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Par André Parizeau
Chef du PCQ
Tout semble indiquer que les tensions entre les syndicats et le PQ sont toujours bien présentes. Tel est du moins ce qui semble se dégager des documents qui sont soumis aux déléguéEs pour le 28e congrès de la FTQ, lequel se tient présentement dans la ville de Québec. La FTQ est la principale centrale syndicale au Québec, avec plus d'un demi million de membres.
Parmi les nombreuses résolutions qui devraient être adoptées sans réel problème, d'ici à la fin de ce congrès, prévue vendredi, on en notera une qui réaffirme l'engagement de la FTQ à appuyer le combat pour l'accession du Québec à sa pleine souveraineté. Par contre, il n'y a pas un seul mot, nulle part, dans tous les documents préparés par la centrale, par rapport au PQ. Compte tenu des relations très étroites qui il y eut pendant longtemps, entre la FTQ et le PQ, mais qui s'étaient néanmoins passablement refroidies au cours de la dernière période, cela n'est pas sans signification.
En fait, et cela vaut autant pour le discours du président sortant, Henri Massé, que pour l'énoncé de politique proposé, lequel devrait guider l'action future de la centrale, tout la question de savoir ce qui se passe actuellement au niveau de l'Assemblée Nationale, est complètement passée sous silence. Cela témoigne une fois de plus du malaise qui doit continuer à exister par rapport à l'attitude que la centrale devrait ou non avoir en matière d'action politique ainsi que si oui ou non la centrale devrait éventuellement revenir à sa politique consistant à se positionner face au parti politique représentant le mieux les intérêts du mouvement ouvrier.
Pas mal échaudés
Les syndicats ont été pas mal échaudé par l'attitude souvent cavalière et pas toujours très progressiste du PQ face au mouvement ouvrier. Mais, et de toute évidence, tous ces silences semblent en même temps indiquer que bon nombre de syndicalistes, tout au moins au sein de la FTQ, seraient encore hésitants face à la meilleure approche à suivre dans de telles circonstances.
Il y a un autre silence qui mérite certainement qu'on le souligne. Il concerne l'ADQ. Jusqu'à récemment, la FTQ accordait une grande importance à cibler ce parti, comme représentant une menace particulièrement importante pour l'ensemble du mouvement ouvrier ainsi que pour tous ceux et celles qui ont à coeur l'avancement de la cause du progrès social. Cela devenait même un des principaux arguments pour justifier qu'on continue (malgré toutes les insuffisantes de cet autre parti) à appuyer le PQ. Mais les choses semblent une fois encore avoir évoluer car on préfère maintenant parler, de manière plus générale (et sans doute plus englobante) du discours de droite qui prévaudrait de plus en plus dans certains milieux.
Le dossier de la langue de travail, un cheval de bataille depuis déjà longtemps à la FTQ, fait également partie du cahier des résolutions soumises, notamment en ce qui a trait à la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle de la loi 101 en matière de francisation des lieux de travail, y compris dans les entreprises de moins de 50 employés. Mais nulle part également, fait-on mention du projet du PQ pour une citoyenneté québécoise. Considérant que la FTQ (de même que la CSN) avait déjà publiquement critiqué ce projet et demandé au PQ qu'il refasse ses devoirs à ce sujet, cet autre silence n'est pas vraiment surprenant. Sans doute, s'agissait-il également de ne pas mettre trop d'huile sur un feu déjà suffisamment fort...
On notera en même temps qu'Henri Massé s'est fait pas mal plus volubile dans le dossier des accommodements dit "raisonnable", n'hésitant pas à écorcher au passage le cardinal Ouellet. En reprenant à son compte le discours de bon nombre d'autres progressistes dans ce dossier, la FTQ contribue en même temps à renforcer le combat pour s'assurer que l'État québécois demeure effectivement une structure laïque et ne retourne pas en arrière par rapport à bon nombres d'acquis sociaux à la matière. Ce que personne, à gauche, ne se plaindra.
Sur d'autres sujets
Depuis l'ouverture de ce congrès, diverses résolutions, fort intéressantes, furent adoptées. Mentionnons, entre autre choses, une résolution d'urgence dénonçant les nombreuses violations des droits de la personne en Colombie et demandant au gouvernement canadien de mettre un terme aux démarches visant la signature d'une nouvelle entente commerciale avec ce pays, portant sur un projet de libre échange. Près de 90 % des assassinats de syndicalistes commis dans le monde le sont en Colombie.
En matière de santé-sécurité, les déléguéEs se sont également prononcées pour l'abolition des mutuelles de prévention, considérées comme des "ordures que tu ne peux vraiment recycler".
Parmi les autres sujets qui ont déjà été discuté ou qui le seront d'ici la fin du congrès, on notera de surcroît : a) la nécessité d'étendre les grands acquis sociaux, en matière de langue et de protection des droits syndicaux, à l'ensemble des secteurs actuellement couverts par le code fédéral du travail, lequel continue toujours à être moins avancé que les lois québécoises, b) la nécessité de mieux encadrer les heures d'ouvertures des grandes chaînes de distribution, c) la nécessité de renforcer les mesures de protection pour les travailleurs et les travailleuses dans les cas de mises à pied et de fermetures d'entreprises; d) un renouvellement de l'appui à la cause de l'eau, comme bien commun, ainsi que de l'action entreprise par la Coalition Eau Secours!
Le congrès a aussi voté à l'unanimité une motion d'appui aux travailleurs et travailleuses en lockout du Journal de Québec. Finalement, il fut aussi une occasion pour envoyer un message très clair à l'intention du gouvernement de Jean Charest ainsi qu'à tous ceux qui rêvent de restreindre encore plus l'exercice du droit de grève au Québec, notamment en ce qui touche au transport en commun : c'est un NON catégorique.
Un gros point est également prévu, demain, par rapport à tout le dossier de la santé et s'insère dans une campagne plus large, englobant d'ailleurs de nombreuses autres organisations syndicales et autres, pour préserver le caractère public de ce réseau.
Sur une note pas mal moins positive, on notera en même temps une poursuite des attaques contre Greenpeace, dans le dossier de la forêt boréale. C'est bien dommage.
On notera également une courte allusion, dans le discours d'ouverture d'Henri Massé, au fait que le projet de grève générale contre le gouvernement Charest, tel que poussé par bien des syndicats, durant l'année 2004, était en fait un "leurre inatteignable" et aurait pu causer une "démobilisation dévastatrice", s'il avait été mis en application. Trois ans après les faits, on dénote toujours la même insistance à refuser ce qui était pourtant, à ce moment là, une occasion en or pour essayer de renverser la vapeur en faveur du monde ouvrier. Sans vouloir aller trop dans les détails de toute cette histoire, il est loin d'être évident qu'une telle stratégie était si irréaliste qu'Henri Massé semble encore aujourd'hui le dire. Chose certaine, le mouvement ouvrier, ainsi que l'ensemble des autres mouvements populaires, continuent toujours à vivre aujourd'hui les contrecoups de leur relative incapacité à faire suffisamment front commun pour affronter le rouleau compresseur du discours de droite, de plus en plus omniprésent, au sein de l'Assemblée Nationale et de la société en général.
Henri Massé ayant déjà annoncé qu'il ne solliciterait pas de nouveau mandat comme président de la centrale, ce sera, sous toutes réserves, l'actuel directeur québécois du Syndicat des Métallos, Michel Arseneault, qui devrait normalement succéder à la tête de la centrale. Ce changement de garde se fera lors du dernier jour du congrès.
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Sujets reliés :
Pour consulter diverses
photos prises lors du congrès de la FTQ (photos FTQ) :
- Lundi 26 nov.
- Mardi 27 nov.
Le congrès vote de manière unanime un appui aux travailleurs et
travailleuses en lockout du Journal de Québec
La FTQ dénonce les nombreuses violations des droits
de la personne en Colombie
Les syndicats : un atout pour la lutte sociale -- un autre commentaire du chef du PCQ, publié il y a déjà un certain
temps mais gardant toujours la même actualité
Chaque hausse d'un sou du huard ferait perdre
jusqu'à
18 000 emplois dans le secteur manufacturier
Les fermetures d'usines font vraiment mal à tout le
secteur manufacturier; ceux et celles qui
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La maison brûle et on jase
de la couleur des murs » - Henri Massé, président de la FTQ
Nos outils
collectifs sont bien malheureusement vendus dans l'indifférence, et même
l'enthousiasme- une
analyse par le professeur Léo-Paul Lauzon
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