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Comme bien d'autres, sans doute, j'étais plutôt perplexe à l'annonce du fait que les libéraux fédéraux seraient désormais en première position, au niveau des intentions de votes sur le plan fédéral. Il y a déjà un mois, on nous rabattait les oreilles à propos de ce nouveau tournant. Et puis, vendredi le 5 juin, on nouveau sortait encore une fois une nouvelle manchette pour nous répéter la même chose.
Trente huit pour cent (38%) des Québécois et des Québécoises auraient voté libéral s'il y avait eu au cours du mois de mai des élections fédérales ... Du côté du Bloc Québécois, on parlerait plutôt de 35%.
Ce qu'on oublie en même temps de souligner est le fait que l'écart entre ces deux formations est en fait en train de se rétrécir. De 4 points qu'il était le mois précédent, il ne serait plus en effet que de 3 points aujourd'hui. Mais plus important encore est le fait que la marge d'erreur pour les intentions de votes au Québec serait de 7% (à cause du trop petit échantillonnage utilisé ici) ... !!!
En d'autres termes, tout le battage publicitaire à propos d'une 1ere place pour les libéraux fédéraux pourraient bien n'être que du vent. Dans les faits, les appuis du Bloc pourrait être à 41%, tandis que ceux des libéraux ne seraient qu'à 31% et cela respecterait tout autant les résultats de ce sondage, commandité, entre autres choses par La Presse.
Avec une telle marge d'erreur, on pourrait imaginer toutes sortes de scénarios et on pourrait aussi dire à peu près n'importe quoi...
Sept pour cent (7%) , c'est finalement beaucoup, mais on n'en parle pas. C'est comme pour les mises en garde sur les produits qu'on nous vend et qui sont écrit en tous petits caractères. Tellement petits que cela prend une loupe pour tout lire. Sauf que si on ne les lit pas, il nous manque le plus souvent une bonne partie de la réalité. Et c'est souvent la partie la plus importante qui nous manque.
Quoiqu'il en soit, et pratiquement au même moment, une autre nouvelle, qui était pourtant pas mal plus importante, est passée à peu près inaperçue. Il s'agit de la décision prise par ces mêmes libéraux fédéraux de Michael Ignatieff de ne pas appuyer la requête initiée par le Bloc québécois et visant à rendre obligatoire pour toutes les entreprises couvertes par le Code fédéral du travail et oeuvrant au Québec d'utiliser le français comme langue de travail dans le cadre de leurs opérations ici même. Comme quoi la fameuse intention des libéraux (et des Conservateurs) de respecter la spécificité québécoise ne voulait finalement rien dire ...
Conséquemment à la décision des libéraux fédéraux, la motion du Bloc fut finalement défaite et est donc allé retrouvée toutes les autres motions qui auraient normalement dues être aussi adoptées, mais qui ne le furent pas. Toujours à cause des libéraux ... Je fais ici référence au projets visant à faire adopter au sein du Code fédéral du travail une clause anti-scab, de même qu'à toutes les demandes faites jusqu'ici pour bonifier de manière véritablement significative le programme d'assurance-chômage, etc, etc.
Le NPD, dans le dossier du français, langue de travail, avait de son côté appuyé l'initiative du Bloc. Mais cela ne fut pas suffisant.
L'art de déformer les choses en ne présentant toujours qu'une partie de la réalité ...
Cette approche utilisée par nombre de médias, consistant à toujours présenter bien en évidence qu'un seul aspect des choses, soit en général celui qui favorise ceux qui sont au pouvoir, n'est pas nouvelle. Cela fait partie de ce qu'on appelle "l'objectivité" des médias et de la nouvelle, soit une formule quasi consacré et visant à nous faire oublier une autre réalité : soit celle comme quoi, dans les médias l'objectivité totale et complète est aussi rare que ...
Je vais vous donner un autre exemple. Hier soir, la plupart des médias ont mis en évidence le fait que les élections européennes, qui se tenaient le même jour, se seraient finalement soldées par une très nette victoire des forces de droite.
Pour sûr, et si on prend le cas de la France, les forces de droite, sous la houlette du président Nicolas Sarkozi, ont réussi à décrocher le plus grand nombre de sièges. Soit un total de 30 sièges (sur une possibilité de 71).
Mais l'UMP de Sarkozi n'a en même temps récolté que 28% des voix, ce qui n'est finalement pas tant que cela. Quant au Front National (extrême droite), ils n'ont finalement fait que 6.5% et ne pourront compter en bout de ligne que sur 3 députés seulement.
Entre temps, et de l'autre côté du spectrum politique, les écologistes ont fini avec 16.2% des voix, ce qui est très certainement la plus grosse surprise. Ils pourront désormais compter sur 14 députés. Fait à noter, ils acôtent pratiquement le vieux PS qui, lui, a finalement dû se contenter de seulement 16.8% (ainsi que de 14 députés aussi).
L'alliance entre le PCF, le Parti de gauche et le groupe de la Gauche unitaire, et qui s'appelle le Front de gauche, réussit minimalement à sauver la mise en finissant avec 6.3% des voix et 4 députés. C'est très certainement mieux que ce que le PCF avait réussi à faire tout seul lors des précédentes rondes électorales. Cela nous rappelle en même temps une grande vérité de base, soit le fait qu'on sera toujours plus fort en étant plus uni que si on reste morcelé et divisé.
À ce titre, la plus grosse déception de la soirée est très certainement les résultats obtenus par la NPA (soit le Nouveau Parti Anticapitaliste, issu de l'ex LCR) qui termine finalement, en avant dernière position, avec seulement 4.3% (et 0 députés). La NPA avait tenu à rester à l'écart de toutes les offres visant à faire un front commun de toutes les forces plus à gauche. Sans doute se disaient-ils qu'ils feraient mieux en restant seul. Une fois de plus, la réalité semble les avoir rattraper. On peut seulement espérer que cela en amènera plus à reconsidérer une stratégie qui, de toute évidence, ne semble pas marcher. Même constat de la part de l'autre organisation d'obédience trotskyste, soit Lutte Ouvrière, qui termine de son côté avec seulement 1.2% du vote (et pas non plus de député).
Fait à noter, le total combiné des scores obtenus par le Front de gauche, la NPA et Lutte ouvrière représenterait près de 12% du vote. Imaginez seulement ce qui aurait pu se produire, si tous avait finalement pu faire front commun.
Quoiqu'il en soit, et si on se met à tout additionner, il devient alors évident que la majorité de la population est loin d'avoir voter à droite. Le problème de fonds -- et il n'est pas nouveau -- demeure en même temps l'éparpillement du vote de gauche, ainsi que du vote de protestation.
Ailleurs en Europe, et bien que plusieurs partis de droite se retrouvent une fois encore en 1ere position dans bon nombre de pays, le vote de gauche et de protestation (malgré le très faible taux de participation) n'en demeure pas moins assez significatif. Dans plusieurs cas, il continue d'ailleurs, et toujours, à surclasser, au combiné, et de manière assez nette, le vote de droite.
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Les libéraux fédéraux continuent
toujours de parler des deux côtés de la bouche
Cliquez également ici pour avoir les différents résultats des dernières élections européennes, pays par pays (extrait du site Internet du journal français Libération)