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Réagissant à tout ce qui se dit et s'écrit par rapport à la Chine, notre camarade Guy Roy croit qu'il faut éviter, dans un tel contexte, de tirer des conclusions trop vite, comme si tout était déjà réglé et inévitable.  Ce n'est pas forcément le cas et il faut rester attentif à tout ce qui peut encore se passer là-bas, souligne-t-il. 

Un récent article paru dans le journal français Le Monde semble en effet indiquer que le Parti communiste chinois est loin d'être aussi monolithique que certains pourrait le penser.  Les débats et les critiques se feraient même plus ouvertes et sévères qu'à l'habitude, souligne le journal Le Monde; cela serait semble-t-il relié à la tenue prochaine d'un congrès de ce parti, événement toujours important dans la vie politique de ce pays.  Ci-joint des extraits d'un commentaire récemment envoyé par notre camarade et se voulant une contribution à tous les débats en cours et portant sur ce qui se passe dans ce pays.  Le texte fut en même temps adapté, de manière à y maintenir un maximum de clarté.

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Par Guy Roy
Membre du Comité Central du PCQ

... Les Chinois essaient de briser cette idée que socialisme va nécessairement de pair avec pauvreté.  Le parti communiste chinois a appelé à la modernisation du pays il y a plusieurs années, mais il a fallu plusieurs échecs pour que les communistes finissent par se rendre compte qu’il fallait trouver autre chose. Entre autres, un développement au sens qu’on lui donne souvent dans nos pays : l’enrichissement collectif de la nation. On s’est mis à se dire que l’exercice d’un pouvoir, parfois très abstrait et éloigné des Chinois ordinaires, n’était pas conforme aux objectifs qu’une société socialiste doit se donner.

... Il est devenu évident pour bien du monde maintenant que la Chine se développe grâce à un choix fait récemment, et là ce n’est plus évident, qui s’appuie sur le marxisme. La Chine se considère toujours comme un pays du tiers-Monde. Sa très grande population pauvre l’atteste... Les débats là-dessus, tel que relatés par une enquête du journal français l’Humanité, publiée en 2006 et portant sur ce qui se passe en  Chine, restent vifs. Bien des intellectuels marxistes contestent la façon néolibérale d’engager le développement. Qu’ils n’aient pas encore beaucoup d’audience au sein du parti ne contrevient pas à la justesse de leurs propos qui visent à ramener le parti à des considérations plus sociales.

... Les membres du Parti communiste chinois sont constamment interpellés parce qu’ils sont à la tête de l’État. Ce sont eux qui exercent le pouvoir. Peuvent-ils en abuser indéfiniment  sans tenir compte des intérêts des ouvriers ? On peut en douter. On fait beaucoup de cas des accidents dans les mines, par exemple, dans nos médias. Mais quels sont les suivis, les enquêtes et surtout, quelles mesures sont prises par l’État pour moderniser les moyens de productions à l’avantage des ouvriers, de tout ça on entend peu parler sinon par le biais de nouvelles sur les profits encaissés par des transnationales occidentales contribuant à ces progrès.

On a longtemps classé la Chine dans les États « totalitaires » lui reprochant une direction centralisée à la Staline sans véritable droit sinon une Constitution formelle...  Le monde contemporain continue de voir la Chine avec ses propres critères de droits, de milieu de travail, et surtout, de la manière dont le peuple travailleur chinois exerce son pouvoir. Encore fort limité, ce pouvoir populaire a paru pour un temps, à la fin de la vie de Mao, être un nouvel idéal communiste d’égalité. Mais à l’expérience, il s’est avéré ne pas convenir pour aller de l’avant assez vite dans les quatre modernisations. Le parti sous la direction de Teng Sioa Peng a changé de cap. Est-ce que cela disqualifie la manière dont les communistes chinois façonnent de nouveau leur pays avec une manière différente de faire de la politique ? Peut-être à nos yeux. Mais c'est peut-être aussi un peu plus complexe.

Les Chinois continuent de chercher ce qui convient le mieux à leur société. Peut-être qu'ils nous déçoivent dans les solutions qu’ils tentent d’appliquer.  C'est possible.  Je serais plutôt favorable de chercher avec eux des solutions. Comme l’ont fait des syndicalistes québécois TCA, et qui se sont récemment rendus en Chine. Une vile collaboration ? Pourtant les syndicalistes québécois n’ont pas été tendres pour le syndical chinois qui collabore avec l’État et qui aurait refusé de les voir.

La disparition de l’URSS mets les membres du Parti communiste chinois sur la sellette du mouvement communiste international. Alliés pour  contenir l’impérialisme  japonais qui se réarme en Asie ? Adversaires pour le ton conciliant envers l’impérialisme étasunien ? C’est difficile à trancher. Ils ont affirmé par contre ne pas vouloir jouer seuls le rôle de l’URSS devant la montée du fascisme dans les années trente. Ils restent aussi vigilants malgré tout face à l’agressivité étasunienne...  Ils demeurent en même temps très frileux pour une ingérence de leurs citoyens dans les affaires internes d’autres pays. Ainsi, les 20,000 membres de Greenpeace en Chine, quand ils interpellent la communauté internationale, sont beaucoup plus discrets que leurs pendants occidentaux. Ils ne s’occupent de cas concrets que devant leur seul gouvernement...

Les droits humains ? Bonne question ! L’hostilité là dessus est manifeste envers un pays comme la Chine. Et l’appel constant au respect de droits humains (Harper, moins hypocrite, finit par avouer s’en foutre éperdument s’il y a des affaires à transiger) par nos pays cache mal qu’ils sont « laissés à la porte des usines » ou des milieux de travail en général dans nos vies de tous les jours. Ici même, un employeur peut priver de gagne-pain un ouvrier tout en laissant le syndicat et l’individu le « droit » de se défendre. Devant l’arbitraire patronal, l’habeas corpus n’existe pas. Je ne nie pas en même temps tous les abus que subissent les paysans ou ouvriers chinois (expropriation, accidents de travail, travail manuel pénible et non mécanisé, etc… ).

... Une analyse marxiste de la situation en Chine exigerait selon moi plus de nuances. Si le capitalisme sauvage y avait été restauré, il laisserait de bien plus profondes traces des conséquences d’un retour au pouvoir d’une nouvelle bourgeoisie triomphante comme nous en connaissons une en Inde, par exemple. « Un État ouvrier bureaucratisé », alors ? Trotski serait sans doute étonné, peut-être à cause des questionnements des trotskistes chinois eux-mêmes, mieux pris en compte par Mao en Chine qu’en URSS par Staline : Mao avouait que de meilleurs communistes peuvent se retrouver en dehors du parti, Trotski, dis-je, serait sans doute étonné, et nous-mêmes si nous y prêtions plus attention, du niveau des débats qui président à la « recherche de la vérité » en Chine.

Peine de mort, pollution extrême, déplacement de paysans pauvres, … tous ces problèmes semblent ceux d’un capitalisme restauré. Mais il reste que les membres du Parti communiste chinois demeurent malgré tout cela les mieux outillés politiquement pour les résoudre en mobilisant leur peuple...



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