oserait pour autant condamner la révolution française.

Alors pourquoi faudrait-il juger différemment les premières expériences socialistes ?  Cela ne fait pas de sens.  L'important devrait plutôt consister à oeuvrer pour faire mieux les prochaines fois et, conséquemment, poursuivre les efforts pour faire avancer la cause du progrès social.

Pour nous le socialisme, de même que la disparition ultime des classes sociales et des disparités entre celles-ci -- ce qui est l'objectif final du communisme -- demeure toujours autant d'actualité.  Cela vaut pour les pays de l'ancienne URSS autant que pour nous, ici. Cela est d'autant plus vrai que le capitalisme est plus que jamais pris dans ses propres contradictions internes.

Les contradictions du système capitaliste

Si aujourd’hui nous avons accès à toutes sortes de biens et de services, c’est en bonne partie à cause du caractère hautement socialisé de notre économie.

Que vous soyez au volant d’un camion assurant le transport de marchandise, à l’emploi dans un bureau, que vous soyez une ouvrière ou un ouvrier sur une chaîne d’assemblage, ou tout simplement en train d’acheter dans un magasin un produit ou un autre, vous contribuez tous et toutes à faire rouler notre économie et vous êtes des millions à le faire à tous les jours.  C’est ce que nous voulons dire quand nous parlons du caractère social des forces productives dans notre société.  C’est là une des principales caractéristiques de notre économie, au bas de la pyramide.

En haut de la pyramide, c’est une autre histoire car la majeure partie de notre économie demeure la propriété privée d’une minorité.  Même lorsque qu’une entreprise devient très grande, que son administration ne repose plus sur une seule personne ou quelques personnes, mais bien plutôt sur des centaines de cadres et de gestionnaires, à différents niveaux, qu’elle va sur la bourse et que son capital actions se retrouve ultimement dilué parmi des milliers, sinon des dizaines de milliers d’actionnaires anonymes, le contrôle effectif de l’entreprise demeure néanmoins, et dans la plupart des cas, entre les mains de quelques bourgeois.  Ces derniers continuent toujours à tirer toutes les ficelles et peuvent à tout moment décider de mettre fin à telle ou telle facette des opérations de cette entreprise, sans égard à ce que pourraient être les conséquences d’un tel geste.

C’est ce que nous voulons dire quand nous parlons du caractère privé des moyens de production dans la société capitaliste.  La contradiction entre le caractère social de la production de biens et de services et le caractère très privé des moyens de production ainsi que le caractère, encore plus privé de l’appropriation du fruit du travail effectué (puisque les profits aboutissent le plus souvent dans les poches de quelques bourgeois) est une des contradictions les plus fondamentales du capitalisme en même temps que la source de beaucoup de nos problèmes.

Un système au fond profondément anti-démocratique

C’est en même temps une des raisons pour lesquelles nous disons que cette société est au fond très anti-démocratique.  S’il est vrai que c’est certes beaucoup mieux que ce qu’il pouvait exister avant, sous le féodalisme ou l’esclavagisme, le capitalisme demeure une société basée sur la domination de la majorité par une minorité… et cela ne peut qu’être profondément anti-démocratique.

Dans le fonds, ce qu'il faut encore faire aujourd'hui, c'est renverser l'ordre des choses et remettre véritablement le pouvoir entre les mains de la majorité.  Alors, nous serons mieux outillés pour que l'ensemble des décisions reflètent justement les intérêts de cette majorité, au lieu de servir uniquement les intérêts d'un petit groupe.  D'un point de vue historique, cela correspondra en même temps à un progrès majeur pour l'ensemble de l'espèce humaine.

 

 



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