|
www.pcq.qc.ca - Parti communiste du Québec (PCQ) Dernière mise à jour : |
Par André Parizeau
Chef du PCQ
C'est
devenu, d'un seul coup, le sujet de l'heure dans les médias. À peu
près partout, la demande de pardon du primat de l'Église catholique, le
cardinal Ouellet, à propos des exactions passées de l'Église, est
largement critiquée comme relevant, au mieux, d'une mauvaise opération de
relation publique et, au pire, comme étant "trop peu, trop tard". Mais
c'est en fait encore pire.
En liant en effet sa demande de pardon à une autre demande, consistant celle-là à revendiquer, une fois encore, qu'on sursoit à l'arrêt des cours de religion catholique dans les écoles, lequel arrêt est actuellement prévu pour entrer en fonction dès l'automne prochain, le cardinal Ouellet démontre d'abord et avant tout à quel point il ne comprend toujours rien à la réalité québécoise ainsi qu'à l'ABC de ce que devrait être une société véritablement démocratique. Il démontre également le peu de respect que l'Église catholique semble toujours avoir pour la diversité des croyances de tous et toutes. Cela nous ramène finalement à cette autre question des fameux accommodements, soit disant raisonnables. On n'en sort vraiment pas.
Dès la publication de la lettre ouverte du cardinal Ouellet, les critiques ont tout de suite commencé à fuser. Tantôt pour signaler certains oublis. Tantôt également, pour signaler comment le fait de limiter cette soi-disant demande de pardon se limitait en effet à la seule période d'avant les années 60. Comme si, depuis ce temps, l'Église avait fait amende honorable et changé ses propres dogmes. Tout le monde sait que cela n'est pas vrai.
Et c'est finalement là que le bas blesse. La sortie récente du cardinal lors des audiences de la Commission Bouchard Taylor, où celui-ci faisait déjà un "pitch" pour essayer d'arrêter et d'empêcher ce qui fait déjà le sujet d'un quasi consensus dans la société québécoise, soit la nécessité de finaliser le processus de laïcisation de nos écoles publiques, relevait de la provocation. De toute évidence, le cardinal veut en remettre.
Depuis 10 ans, les écoles québécoises sont supposées être complètement déconfessionnalisées. Depuis déjà 10 ans, il n'est plus supposé y avoir de cours de religion. Mais, et sous les pressions de l'Église catholique, tous les gouvernements qui se sont succédés au cours des 10 dernières années -- PQ compris -- , ont fini par céder et avaient donc aussi fini par reconduire la clause dérogatoire, permettant ainsi à tous ces gouvernements de ne pas appliquer leurs propres lois à la matière. Sauf qu'il ne sera plus possible, à l'automne prochain, de reconduire une fois encore cette clause. Ce serait illégal. À moins que les partis politiques présents à l'Assemblée Nationale n'en viennent ultimement à revoir la loi qui fut votée il y a 10 ans, l'Église devra donc s'y faire.
Voilà finalement tout le sens qu'il faut donner à la fameuse demande de pardon du cardinal Ouellet. Il ne s'agit finalement que d'une ultime tentative pour essayer de nous ramener, une fois de plus, 40 ans en arrière, ce qui, soit dit en passant, serait non seulement absurde, mais aurait également comme conséquence de nous faire plonger encore plus dans tous les méandres de ces fameux accommodements soit disant raisonnables. Si jamais l'État québécois devait en effet finir par plier, une fois encore, devant l'Église catholique, on peut être assuré que toutes les autres communautés religieuses iraient elles aussi, et sans autre délai, revendiquer à leur tour qu'on leur accorde aussi le même genre de place. Et elles auraient alors raison de le faire. À moins bien sûr d'invoquer une sorte de droit supra naturel que disposerait l'Église catholique.
On aura beau prétendre que l'histoire de l'Église catholique est intimement liée à notre propre histoire, ici au Québec (remarquez que cet apport ne fut pas toujours le plus positif, pour ne pas dire plus ...), cela ne donne pas pour autant le droit à l'Église catholique de s'imposer à l'intérieur même du réseau public d'éducation, de manière à ce que soit inculqué dans ce même réseau d'éducation des valeurs qui reflètent de moins en moins ce que pensent de plus en plus de Québécois et de Québécoises. De ce point de vue, l'argument de Jean-François Lisée, ex-conseiller politique de maints anciens premiers ministres, et actuel conseiller de la nouvelle chef du PQ, Pauline Marois, et lui-même récemment reconverti aux soit disantes valeurs des cours de religion catholique, ne fait juste pas de sens.
En passant, la bataille pour la laïcisation la plus complète possible de l'État québécois ne date pas d'hier. Les Patriotes de 1837 avaient intégré cette revendication dans leur propre programme . C'est tout dire.
Plus que jamais, l'importance de renforcer le caractère laic de l'État québécois, ainsi que le fait que les croyances religieuses (ou l'absence de telles croyances) sont d'abord et avant tout une question d'ordre personnelle et qu'elles devraient le rester, de manière justement à éviter toute injustice ou parti pris, mérite d'être réaffirmé haut et fort. On ne peut, à ce titre, que féliciter tous les groupes et mouvements sociaux qui , tels les syndicats de même que nombre de mouvements et regroupements dédiés à la cause des femmes et du progrès social en général, ne cessent d'insister sur ce point.
Si l'Église catholique désire vraiment faire amende honorable, alors elle devrait commencer par changer ses propres pratiques. Pas juste en paroles, mais surtout dans les faits. Elle pourrait entre autres choses, commencer par reconnaître que la société québécoise a bien changé depuis la fin des années cinquante et que le véritable avenir consiste d'abord à regarder en avant, plutôt que de juste vouloir, et à chaque fois, nous ramener en arrière. Ce serait là un véritable premier pas. Chose certaine, la lettre du cardinal Ouellet ne représente clairement pas un tel premier pas. Tout au contraire.
Montréal , jeudi 22 novembre 2007.
Sujets
reliés :
Pour consulter tout notre
dossier sur les
accommodements raisonnables
Pour lire ou relire les
recommandations du Mouvement laic québécois dans
tout ce dossier
Pour lire les recommandations de la Fédération des femmes du
Québec (FFQ), portant toujours sur le même sujet
Pour lire également ce que la CSN a à dire sur le sujet