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Adapté d'un article du
journal communiste français L'Humanité


Le dernier rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED)dresse un tableau très sombre des impacts de la fuite des cerveaux des pays moins avancés (PMA) vers les pays plus développés.

Intitulé « Le savoir, l’apprentissage technologique et l’innovation au service du développement », ce rapport de 190 pages estime que plus de 6 millions de personnes ayant reçu une formation universitaire dans ces pays moins avancés ont depuis la fin de leurs études quitté leur pays et que ce phénomène représente une menace de plus en plus grande pour l'avenir de ces pays.

« C’est une véritable saignée des temps modernes », s’alarme Habib Ouane, directeur de la division Afrique de la CNUCED. « Il y a aujourd’hui plus de médecins béninois dans la région parisienne qu’au Bénin », affirme-t-il.  Le Bénin est un des nombreux pays très pauvres d'Afrique.

Ces départs sont d’autant plus préjudiciables que le personnel qualifié dans les PMA est rare. L’agence onusienne a recensé 94,3 chercheurs pour un million de personnes dans les PMA, contre 313 dans les pays en développement et 3 728 dans les pays riches.

Cinq pays (Haïti, Cap-Vert, Samoa, Gambie et Somalie) ont perdu au cours des dernières années plus de la moitié de leurs spécialistes. « Faute d’un nombre suffisant d’agronomes, de biologistes, d’ingénieurs, de scientifiques, de médecins, d’infirmières et de spécialistes des technologies de l’information et la communication (TIC) compétents, les entreprises et les exploitations agricoles des PMA ne peuvent pas se servir des technologies pour améliorer leurs produits et leur efficacité, ce qui les rend vulnérables à la concurrence étrangère », indique le rapport.

Les causes sont connues : faibles rémunérations d’un côté et manque de main-d’oeuvre de l’autre. Les écarts de salaires entre les PMA et les pays développés peuvent aller d’un à vingt. « Le vieillissement des populations des pays développés, notamment en Europe et par la suite au Japon, a contribué à ralentir la croissance de l’offre de main-d’oeuvre et a fait augmenter la demande de services non marchands à forte intensité de qualification, en particulier dans les domaines de la santé et de la prise en charge des personnes âgées », constate Supachai Panitchpakdi, secrétaire général de la CNUCED.

« Cette fuite des cerveaux prend une dimension éthique. Plutôt que de parler d’immigration choisie, nous préférons parler d’immigration concertée », dit Habib Ouane. La CNUCED estime que l’exode du personnel qualifié des PMA « va se poursuivre ». Pour tenter d’endiguer ce flux, elle propose quelques pistes. Le rapport suggère la mise en place de programmes pour retenir les spécialistes, de faciliter le retour de ceux qui sont partis, et surtout de convaincre les pays développés de s’abstenir de recruter dans les filières « où il est évident que l’émigration a des conséquences néfastes pour les pays d’origine ». Habib Ouane cite l’exemple de la Grande-Bretagne, qui, après avoir vidé le Malawi de ses médecins, finance désormais à ses frais la formation de personnel de remplacement au profit du gouvernement de ce pays africain.