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Par André Parizeau,
chef du PCQ
La très grande majorité des médias ont a ce point idéalisé le rôle de Soljenitsyne que cela en est quasi caricatural. "L'homme par qui l'URSS est tombé", de dire les uns. "Celui pour qui la justice et la liberté importait plus que n'importe quoi d'autre" (1), de dire les autres. Comme si la disparition de l'URSS avait été l'oeuvre d'un seul homme.
Bien peu ont en même temps pris la peine de souligner qu'il fut aussi un grand fan de Poutine (!!!) et qu'il appuyait également l'ex dirigeant de la Yougoslavie, Milosevic. (sur la photo ci bas : Soljenitsyne en compagnie de Vladimir Poutine). Évidemment, le fait de souligner de telles accointances n'aurait pas cadré avec l'image qu'on voulait défendre à propos du personnage.
Il
est assez ironique de voir que celui qu'on présente encore aujourd'hui comme
étant celui qui incarnait la conscience de l'humanité contre le
totalitarisme, était en même temps un admirateur d'un des grands dictateurs
des dernières années et aussi un ancien chef du KGB. Pourtant tel
était le cas avec Alexandre Soljenitsyne. Figure de proue de la
dénonciation du stalinisme, Soljenitsyne était également un
chantre des gouvernements forts ainsi que du
nationalisme de droite.
Certes, c'était un adversaire déclaré du communisme. Mais ce qui le fatiguait le plus avec l'ex-régime soviétique était moins le manque de liberté, de même que les nombreux excès et crimes qui avaient alors pu être perpétré au nom du communisme, que l'idée même du communisme. À preuve son admiration pour des gens comme Poutine ou Milosevic.
Soljenitsyne passa huit ans au Goulag, entre 1945 et 1953, pour avoir critiqué Staline dans des lettres qu’il adressait à un ami depuis le front, pendant la Seconde guerre mondiale. Il y trouva, par la suite, la matière de son oeuvre la plus célèbre, "L’Archipel du Goulag", dans laquelle il décrit la réalité des bagnes soviétiques, également évoquée dans "Le Premier Cercle" ou dans "Une journée dans la vie d’Ivan Denissovitch", en 1962.
On le présente souvent comme quelqu'un qui fut en butte toute sa vie contre le régime soviétique. Sauf que c'est un fait reconnu que ses premiers ouvrages, ceux avec lequel il se fit connaître au départ, furent publiés avec l'accord des dirigeants du Kremlin, du temps de Khrouchtchev.
"Soljenitsyne", disait un lecteur du journal communiste français L'Humanité en réaction avec la mort de l'écrivain, "est un représentant parfait de ce boulet qu'était et est redevenue la Russie, et que l'URSS a traîné pendant des décennies. Croyant d'une église chamarée d'or quand le peuple crevait de faim, ennemi de la démocratie, méprisant pour ce peuple qui soutenait les bolcheviks, en un mot : un réactionnaire, avec le regard tourné vers le passé le plus obscur de ce pays. Alors qu'il aurait fallu dépasser les erreurs du socialisme tel qu'il se construisait en URSS, il a fait, avec d'autres, revenir ce grand pays un siècle en arrière." Voilà un point de vue avec lequel je suis assez d'accord.
L'ex URSS n'était certainement pas le modèle de société qu'on nous avait fait miroiter pendant des années. Mais qui osera dire que les gens vivent vraiment mieux avec la nouvelle Russie d'aujourd'hui ? Pour sûr, il y a maintenant dans ce pays toute une classe de nouveaux riches qui peuvent "faire la pluie et le beau temps". Mais pour le reste, c'est plutôt pitoyable ... Quels reculs enfin de compte !
(1) Le ministre français des Relations étrangères, Bernard Kouchner, a déclaré : "Sa mort prive la Russie et le monde d’un homme courageux qui incarnait, à bien des égards, la conscience de l’humanité face au totalitarisme."
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