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Par André Parizeau
Chef du PCQ
Les
37 recommandations incluses dans le rapport Bouchard-Taylor
représente un pas dans la bonne direction et cadre, de manière
générale, avec plusieurs des revendications émises par ceux et celles qui, au
Québec, pousse pour une vision laïque, et progressiste de la société
québécoise. Au PCQ, nous nous incluons dans ce mouvement. Mais et
il y a un mais...
L'utilisation
par les auteurs du rapport des termes de "Québécois de souche
canadienne-francaise" suciste depuis le début des premières fuites toute une
polémique. Avec raison. Plus personne, même dans le camp
fédéraliste, n'utilise le terme de "canadiens français". En voulant
éviter de faire référence aux termes de "Québécois de souche" -- une autre
expression très critiquée--, les auteurs sont en fait tomber dans d'autres
travers, qui auraient pourtant pu être évités. Mais là n'est pas
vraiment notre préoccupation véritable.
Pauline Marois, du PQ, n'a pas hésité à essayer de se faire du capital politique en raillant les auteurs du rapport et en les associant à ce "qu'Elvis Graton aurait pu lui-même dire". Beaucoup plus préoccupant sont les doutes qui existent quand à l'avenir des recommandations, contenues dans ce rapport.
Il y a d'abord toute cette histoire de fuite survenue juste avant la sortie officielle du rapport -- laquelle fuite donnait en fait une toute autre impression de ce que ce rapport contenait -- et qui, de toute évidence, n'était pas fortuite. Il y a aussi la manière dont les trois grands partis politiques, représentés à l'Assemblée nationale, ont reçus ce rapport et ont déjà commencé à discarter au moins une de ces 37 recommandations. Tout cela ne peut que nous laisser songeur quant à ce à quoi on peut s'attendre par rapport à une éventuelle application de ces fameuses recommandations.
Cela est d'autant plus regrettable que ces recommandations demeurent plutôt modérées quant à leur portée. Comme tenait à le souligner un porte-parole du Mouvement pour un Québec laic, il reste encore beaucoup à faire pour faire du Québec une véritable société laïque, respectueuse de la diversité des croyances que chaque Québécois et Québécoise peut avoir ou non (bien des Québécois et des Québécoises ne croient plus, en effet, en une religion ou une autre), et qui sépare en même temps religions et affaires d'État.
Le fait que les 3 grands partis politiques, y compris le PQ, aient finalement décidé, le jour même de la publication du rapport, que le crucifix resterait bien en évidence dans la grande salle de l'Assemblée nationale, soit disant parce que cela fait partie du patrimoine et de l'histoire du peuple québécois, sans même qu'Il y ait le moindre débat sur le sujet, démontre un parti pris, en même temps qu'une très nette tendance de leur part à ne pas nécessairement aller jusqu'au bout en matière de séparation entre affaires de l'État et religions. C'est déplorable au plus au point.
Ni le PQ, ni l'ADQ ne semble d'ailleurs vouloir accorder grande importance à tout le dossier de la laïcité et semblent vouloir surtout axer -- une fois encore -- tout le discours vers cette fameuse question de l'identité québécoise.
Là encore, c'est plutôt déplorable, car la vraie question, sous-jacente à tout le débat, réside en fait bien plus dans le fait que l'État québécois ne prend plus les moyens, depuis déjà plusieurs années, pour vraiment défendre et promouvoir l'utilisation du français. Raison: cette fameuse obsession vis à vis des déficits et le refus d'aller chercher l'argent là ou elle est, soit dans les poches des riches et des grandes compagnies. Là-dessus, le PQ, autant que les libéraux, sont d'ailleurs fautifs.
On pourrait et on devrait accorder beaucoup plus d'importance à la protection et à la promotion de notre langue. On devrait également mettre beaucoup plus de ressources dans l'intégration, non seulement des nouveaux arrivants, mais aussi de ces communautés qui ont toujours beaucoup de mal à s'intégrer, bien que leurs membres soient déjà au Québec depuis un certain temps.
Il faut dire, à propos de ce dernier point, que tout le dossier des accommodements raisonnables explosa, au départ, non pas à cause de cas survenus et impliquant de nouveaux arrivants, mais bien plutôt à cause d'événements impliquant des communautés, déjà implantés, ici même, depuis plusieurs générations, mais qui ont toujours beaucoup de mal à s'intégrer au reste de la société québécoise. Cela, il ne faudrait pas l'oublier. Il faudrait également mettre beaucoup plus l'accent sur le fait qu'une intégration bien faite sera toujours au meilleur avantage de la société québécoise.
L'idée que le Québec puisse avoir sa propre constitution n'est pas, en même temps, une mauvaise idée en soi.
Encore une fois, ce sont les libéraux qui, dans tout ce dossier des accommodements raisonnables (comme dans plusieurs autres) finissent par se donner la meilleure figure. Toute cette affaire de fuite a d'ailleurs fini par leur servir admirablement (tiens, tiens, ...). Mais tout cela ne peut que contribuer encore plus à nous rendre inquiet parce que les libéraux n'ont jamais été les meilleurs défenseurs du Québec.
Dans un tel contexte, on ne peut qu'espérer que les pressions, à la base et dans les milieux populaires et sociaux, pour faire du Québec une société réellement progressiste, laïque, en même que respectueuse de la diversité des croyances et des cultures, de même que de notre propre passé, ici au Québec, se poursuivront. Car, cela demeure en quelque sorte notre meilleure police d'assurance pour le futur. L'importance de la lutte, pour que Québec solidaire puisse enfin faire sa percée au sein de l'Assemblée nationale, ressort plus que jamais.
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Sujets reliés :
Québec solidaire donne son appui aux différentes recommandations soumises dans le rapport
Pour savoir ce que le PCQ a pu dire sur le sujet, depuis
le début de 2007, cliquez ici et
vous pourrez consulter notre dossier sur toute la question des
accommodements
raisonnables
Autres réactions :
La FTQ souligne le gros bon sens des
recommandations; la centrale souligne en même temps qu'on aurait pu aller
plus loin
La CSN insiste sur l'importance que les principales
recommandations ne demeurent pas lettre morte
La CSQ se montre plus critique
face aux recommandations du rapport