www.pcq.qc.ca - Parti communiste du Québec (PCQ)
Dernière mise à jour :


Par André Parizeau,
Chef du du PCQ

 

Le Kosovo est un "cas particulier".  Après avoir tergiversé pendant quelques semaines, le Canada s'est finalement résigné à reconnaître l'indépendance du Kosovo, mais non sans prendre la peine d'insister sur le fait qu'il s'agissait là d'un "cas particulier".  L'argument n'est pas sans faire sourire.

Comme l'a très bien souligné le député péquiste Daniel Turp, l'argument est surtout fallacieux.  Tous les cas de peuples visant à satisfaire leurs aspirations nationales et à devenir pleinement indépendant sont en général des cas particulier.  Cela se passe rarement, et exactement, de la même manière.

En fait, et en insistant surtout sur le caractère particulier du dossier du Kosovo, le gouvernement canadien ne fait que réaffirmer sa vieille politique de "deux poids, deux mesures" où certains peuples auraient droit de revendiquer leur pleine souveraineté, ... tandis que les autres ne le pourraient pas.

Ce qui est sous entendu dans le discours du gouvernement canadien -- d'ailleurs certaines personnes n'hésitent pas à le dire eux-mêmes, haut et fort --, c'est que les Kosovars auraient tellement souffert que cela leur donnerait le droit de se gouverner eux-mêmes.  Eux pourraient le faire.  Sauf que, nous-mêmes au Québec, parce que nous n'avons pas vraiment connu les affres de la guerre et des tensions inter ethniques poussées au maximum, on n'y aurait pas droit.

En d'autres termes, on pourrait être tenté de croire que cela nous prendrait obligatoirement une guerre civile avant qu'on puisse finalement nous reconnaître un droit aussi fondamental que le droit à l'autodétermination -- un droit d'ailleurs reconnu par l'ONU.  Quelle logique !...
 

Une logique qui pourrait sans doute aussi s'étendre au Tibet, mais toujours pas au Québec ...

 

Gageons aussi que le Canada serait sans doute tenté de reconnaître, avec la même logique une éventuelle sécession du Tibet.  Ce matin même, alors que j'écrivais ces lignes, la radio de Radio-Canada faisait état d'un éditorial, publié dans le journal torontois, The Globe and Mail, et qui était plutôt édifiant à propos du Tibet.  Cela pourrait se résumer ainsi : le Tibet constitue, à plus d'un égard, une société et une nation distincte de la nation chinoise; conséquemment, leurs aspirations nationales auraient droit de cité.  Wow!  Je suis vraiment renversé !

Faudrait-il du même coup conclure que la fameuse déclaration des Conservateurs, votée à la Chambre des Communes, et consacrant le peuple québécois comme étant une nation distincte, n'était que du vent ?  Chose certaine, et encore aujourd'hui, une bonne partie du Canada-anglais -- et cela inclut The Globe and Mail -- continue toujours à dire que le Québec ne devrait pas et, surtout, ne pourrait pas se séparer du reste du Canada.  C'est, du reste, implicite dans la fameuse résolution votée par la Chambre des communes.
 

D'autres arguments qui n'en sont pas

 

Bien des gens, surtout à l'extérieur du Québec, insiste souvent pour dire que les aspirations à une pleine souveraineté, de la part de peuples et nations non encore souverains, relèveraient de plus en plus du passé.  Les plus nuancés parleraient de ces aspirations comme relevant d'un combat d'arrière-garde. Cela ne tiendrait plus compte de la réalité d'aujourd'hui, surtout dans un contexte de mondialisation.

Faux ! Rien que depuis 1990, vingt (20) nouveaux pays ont fait leur entrée à l'ONU.

On nous dira que l'émergence de ces nouveaux pays s'est en général fait dans un contexte de montée des tensions interethniques ou multinationales.  Dans les faits, cela revient, encore une fois, au même argument mentionné plus haut.  Mais là encore, cela revient dans les faits à faire de la basse démagogie.  S'il est vrai qu'on assiste depuis déjà plusieurs années, et ce à bien des endroits, à travers la planète, à une remontée des intolérances, y compris sur le plan interethnique ou multinational, on ne peut réalistement en faire reporter toute la responsabilité sur l'émergence de tous ces nouveaux pays.

Bon nombre de ces pays sont situés dans ce qui étaient auparavant l'ex-URSS ou faisait partie du camp socialiste dirigé par l'ex URSS.  Un des impacts les plus palpables de l'éventuelle disparition de l'URSS fut en effet de faire ressortir au grand jour un grand nombre de contradictions non encore résolues au niveau des relations entre les différents peuples et nations qui composaient et composent toujours cette partie du monde.

Mais, dans les faits, c'est d'abord et avant tout la tendance à toujours refuser à certains ce qu'on accorde à d'autres qui crée toutes ces tensions et conflits.  On notera, au passage, que les régions où les questions nationales finissent par se régler pour l'essentiel, suite à l'avènement à une pleine souveraineté des peuples concernés, sont généralement des régions qui deviennent aussi, avec le temps, beaucoup plus stables et beaucoup moins sujets à toutes ces tensions.

On notera également, particulièrement en Amérique Latine, là où les peuples et un nombre croissant de gouvernements de gauche coordonnent de plus en plus leurs efforts pour développer une nouvelle approche en matière de développement et de globalisation des solidarité, que tout cela se fait dans le plus grand respect des aspirations et de la souveraineté des peuples impliqués.

Encore aujourd'hui, il existe toujours une tendance à vouloir ramener la question du droit des peuples à l'autodétermination à une simple question de géopolitique, autour de laquelle on se prononce finalement, non pas pas en fonction des intérêts des peuples, ceux qui sont les premier concernés, mais plutôt à partir des intérêts politiques et économiques des plus puissants.  Une situation que nous ne pouvons, sous aucune considération, endosser.  Un droit, c'est un droit.  C'est non négociable.



Sujets reliés :