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Par André Parizeau,
Porte parole du PCQ

 
Une partie des problèmes rencontrés jusqu'ici par le mouvement souverainiste réside dans le fait que bon nombre de gens se disent en faveur d'une éventuelle souveraineté du Québec, mais hésitent en même temps à aller de l'avant, chaque fois qu'il s'agit de poser des gestes de rupture face à l'État  canadien.  Sauf que l'indépendance du Québec ne se réalisera jamais à moins que l'essentiel du mouvement souverainiste -- y compris les partis politiques qui endossent cet objectif -- n'accepte, avec tout le courage politique que cela impose, de poster justement de tels gestes. Cela devra nécessairement se faire dès le début du processus d'accession à l'indépendance.

Cette conclusion ressort clairement du bilan des deux derniers référendums tenus au Québec sur cette question et le récent jugement de la Cour suprême, rendu hier, nous le ramène encore une fois, en pleine face.

Le jour même de la publication de ce jugement, un grand nombre de réactions se faisaient connaître au sein d'une multitude d'organismes syndicaux, populaires et politiques.  Les gens sont outrés, mais dans le fonds personne ne devrait se surprendre outre mesure de ce que vient de faire la Cour suprême.

Cela nous rappelle, o combien futile, il serait de penser que le système fédéral canadien pourrait éventuellement se réformer de lui-même.

Ce double constat est au coeur du document de travail soumis aux membres du PCQ, pour approbation lors de notre prochain congrès, en décembre, et qui vise justement à clarifier encore plus notre propre vision du processus d'accession du Québec à l'indépendance.

Dans ce document, nous n'hésitons pas à dire qu'un gouvernement souverainiste, véritablement dédié à la réalisation de l'indépendance du Québec, devra nécessairement, et très rapidement après son élection, poser toute une série de gestes de ruptures avec le carcan fédéral actuel, de manière à s'assurer qu'il puisse effectivement avancer vers cet objectif.

L'expérience des derniers référendums, tenus ici même au Québec, de même que les leçons qu'on pourrait tirer de ce que des gouvernements de gauche ont pu faire, encore tout récemment, en Amérique Latine, pour devenir également véritablement maître de leurs propres destinés, montrent que nous devrons nécessairement être en mesure de beaucoup mieux contrôler le cadre légal et juridique pour gagner, de même que de conquérir un plus grand nombre de lieux de pouvoirs, à défaut de quoi on pourrait bien se retrouver, une fois encore à ne pas réussir.

Au sein même du mouvement souverainiste, la sensibilité face à ce genre de réflexion est déjà bien présente.  Plusieurs sont ceux et celles qui insistent déjà, depuis un certain, pour qu'un futur et éventuel gouvernement souverainiste renforce le contenu de la loi 99, dont le but initial était justement affirmer la prédominance des lois québécoises sur celles du reste du Canada.  Il ne s'agit là que d'un exemple mais qui, je crois, illustre en même temps assez bien mon propos.

Le constat est d'autant plus frappant par rapport à toute cette question, que ces mêmes gouvernements de gauche, en Amérique Latine -- je pense ici, et entre autres, à ceux de Bolivie, du Venezuela, et d'Équateur -- voulaient et ont de fait enclenché de vastes consultations, auprès de leurs propres populations, au cours des dernières années, pour amorcer d'importantes réformes sur le plan politique et économique.  Sauf qu'il pouvait au moins compter sur le fait qu'il avait leur propre État, pleinement souverain, leur propre constitution, etc, ce que nous n'avons toujours pas pour nous-mêmes.

On nous dira qu'il pourrait y avoir toutes sortes d'autres problèmes avec une telle avenue.  Et cela est vrai.  Et nous aurons, à chaque fois, à trouver des solutions pour chacun de ces problèmes.  On nous dira aussi qu'on devrait attendre d'avoir les conditions gagnantes.  Ce que je dis, c'est qu'à force d'attendre après les conditions gagnantes, sans nous même oeuvrer pour justement les mettre en place, on risque fort bien d'attendre très longtemps.  Ce qui est déjà pas mal le cas.

On nous dira aussi que cela pourrait ne pas être très "démocratique" et que cela risquerait aussi de ne pas être reconnu par les autres nations.  Comme si cela prenait absolument un référendum gagné pour commencer à enclencher un tel processus.  Le Kosovo, pour un, est maintenant une nation souveraine et reconnue par un grand nombre d'autre pays, y compris le Canada, alors qu'il n'y a jamais eu de référendum de tenu dans ce pays.  L'Ossétie du Sud, non loin de la Georgie, a déjà tenu deux référendums qui se sont à chaque fois soldé par des majorités écrasantes en faveur d'un oui à l'indépendance; pourtant, leur choix n'est toujours pas reconnu par un grand nombre de pays, y compris ici. Alors ...  Il faut donc croire que cette fameuse question de tenir un référendum est en fait toute relative.

Il est hors de tout doute que les contours d'un Québec de demain, pleinement indépendant et tourné vers l'avenir, devront ultimement être  définis dans une Constitution propre à nous, comme Québécois et Québécoises. En bout de ligne, la rédaction d'une telle constitution, tout au moins dans sa forme finale, devra  forcément être précédée d'une large consultation.  Cela nous prendra également, à un moment donné, un référendum pour que la population puisse aussi décider si elle entérine le tout ou non (rappelons en passant que la Constitution canadienne ne fut jamais soumise à un tel type de consultation).  Ce serait en même temps la marque comme quoi le Québec, que nous voulons, sera d'abord et avant tout basé sur les grands principes de la démocratie participative.

Tout cela prendra forcément pas mal de temps, mais c'est du même coup un élément incontournable de toute stratégie qui se voudrait réellement démocratique.  Cela pourrait aussi amener toutes sortes de clivages, y compris au sein du mouvement souverainiste par rapport à ce qu'une telle constitution devrait inclure ou ne pas inclure, car faut-il le rappeler, tous et toutes ne pensent pas également au sein du mouvement souverainiste.  Il y a bien sûr une droite et une gauche.  Depuis quelques années, c'est d'ailleurs à cause de cela que Québec solidaire est finalement apparue.  Une fois cela dit, on serait en droit de se demander s'il serait vraiment le plus utile de commencer d'abord par là.

Au sein même du mouvement souverainiste, notamment dans Québec solidaire, plusieurs sont ceux et celles qui pensent de la sorte.  Cette vision est également bien présente dans le PQ, à quelques variantes près.  Ma vision, ainsi que celle qui est définie dans le document qui a été soumis pour discussions au sein du PCQ, est quand à elle assez différente.

On a souvent eu tendance, jusqu'à présent, à concevoir cette très grande consultation qui s'impose et dont je parlais plus haut, ainsi que la mise en place d'une éventuelle assemblée constituante, de même que la tenue après le tout d'un référendum, comme devant être le point de départ de notre démarche collective, avant qu'on puisse même penser poser certains gestes de rupture.  Il me semble, pour ma part, que cela devrait plutôt être le contraire et que tout cela ne devrait venir qu'après qu'on ait d'abord posé toutes une série de gestes nécessaires.  Tout cela s'inscrivant en même temps dans une stratégie plus globale.

D'ici à ce qu'on puisse même penser un jour arriver à enclencher une telle consultation, cela prendra au moins, et selon moi,  trois choses :

En bout de ligne, tout cela mériterait d'être assez largement discuté.

 



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