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www.pcq.qc.ca - Parti communiste du Québec (PCQ) Dernière mise à jour : |
Par Joel Vallières,
membre du PCQ,
membre de Québec solidaire Jean-Talon,
ainsi que de la Commission Souveraineté de Québec solidaire
Lundi, 1er avril 1918, quatre (4) personnes de Québec sont tuées par les soldats de la Milice canadienne. Elles vivaient toutes en basse ville et appartenaient aux strates sociales populaires. C’était en pleine conscription, mais les Canadiens Français du Québec s’y opposaient avec véhémence.
Tout
récemment encore, nous commémorions le 90e anniversaire de ces événements.
Deux mobilisations de différentes natures avaient été appelées. L’une se
tenait le vendredi 28 mars, tandis que l’autre avait lieu deux jours plus
tard, soit le dimanche 30 mars. Mais tous deux démontraient en même temps de
très intéressantes choses quant à l'état des forces de gauche, de même que
l'état du mouvement souverainiste.
Parlant de la 1ère activité
La première manifestation avait été appelée à l’instigation de la Fédération des anarcho‑communistes du Nord-Est (organisation mieux connue sous son acronyme anglais NEFAC). Plusieurs organisations, à la demande de la NEFAC, se sont jointes à la manifestation.
On pouvait y observer, outre des membres de la NEFAC elle-même, le parti Québec Solidaire (dont les associations de Taschereau et de la Capitale-Nationale appuyaient officiellement la manifestation), ainsi que deux organisations qui en sont parties intégrantes sous formes de collectifs reconnus (le mouvement Gauche Socialiste et le Parti communiste du Québec), le Parti communiste révolutionnaire, la Coalition Guerre à la guerre (avec ses constituantes), la Coalition pour la paix, un groupe dénonçant les crimes d’État en Colombie, de même que des personnes militant dans l’organisation "Les AmiEs de Cuba", le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, le journal "Presse-toi à Gauche", etc. Il faut aussi dire que plusieurs personnes alors présentes militent en fait dans plusieurs de ces organisations.
Fait notables, les socialistes libertaires côtoyaient les communistes, les pacifiques, les révolutionnaires prêts pour la casse, et cela, sans animosité. Drapeaux, banderoles et pancartes bigarrées illustraient la constitution diverse de ces manifestants.
Entre 220 et 250 personnes ont donc défilé dans les rues de la basse ville, partant de la Bibliothèque Gabrielle-Roy, puis, ayant zigzagué quelque peu, se sont rendues devant le monument « Printemps 1918 » situé à l’embranchement des rues Bagot, St-Joseph et St‑Vallier. Le tout s’est terminé vis-à-vis la rue Durocher, là où les manifestants venant de l’extérieur devaient reprendre leur transport.
Vers 17h00, moment convenu du ralliement devant la bibliothèque, Nicolas Legault et Serge Roy prirent la parole. Au point final, Antoine Casgrain de même qu’un militant colombien en firent autant. L’ambiance était festive, chants et slogans se faisant entendre tout au long du trajet. La police municipale assurait la sécurité du cortège et les media ont pris photographies et plans visuels.
Il faut noter ici, toutefois, que les événements de 1918 étaient davantage l’objet d’un prétexte que le cœur de l’activité comme tels, puisque, en fait, les chants, slogans et messages s’adressaient presque exclusivement à l’effort actuel de guerre canadien en Afghanistan. La manifestation, puisque c’en était une, s’inscrivait à l’aune de l’antimilitarisme et non de l’histoire. Cependant, c’est peut-être précisément cette attitude antimilitariste illustrée par la manifestation qui rappelait le mieux, sans l’énoncer clairement, l’attitude des manifestants de 1918 eux-mêmes. Autrement dit, cette manifestation s’inscrivait dans l’histoire active et réelle qui se déroule au moment où nous la vivons en actualisant les problématiques issues de la guerre qui se posaient aussi en 1918 dans des termes cependant différents.
Les automobilistes, passants et commerçants regardaient, amusés, les manifestants et s’interrogeaient parfois sur la diversité des drapeaux. Petite leçon instructive : lorsque nous atteignîmes le point final de la manifestation, les participants commencèrent à se disperser. Après avoir discuté avec quelques-uns d’entre eux, qu’on revoit toujours avec beaucoup de plaisir, un automobiliste s’est arrêté au feu rouge mais assez longuement pour qu’on discute plusieurs minutes. Curieux, il voulait comprendre l’attroupement. Intéressé par les explications fournies et le contexte avancé, il s’est demandé, tout bonnement, pourquoi les gens ne portaient pas de drapeau patriote…
En
effet, aucun drapeau patriote n’avait été arboré durant la manifestation, du
moins à ma connaissance. Intéressant que, tout naturellement, cet homme
n’ait pas mentionné le fleurdelisé, mais le drapeau patriote. Pourtant, à la
lumière de la discussion que nous avions eue, il ne semblait pas en
connaître davantage que ce que je lui ai mentionné. J’en conclus donc ceci :
pour cet homme, le drapeau patriote a une meilleure charge mobilisatrice que
le drapeau fleur-de-lis ET il serait normal, attendu selon lui, que les
militants populaires arborent donc le drapeau patriote en pareille
circonstance, avant les drapeaux bigarrés des diverses organisations plus
haut mentionnées.
En ce qui concerne l'autre événement ...
Le second événement, qui s’inscrivait pourtant dans le même cadre de référence historique, était d’une autre nature. Il s’agissait d’une véritable commémoration historique, un brin protocolaire, sans sans être vraiment une manifestation.
Cette commémoration était organisée et appelée par la Société Saint Jean-Baptiste de Québec (SSJBQ). Environ 20 personnes y prirent part. Aucune autre organisation n’était présente en tant que telle. Y avait-il eu invitation ? À première vue, d’autres organisations, de nature similaire, auraient pu s’y trouver, comme la Société nationale des Québécois de la capitale (SNQC), le Conseil de la souveraineté (région de la capitale-nationale), les Aînés souverainistes, le Parti Québécois ou le Parti Indépendantiste …
De fait, certains aînés souverainistes étaient sur place, de même que certains membres du Parti indépendantiste. De plus, Christiane Gagnon, députée du Bloc Québécois, y était également et prit même la parole afin de faire part de son intention de rendre officielle, à la Chambre des communes, une demande d’excuse au gouvernement fédéral relativement aux événements du printemps 1918. Le Président de la SSJBQ prit la peine, pour sa part de relater une partie des événements qui s'étaient déroulés lors de la semaine sainte, à Québec, en 1918. Plusieurs drapeaux se faisaient voir, des fleurdelisés et des drapeaux des Patriotes, ainsi que le drapeau de la SSJBQ.
Aucun medium d’information n’était cependant présent. Avaient-ils été convoqués ? L’attention des passants et automobilistes semblaient plus attirée par la tenue des fleurdelisés alignés, comme si cela donnait à penser qu’il se passait bien quelque chose digne de mention …
On notera en même temps que le
président de la SSJBQ, en brouille avec un ancien président, lequel est en
même temps l'initiateur du monument, dédié aux événements de 1918, devait à
l'origine présenté ce monsieur, mais ne l’a finalement fait qu'une fois que
celui-ci était parti. Cela en dit long sur l'atmosphère qui régnait
alors. Les réactions des membres du Parti indépendantiste, présents
sur place, illustraient en même temps une nette déception du manque d’unité
(par rapport aux manifestants de vendredi), concernant cette commémoration
en particulier, et du projet d’indépendance politique en général.
Que peut-on retenir de tout cela ?
La gauche politique, comme celle des groupes libertaires, a toujours du mal à afficher clairement les symboles qui font sens et ont de la portée au sein de la population québécoise, comme si la vieille crainte du nationalisme, même dans ses éléments les plus progressistes, n’avait pas encore été dépassée tout à fait. Mais cette gauche-là progresse dans sa capacité à respecter les différentes orientations au sein des mouvements et partis qui la constituent. Rassemblant beaucoup de jeunes gens, elle réussit à mobiliser passablement (pour la période dans laquelle nous vivons), bien qu’une pareille manifestation aurait en même temps pu attirer une foule plus considérable. Mais il faut l’avouer, bien peu de gens ne faisant pas déjà partie des groupes présents lors de la manifestation du vendredi, s'étaient alors déplacés. Conséquemment, la question de la politisation des citoyens et des citoyennes se pose toujours encore crûment.
L’organisation vieillissante, qu’est la SSJBQ, a bien moins de capacité de mobilisation, malgré le long historique et l’expérience séculaire de cette organisation. La plupart des personnes, lors de l'événement du dimanche, mais pas toutes (car j’en étais, tout comme d’autres), qui étaient cette fois présentes, sont connues pour leur position nationaliste assez conservatrice, à l’image même de la SSJBQ. Le manque d’un énoncé clair sur la nécessité d’un projet politique n’attire pas, de toute évidence. Il fait dire aussi que, contrairement à la manifestation du vendredi, la commémoration du dimanche s’était davantage transmise selon une chaîne de connaissance, et pas vraiment par la voie d’une diffusion large de l’information, ce qui peut expliquer, au moins en partie, le peu de personnes qui ont finalement assisté à la commémoration.
Je trouve particulièrement intéressant d’avoir entendu, tant vendredi que dimanche, le rappel des événements d’octobre 1970, ainsi que du rôle de l’armée canadienne par rapport à la population québécoise, les fameuses mesures de guerre datant de la Loi de 1914 sur les Mesures de guerre; cela se passait alors précisément au moment où le Canada entrait officiellement en guerre contre l’Allemagne. Incidemment, j’ai l’impression qu’il s’agit de bonnes tentatives, de deux courants de pensée sociale pourtant divergents, pour se réapproprier ce bout de notre histoire collective encore tabou. Pas étranger non plus au fait que Serge Roy, par exemple, tenait à préciser que le FLQ s’était battu pour la population du Québec, tant pour son indépendance que pour le socialisme.
Enfin, la réaction des membres du Parti indépendantiste semble dénoter une incapacité, du moins pour le moment, des indépendantistes convaincus de dialoguer avec la gauche, tantôt indépendantiste tantôt vaguement souverainiste. Il me semble que le vieux réflexe péquiste, ce fameux « tout sous mon contrôle » (lequel consiste alors se considérer comme étant le seul véhicule pouvant nous menant à l’indépendance), se constate aussi chez le PI.
À l’inverse, avec la reconnaissance, au sein de Québec Solidaire, du PCQ comme collectif, alors que que celui-ci est en plus un parti politique reconnu, cela semble indiquer l’apparition d’une nouvelle ère de dialogue beaucoup plus intéressante, tout comme entre les anarchistes et les communistes…
Je souhaite, pour ma part, que cette réflexion ne blesse personne, car elle n’a pas été écrite dans ce but. Je voulais mettre au jour certains détails qui me paraissent en révéler bien davantage qu’il n’y paraît, sur l’état des organisations politiques d’aujourd’hui, du moins celles qui estimaient nécessaires de ne pas oublier le Printemps 1918. Le long travail d’éducation populaire et de revalorisation de notre histoire nationale demeure un chantier majeur tant pour la gauche québécoise que pour les nationalistes conservateurs. Sinon, notre devise nationale, JE ME SOUVIENS, demeure creuse et impotente.
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