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Par Guy Roy,
Président du PCQ
Est-ce que le pouvoir finira par changer de main radicalement un de ces jours ? Plutôt que de rêver au grand soir, c’est la question sur laquelle la gauche a à se prononcer. Posons-là autrement. Est-ce que la domination néolibérale des grands bourgeois peut être remplacée et par quoi ? Déjà les solutions proposées à la crise du capitalisme mondialisé, l’impérialisme, annoncent un retour en force des théories de Keynes, proches des idéaux socialistes.
Mais est-ce que de telles larges et coûteuses réformes du système l’amèneront au bon port du socialisme ? Ce n’est pas sûr ? Est-ce que la popularité des idéaux socialistes amènera finalement l’élection d’un pouvoir nouveau, comme l’a été celui du Front populaire en France dans les années 30 qui ont précédé l’occupation nazi ? On peut l’espérer, le concevoir même comme probable, si Québec solidaire déploie ses forces dans tous les milieux ouverts à des changements de société majeurs.
Mais pourquoi les communistes persistent-ils à annoncer le socialisme, non seulement comme possible, mais comme inévitable ?
C’est parce que Marx a mis au jour les contradictions du capitalisme que seul-e-s les travailleur-euse-s, plus précisément les salarié-e-s, peuvent résoudre s’ils-elles ont la possibilité d’accéder au pouvoir. Un élargissement de la démocratie, comme le voudrait la démocratie participative dont Québec solidaire fait la promotion, les inviteraient sûrement à se donner l’objectif ultime de cette conquête du pouvoir. Ils-elles y prendraient le goût de l’exercer en tout cas.
Il n’est donc pas inconcevable que les idées socialistes se propagent et qu’elles amènent, sous pression populaire, le régime sur sa fin. Cela s’est produit en 1870 à Paris, en 1917 dans la Russie tsariste et finalement en Chine occupée par le Japon en 1949. Mais au Québec, dans une société de consommation apparemment prospère, est-ce réaliste ?
Poussons plus loin la logique des progrès de société. Peut-on vraiment imaginer que le pouvoir, tel qu’il est exercé maintenant dans le monde ne soit pas appeler à changer, s’adapter tout au moins ? C’est aussi une question à mettre à l’ordre du jour des débats autour des innovations politiques majeures comme la démocratie participative.
Mais qu’est-ce qui permet de faire le saut du probable à l’inévitable ?
Il est pratiquement impossible de concevoir que les salarié-e-s soient un jour satisfait-e-s de la manière dont leur est imposé l’autorité. Dans la société capitaliste, ils-elles n’ont pour ainsi dire que la possibilité du marchandage collectif de leur force de travail grâce au contre-pouvoir des syndicats pour faire valoir leur inconfort matériel. Mais le processus peut les mettre sur la défensive si leurs leaders ne leur proposent pas de riposter aux fermetures d’usines (dans le secteur marchand ou privé) ou à la précarisation des emplois et des salaires (dans le secteur non-marchand ou public).
De l’intérieur des milieux de travail eux-mêmes se pose toujours la question du pouvoir : qui décide maintenant des leçons à tirer de cette crise et qui devrait en décider pour trouver des solutions d’avenir dans la logique du monde du travail ?
Si les idées socialistes sont propagées de la bonne manière, il n’est pas exclus, il est même prévisible, que les salarié-e-s gagneront en confiance dans leurs propres forces, dans leur pouvoir, et qu’ils-elles en réclameront toujours davantage pour se sortir de l’oppression salariale et « s’associer librement entre producteur-trice-s », comme l’évoque Marx pour expliquer sa conception scientifique du socialisme.
Et cela parce que le capitalisme actuel ou futur n’offre ou n’offrira jamais aucune alternative crédible pour une nouvelle manière d’exercer le pouvoir. La vie des salarié-e-s les conduira, à cause de la dialectique démocratique combinée à la diffusion des idées socialistes, à exiger des réformes en profondeur jusqu’aux limites de ce que les propriétaires d’usines ou les hauts fonctionnaires soumis au pouvoir néolibéral toléreront.
Le processus démocratique d’accession au pouvoir de la gauche, annoncé par l’élection d’Amir Kadir, permettra de trancher la question en isolant les partis néolibéraux de la population travailleuse comme cela est arrivé depuis le XIX ième siècle jusqu’à nos jours dans les embellies historiques qu’a connues le mouvement ouvrier.
Non seulement le pouvoir peut changer de main radicalement, mais de crises en crises, d’insatisfactions en insatisfactions, à cause même des limites de la société capitaliste, il apparaîtra au plus grand nombre, éduqué par nos contributions aux débats, que le socialisme succédera au capitalisme inévitablement comme l’humanité en a besoin pour continuer son aventure sur une terre habitable que le capitalisme prédateur n’aura pas détruit.
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