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Par André Parizeau
Chef du PCQ
Le 21 octobre, deux personnes, du nom de Dihya et Fatma Bensaid, ont porté, sur le site de CMAQ, des accusations assez sévères de racisme contre le PCQ.
Ces accusations s'appuieraient sur le fait que nous aurions ouvertement critiqué, tout récemment, deux autres organisations politiques, nommément le Parti communiste du Canada (PCC) et le Parti communiste révolutionnaire (PCR), pour leurs propres positions en lien avec le dossier des accommodements raisonnables et que, ce faisant, nous aurions du même coup fait preuve d'un manque flagrant de tolérance vis à vis des droits des femmes musulmanes qui désirent porter le voile lorsqu'elles vont voter. En définitive, tout cela serait une forme inexcusable de racisme.
Réglons d'entrée de jeu un premier point. La critique contre le PCR n'avait rien à voir avec la question de savoir si oui ou non des femmes peuvent aller voter le visage voilée (comme le laisse entendre le texte publié sur CMAQ), mais portait plutôt sur le fait que ce groupe s'était -- une fois encore -- enfermé dans sa tour d'ivoire pour littéralement et explicitement dénoncer à peu près, et sans aucune forme de nuance, tous ceux et celles qui avaient pris la peine d'aller s'exprimer devant la Commission Bouchard-Taylor, démontrant bien à quel point le sectarisme de ce groupe est bien ancré dans ses rangs.
S'il faut pour cela se faire accuser de racisme (mais où est donc le rapport ?), alors qu'il en soit ainsi. D'autant que le droit de s'exprimer et de répondre ainsi devant des attaques aussi gratuites (de la part du PCR) fait partie de la liberté d'opinion. Un droit qu'il ne viendrait à personne -- faut-il en douter ? -- de remettre en cause.
Venons en maintenant aux critiques que nous formulions vis à vis de l'autre groupe, soit le PCC. Là encore, il faudrait commencer par remettre les pendules à l'heure. L'essentiel de notre critique ne consistait, d'aucune manière, à vouloir restreindre les droits démocratiques de quiconque. Il s'agissait, bien au contraire, de surtout mettre en relief l'incohérence de gens, oeuvrant dans une organisation comme le PCC, qui se disent soucieux de démocratie et qui, d'un même trait, voudraient que le Québec revienne en arrière en matière de gestion du droit de vote. Car tel était bel et bien l'essentiel du débat sous-jacent au document que ces deux personnes ont finalement décidé de prendre en grippe.
Quand Dihya et Fatma Bensaid parlent de trois méthodes permettant de s'identifier au moment de l'exercice du droit de vote, il oublie de mentionner que ce dont ces deux personnes parlent (et décrivent) concerne l'exercice du droit de vote au fédéral seulement. Au Québec, comme nous le mentionnons très clairement dans notre propre texte, la procédure est tout autre et existe essentiellement pour éviter les fraudes et les dérapages lors des élections (chose qui étaient malheureusement monnaie courante jusqu'à il n'y a pas si longtemps encore). Il faut également souligner que de telles procédures, en vigueur au Québec, font très largement consensus. Ce que Dihya et Fatma Bensaid oublient encore une fois de mentionner.
Le problème principal, avec la position du PCC, c'est que ce parti se déclare non seulement pour le droit des femmes de pouvoir voter le visage voilée mais déclare tout de go que même la loi fédérale serait encore trop restrictive au niveau de ses contrôles, lors de l'exercice du vote, et qu'il faudrait ni plus ni moins que faire sauter toutes ces restrictions. Y compris le fait d'avoir une liste permanente d'électeurs et d'électrices. Par voie de conséquence, on ne peut que supposer qu'ils sont encore plus en désaccord avec les procédures actuellement en vigueur au Québec au niveau de l'identification des électeurs et des électrices. Peut-être suis-je en erreur, mais je ne connais aucune autre formation politique qui propose actuellement d'aller dans une telle direction.
Les accusations de Dihya et Fatma Bensaid contre le PCQ sont d'autant plus troublantes, quand on prend la peine de fouiller un peu le dossier, que nulle part ailleurs sur la planète, y compris dans le monde musulman, les femmes auraient le droit de voter le visage voilée. Ce n'est pas moi qui le dit mais l'Iman Omar Koné, alors qu'il était interviewé à l'émission Tout le monde en parle, dimanche dernier.
Qui plus est, aucune organisation musulmane n'a jamais fait de représentation pour que les femmes de leur communauté puissent voter le visage voilée ... Au Québec comme dans le reste du Canada.
Je tiens en même temps à souligner le fait que nulle part, dans le Coran, il y a obligation chez les femmes de se voiler le visage lorsqu'elles sortent de chez elles. Une fois encore, je me réfère à ce que disait l'Iman Omar Koné, lors de l'émission Tout le monde en parle.
Si on veut s'en tenir à une interprétation légale de ce qui dit la loi fédérale, c'est sûr que cela pourrait inclure, à la limite, la possibilité pour une femme de voter le visage voilée. Certains prétextent le fait qu'on puisse même voter, au niveau fédéral, par correspondance (et donc sans véritable contrôle dans les faits) pour dire qu'on ne devrait pas s'offusquer si des femmes voilées vont aussi voter. Est-ce à dire que la loi fédérale est bien faite ? À ce point-ci, je crois qu'il existe maintenant un quasi consensus pour dire que ces aspects de la loi posent effectivement problème et que celle-ci devrait justement être revue à la lumière des plus récents événements. Ce n'est donc pas un argument trop convaincant.
Quiconque a travaillé lors d'élections fédérales et provinciales, dans les lieux de votation, sait que la loi fédérale est plus permissive que la loi québécoise et que cela fut fait consciemment, par les décideurs à Ottawa, il y a déjà quelques années de cela, de manière à essayer de contrer le très fort taux d'abstention qui existe au niveau fédéral. Ce très haut taux d'abstention, spécialement au Québec, n'aidait pas pour l'image du fédéralisme. C'est en même temps un secret de polichinelle que cela ne marche pas vraiment puisque le taux d'abstention continue toujours à monter, au niveau fédéral, d'une élection à l'autre.
La question du porte du voile est relié au dossier des accommodements raisonnables dans la mesure où cela soulève la question de savoir si oui ou non la société québécoise doit s'ajuster par rapport à certaines pratiques reliées à certaines croyances religieuses, ainsi qu'à la manière dont certains voudraient pratiquer leur foi, y compris dans les lieux publics.
Notre position sur la religion a toujours été qu'il s'agit d'abord et avant tout d'une question de choix personnel et que l'État ne devrait jamais se mêler de cela. D'où l'importance que l'État ne donne jamais même l'apparence de vouloir privilégier un croyance, plutôt qu'une autre. Surtout quand on est dans des lieux publics.
Il est plutôt démagogique de chercher à prétendre que nous aurions une dent contre la communauté musulmane, comme le laisse pourtant entendre Dihya et Fatma Bensaid. Notre position concernant la nécessité pour l'État de rester à l'écart des religions ne concerne pas juste une religion en particulier, mais bien l'ensemble des religions, y inclus la religion catholique. On n'a qu'à relire nos déclarations passées à propos de l'importance de ne pas plier devant le lobby de l'église catholique, dans le dossier des cours de religion à l'école, pour s'en convaincre.
Cette insistance à s'assurer de la laïcité de l'État s'accompagne d'une reconnaissance tout aussi claire de tous et chacun à pratiquer la religion de son choix, ou d'en pratiquer aucune, bien entendu, si tel est également le choix de l'individu concerné.
L'État québécois a en même temps une obligation de s'assurer que tous et toutes respectent les lois en place ; cela inclut le fait d'assurer que les accommodements raisonnables, qui peuvent survenir, ne deviennent pas à la longue déraisonnables, en permettant entre autres choses à certains de se déroger de certaines de leurs propres obligations. Comme c'est le cas lorsque certains groupes religieux font pressions sur le gouvernement et finissent par obtenir que leurs enfants ne soient plus sujet aux programmes ainsi qu'aux règles et procédures mises en place par le Ministère de l'Éducation et découlant de la loi sur l'instruction publique.
Jamais, on ne devrait en effet permettre de telles choses. On n'a pas vraiment le choix, à moins et encore une fois, d'accepter que l'État privilégie tel groupe au profit d'un autre ... et qu'on accepte conséquemment qu'affaires de religion et affaires d'État puissent à nouveau se mêler.
Quand des gens sont sur la place publique, quand qui plus est, ces personnes ont aussi une position ou un statut qui leur donne un certain niveau d'autorité, ou alors lorsque ces gens doivent interagir avec d'autres, alors ces mêmes personnes ont aussi un certain devoir de retenue par rapport à leurs propres croyances, d'autant que leurs croyances ne correspond pas forcément à celles des autres. Je ne parle pas ici du fait que quelqu'un puisse porter un collier avec un petit crucifix dans le cou, ou qu'il ait un petit kirpan sous son vêtement ou même un foulard porté sur la tête. Je parle plutôt de symboles beaucoup plus voyants et potentiellement beaucoup plus dérangeants. Il faut alors accepter de laisser nos propres croyances (si on en a) chez nous, avec les comportements qui vont avec, parce que cela ne concerne pas forcément les autres . Non seulement cela tombe-t-il de source, mais une telle attitude devrait s'appliquer à tous et à toutes. C'est au fond une simple question de respect.
Pour un grand nombre de gens, et nous en sommes, le voile (avec lequel on ne peut même pas voir le visage de la personne) est et sera toujours un signe de soumission et de domination contre la femme. D'où la charge émotionnelle que cette question soustend.
Si une femme veut quand même porter le voile, et à condition que cela ne se fasse pas sous la contrainte d'autres personnes, devrait-on quand même l'en empêcher de manière ouverte, quitte à user de répression ? Personne ne parle vraiment d'aller jusqu'à là. De toute manière, cela pourrait même devenir assez difficile à appliquer. Mais ce qui est par contre tout à fait évident, à nos yeux, comme à ceux de bien d'autres personnes, c'est le fait que nous n'avons pas à changer nos propres lois, ainsi que ce qui fait déjà largement consensus, ici comme ailleurs, simplement parce que quelqu'un, quelque part, croit que cela pourrait brimer sa propre liberté religieuse.
À cela, il faudrait ajouter le fait que le port du voile ne devrait, d'aucune manière, poser un problème, en matière de sécurité, ni pour celle qui le porte, ni pour les autres, que ce soit sur la route (si la personne est par exemple au volant d'un véhicule), au travail, ou autrement. Là encore, cela devrait tomber sous le sens. Il devrait en même temps être clair qu'une femme qui voudrait porter le voile devrait, ce faisant, respecter l'ensemble des lois et des règles en vigueur. Comme n'importe quel autre citoyen. Au Québec, cela implique entre autre que chaque citoyen et chaque citoyenne puisse clairement s'identifier, à visage découvert et photos à l'appui, avant de pouvoir aller voter. Quand à la loi fédérale, on peut juste espérer qu'elle sera un jour changée de manière à mieux refléter ce qui se fait déjà dans la grande majorité des pays qui se disent démocratiques.
Pour nous, c'est aussi simple que cela. Est-ce si problématique ? Je ne crois pas. Est-ce à dire que nous serions racistes ? Je ne crois pas non plus.
Un dernier mot. Le fait de vouloir ainsi s'attaquer à nous, tout en cherchant en même temps à interpeller Québec solidaire, ce que font Dihya et Fatma Bensaid dans leur document, soit disant parce que nos membres sont aussi membres de ce parti et que nous sommes présentement impliqués dans une démarche pour devenir un collectif associé à ce parti, est tout autant questionnable. Soyons clair : notre prise de position sur la question de la possibilité pour des femmes de voter le visage voilée n'engage que nous. D'aucune manière engage-t-elle l'ensemble de Québec solidaire qui, du reste, n'avait toujours pas rendu public, au moment d'écrire ces lignes, sa position en détail concernant la fameuse question des accommodements raisonnables.
Comme nous le disons très clairement en haut de notre propre page d'accueil, sur Internet, l'ensemble des opinions exprimées sur ce site ne reflètent pas nécessairement et pour autant, sur chaque point, les positions officielles de Québec solidaire. Cela souligne de manière concrète la diversité et la vitalité des points de vue existant au sein de Québec solidaire, un plus pour l'ensemble des forces de gauche au Québec.
Cette diversité est en même temps une manière concrète de faire la politique autrement, notamment la propension, chez bon nombre d'autres partis, d'imposer de manière mur à mur une sorte de pensée unique. Heureusement que Québec solidaire existe et encourage justement cette diversité ...
Sujets
reliés :
Pour consulter le documents inscrit sur CMAQ et qui nous accuse
d'être racistes
Pour consulter (ou relire) le fameux document, publié au départ sur ce site, et
qui est mis en cause par ces accusations
Pour consulter tout notre dossier sur les accommodements raisonnables