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Par André Parizeau
Porte parole du PCQ

Soyons au départ clair.  De tels agissements, lorsqu'ils se produisent à l'intérieur du mouvement syndical, méritent d'être condamnés jusqu'au plus haut niveau.  Il en va de la crédibilité du mouvement lui-même.     

Ces révélations, qui furent rendues publiques pour la première fois le 4 mars, et qui furent aussi l'objet, d'un reportage assez accablant lors de l'émission Enquête, sur les ondes de la télévision de Radio-Canada, ne sont pas à proprement parler surprenantes.   Ce n'est en effet pas la première fois que les syndicats de la construction font l'objet de telles révélations.  

Jocelyn Dupuis, qui fut longtemps directeur de la FTQ Construction, fait présentement l'objet de toutes une série d'accusations portant sur des affaires de malversations, impliquant entre autres choses jusqu'à 125 000$ de comptes de dépenses plutôt douteux qui auraient été déclarés sur une période de seulement 6 mois. Des chiffres que le principal intéressé ne conteste pas, soit dit en passant, selon un enregistrement d'une conversation avec monsieur Dupuis, lequel enregistrement fait partie du reportage et qui fut aussi reproduit lors du Téléjournal.

Selon une experte consultée par l'émission Enquête, plusieurs de ces factures reliées à ces fameux comptes de dépenses auraient été signées de la main de monsieur Dupuis lui-même.  Certaines autres révélations font également état de liens qui auraient existé (et/ou qui continueraient encore) entre cet ex-dirigeant syndical et des figures du crime organisé.

S'il devait se révéler que tout cela est vrai, et tout semble l'indiquer que ce serait le cas, alors la FTQ Construction, de même que la FTQ au besoin, devrait prendre toutes les mesures énergiques qui s'imposent pour corriger une telle situation.

De tels agissements, tels que présentés par la télévision de Radio-Canada, représentent des violations flagrantes par rapport au type de démocratie et de contrôle qui devraient exister au sein de telles organisations.  Une véritable démocratie syndicale est indispensable à tout syndicat qui désire véritablement oeuvrer à la défense de ses membres ainsi qu'à l'amélioration générale des conditions de vie et de travail, dans la société qui nous entoure.

Dans le passé, et chaque fois que des histoires comme celles-là éclataient en mettant en cause du même coup le mouvement syndical,  deux approches assez différentes, faut-il le souligner, étaient en général présentées.  Il y en a qui défendaient -- et les communistes ont toujours été de ce nombre -- comme quoi c'est au mouvement syndical de faire le ménage chez soi, sans que le gouvernement n'intervienne.  Et puis, il y avait tout sorte d'autres gens, généralement tous oeuvrant à l'extérieur du mouvement syndical, et qui insistaient plutôt pour dire que le gouvernement devrait être celui qui devrait intervenir plus directement dans les affaires des syndicats, pour en contrôler plus étroitement les activités.

Inutile de dire que tous les ennemis du syndicalisme en profitaient alors pour relancer leur diatribe sur le fait que les syndicats sont "trop forts", etc.

À cause précisément du rôle que jouent les syndicats -  notamment ici au Québec où ils représentent sans conteste les organisations les plus larges, mais aussi et de loin les plus démocratiques (quand on les compare à bien d'autres) - mais aussi à cause de l'importance qu'il y a à ce que ces organisations puissent aussi jouir de l'autonomie la plus large possible, nous ne considérons pas que ce soit une bonne chose que l'État s'immisce ainsi dans les affaires des syndicats.  Cela vaut autant pour maintenant, alors que l'État peut difficilement prétendre être un joueur neutre et objectif face aux syndicats, puisqu'il représente déjà, et de loin, le plus important employeur de la province (si on tient compte de tous les services publics), que pour plus tard, soit le jour où nous aurions un gouvernement de gauche ou, mieux encore, d'inspiration carrément socialiste.  L'histoire est pleine d'exemples démontrant l'importance de toujours maintenir cette fameuse autonomie.

Il faut en même temps souligner comment toutes ces révélations ne devraient nous faire oublier comment les syndicats sont d'abord et avant tout un très large mouvement, où oeuvrent des dizaines et des dizaines de milliers de travailleurs et de travailleuses, à tous les paliers de ce mouvement, et comment il existe également dans la plupart de ces organisations une démocratie qui, sans être parfaite (loin s'en faut), ferait néanmoins l'envie de bien d'autres, et que cette même démocratie fut aussi le résultat de tant d'efforts qu'il serait totalement injuste de balayer, juste à cause du fait qu'il y aurait encore bien des cas d'abus.

Un dernier point : quoique les syndicats ne soient pas parfaits, et ne le furent jamais (même Karl Marx en parlait dans son temps), ils demeurent plus que jamais, selon nous, un incontournable, sans qui il sera très difficile, sinon impossible, d'avancer dans la lutte pour changer l'ensemble de cette société.

Pour revenir au dossier des syndicats de la construction, il n'est pas sans intérêt de souligner comment un des tous premiers syndicalistes à dénoncer, dès la fin des années 60, ce genre de corruption était nul autre qu'Henri Gagnon.  Celui-ci était alors un des dirigeants du Conseil du travail du Montréal Métropolitain (FTQ), en même également qu'un des dirigeants de la Fraternité interprovinciale des ouvriers en électricité (FIPOE - FTQ), lequel est toujours un des principaux syndicats représentés par la FTQ Construction.  Henri Gagnon fut également, jusqu'à la fin des années 40, un des principaux dirigeants du PCQ.

Toutes les dénonciations survenues vers la fin des années 60, ainsi que durant la première moitié des années 70, ont amené finalement les syndicats à adopter un code de conduite, ainsi que des mesures assez sévères (lesquelles avaient même entraîné pendant un certain temps l'expulsion de certains syndicats), de manière à mieux combattre ce genre de fléau.

Selon les journalistes qui ont travaillé à l'enquête de Radio-Canada, il y aurait de nombreux militants et dirigeants, oeuvrant déjà au sein de la FTQ Construction, et qui s'objectaient aux genres de pratiques que la télévision d'État vient de mettre en évidence.  Voilà une raison de plus pour que les dirigeants de la FTQ prennent eux-mêmes les devants pour remettre de l'ordre, une fois de plus, dans tous cela et prennent également, et à nouveau, les mesures qui s'imposent.

 


Une nécessaire autre mise au point qui s'impose :

Depuis la publication de toutes ces révélations, d'autres sont en même temps venues s'ajouter, contribuant par le fait même à élargir aussi la nature des débats que ce genre de révélations peuvent soulever.

Ainsi, hier, soit le 11 mars, on apprenait en surplus de toutes ces histoires de détournements de fonds et/ou de malversations, de nouvelles informations, mettant cette fois plus directement en cause le président de la centrale syndicale, monsieur Michel Arsenault.

Bien que ces nouvelles révélations soient cette fois fort différentes de ce que nous apprenions la semaine dernière, de par la nature de celles-ci, cela ne peut en même temps que soulever bien d'autres questions, notamment sur le plan éthique, par rapport au rôle des hauts dirigeants, comment ils doivent agir, etc.  Le principal intéressé, dès ce matin, a commencé à répondre.  Une fois cela dit, il reste toujours bien des choses à éclaircir.  Cela est d'autant plus important que la fameuse croisière, qui se serait produit fin novembre avec cet homme d'affaires, eut aussi lieu en compagnie de l'ancien président de la FTQ-Construction, et ce alors que le début du "ménage" avait déjà commencé à se faire.  Cela devrait aussi ramener sur la table tout le dossier du genre de syndicalisme dont on a besoin, ainsi que de comment on voit l'action des principaux leaders dans ce mouvement.

Finalement, cela ramène également sur le tapis le rôle que joue ou que devrait jouer des fonds syndicaux comme celui du Fonds de solidarité, le type de rapports qui devrait aussi exister entre celui-ci et la centrale, etc.  On n'a sûrement pas fini de parler de tout cela, en commençant par les débats à faire au sein même des syndicats, toujours en lien avec toutes ces questions.

André Parizeau
12 mars 2009.

 

 



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