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Le multimillionnaire Guy Laliberté vient d'annoncer la mise sur pied d'une fondation qui dépensera 100 millions de dollars au cours des 25 prochaines années pour lutter contre la pauvreté dans le monde.  Cette nouvelle fondation viendra s'ajouter à une multitude d'autres organismes, tous privés et du même genre, mis en place au fil des années par plusieurs autres noms connus du Québec inc  -- pensons entre autres à la famille Chagnon.  Mais est-ce là vraiment la manière dont il faudrait voir la recherche d'une plus grande équité dans notre société ?  Est-ce que cela ne met pas plutôt en relief l'illogisme d'une fiscalité où tout est à l'envers ? 

Le simple fait que des individus, tel que Guy Laliberté ou la famille Chagnon (ex-propriétaire de Vidéotron), soient capables d'amasser dans une période de temps relativement courte des fortunes personnelles aussi colossales, alors qu'on nous répète tout le temps que le Québec n'a pas les moyens de continuer à se payer des programmes de santé et un système d'éducation gratuit, comme cela existe pourtant ailleurs, devrait au départ nous faire sonner des cloches.

Au fil des années, tous les gouvernements ont régulièrement et systématiquement réduit (quand cela n'est pas carrément éliminé) les impôts sur les gains en capital ainsi que les droits de succession.  Ils ont également multiplié les abris fiscaux pour la frange la plus riche de la population et diminué les impôts des corporations.  Avec comme double conséquence que les franges moins fortunées de la population supportent une part de plus en plus grande du fardeau fiscal (toutes proportions gardées), ont de plus en plus de misère à arriver (d'autant que les salaires montent pas mal moins vite que les profits des entreprises ...), et que l'État se retrouve également ... avec un manque à gagner de plus en plus grand (tout au moins au niveau provincial).  Tout un choix de société ! ...

Pendant ce temps, les plus riches, comme la famille Chagnon ou encore le PDG du Cirque du Soleil, peuvent étaler leurs richesses et se donner ... des airs de gens pleins de compassion.  On oublie alors de dire que l'argent qu'ils versent ainsi, à de telles fondations, leur permet surtout de continuer d'éviter de payer une fois encore de l'impôt, et donc de se soustraire, une fois de plus, à leurs propres obligations sociales.

Mais là ne s'arrête pas l'absurdité d'une telle situation.  Non seulement peuvent-ils en effet, et de cette manière, continuer de ne pas payer d'impôt, mais cela leur permet aussi de se garantir un maximum de pouvoir dans la manière dont "leur" argent (mais est-ce vraiment leur argent ?) sera ultimement dépensé, puisque que c'est eux, avec leurs amis, qui contrôlent ces fameuses fondations et que nous ne pourrons jamais, nous le monde ordinaire, avoir le moindre impact sur les décisions de ces dernières .

Pour les plus riches, un tel phénomène peut donc devenir une façon d'accentuer encore plus leur influence.  Mais pour le reste de la population, qui continue toujours à trimer, juste pour pouvoir arriver à joindre les deux bouts, c'est plutôt le contraire puisqu'on se retrouve finalement à perdre un peu plus, collectivement, de contrôle sur notre propre destinée.

On pourrait assez facilement corriger la situation en renversant la vapeur au niveau de notre régime fiscal, et en s'assurant que ce soit plutôt l'État qui contrôle ces mêmes argents.  On pourrait, au strict minimum, imposer dès le départ ces fameuses fortunes selon des ratios beaucoup plus élevés, ramener les impôts sur les successions, ainsi que les impôts sur les gains en capitaux.  Les plus riches ne se retrouveraient pas forcément moins riches puisqu'ils se disent aujourd'hui prêts à "donner" cet argent.  Tant qu'à se retrouver, à la longue, avec toutes sortes de fondations privées, sur lesquelles nous n'avons finalement que très peu de contrôles, et qui ont toutes comme particularités d'être en surplus des abris fiscaux, une telle refonte de notre système fiscal aurait au moins le mérite de rendre notre société un peu plus démocratique, tout en aidant l'État à se donner une plus grande marge de manœuvre.

Impossible, direz-vous ?  C'est l'argument d'usage, chaque fois qu'il s'agit de sortir des sentiers battus.  De toute évidence, cela pourrait impliquer de remettre en cause certaines règles, au niveau de la gestion de notre économie. Sauf que l'alternative revient dans les faits à continuer à s'enfoncer encore plus dans les reculs sociaux.

 

 


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