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Par André Parizeau
Chef du PCQ
Saviez-vous que le gouvernement, via la Société générale de financement (SGF), possède déjà 17% d'Olymel tandis que la Coopérative Fédérée -- un autre organisme plutôt bien connecté avec le gouvernement -- possède pour sa part la grande majorité du reste du capital action ?
Voilà bien un argument de plus pour justifier que le gouvernement intervienne directement dans le dossier, et pas simplement par le truchement de la nomination d'un médiateur, comme c'est présentement le cas. Le gouvernement doit absolument prendre les mesures nécessaires pour forcer Olymel à revenir sur sa décision de fermer ses portes. À défaut de quoi, Québec devrait carrément se porter acquéreur des installations.
Depuis l'annonce de la fermeture de l'abattoir de Vallée Jonction, plusieurs n'hésitent pas à mettre en relief le manque de vision des autorités politiques en matière de gestion de l'industrie du porc. Un problème qui existait depuis déjà longtemps. C'est notamment le cas des porte-parole de l'Union paysanne. Et ils ont raison d'agir ainsi. Mais cela n'enlève rien à l'importance de se battre pour garder ces usines ouvertes.
Pendant des années, le gouvernement libéral (et le PQ avant lui) a encouragé le développement à outrance de ce secteur sans égard aux impacts environnementaux. On est allé vers le toujours plus gros en encourageant en même temps une concentration toujours plus grande des opérations d'élevage et d'abattage. On a même fini par lever le moratoire sur l'implantation de nouvelles méga porcheries. En parallèle, une compagnie comme Olymel s'est retrouvée dans une position sans précédent au niveau de son contrôle sur ce secteur, tandis que le gouvernement (qui était et est toujours en partie propriétaire de cette compagnie) abdiquait de ses responsabilités et semble toujours vouloir se cantonner dans ce rôle.
La crise actuelle, mise en lumière par la fermeture possible de l'usine de Vallée Jonction, fait en sorte qu'un réexamen complet des stratégies de développement économique dans ce secteur s'impose. C'est d'ailleurs ce que soulignait également Québec solidaire dans un récent communiqué. Les paramètres de nos futures stratégies en la matière dans ce secteur devront nécessairement tenir compte de la nécessité de protéger notre environnement; nous devrons en même temps nous assurer que cela se fasse dans le cadre d'une réelle prise en main de nos destinées, aussi bien sur le plan régional que national.
Ce n'est cependant pas en laissant aller nos propres facilités en matière d'abattage (comme Olymel veut le faire) et en provoquant ainsi une crise majeure qu'on pourra faire avancer les choses. Encore aujourd'hui, on ne peut que spéculer sur les vrais raisons qui pourraient pousser Olymel à fermer ses usines. Chose certaine, cela ne pourra qu'aggraver encore plus la situation, y compris sur le plan environnemental. C'est d'ailleurs pourquoi la lutte pour empêcher la fermeture des usines Olymel est si importante.
À moins qu'un sérieux coup de barre soit donné, on risque en effet de se retrouver dans la situation suivante : vu le débalancement sans précédent que tout cela pourrait causer entre nos capacités de production et nos capacités d'abattage, les producteurs de porc pourraient être forcés d'envoyer encore plus loin leur production (à grand renfort de subventions additionnelles ?); sinon que pourraient-il faire avec tous les porcs ? Avec le temps, et vu la hausse des coûts d'opération que cela pourrait représenter dans un contexte qu'on dit justement très concurrentiel, cela pourrait de fait pousser encore plus de producteurs à rogner encore plus sur les préoccupations environnementales.
Dans un tel contexte, on assisterait alors, et en même temps, à une accentuation encore plus grande du phénomène de concentration dans des entreprises toujours plus grandes ... et plus polluantes.
À moins de concevoir que tout le secteur de l'industrie porcine pourrait rapidement s'effondrer -- ce qui serait toujours possible tout en impliquant une crise encore plus grande --, on voit mal comment il pourrait en être autrement. N'oublions pas que la seule usine de Vallée Jonction traite actuellement jusqu'à 30% de toute la production porcine au Québec.
Et pendant ce temps, nous aurions bien sûr plus de 1 000 travailleurs et travailleuses qui iraient rejoindre la liste de ceux et celle qui sont en chômage. Sans parler de ce que cela pourrait représenter pour leurs familles ainsi que de tous les autres impacts que tout cela aura sur le développement des régions ainsi touchées. Tout cela ne fait tout simplement pas de sens.
En s'assurant d'une reprise en main, au moins partielle, de l'aspect abattage et en mettant en même temps un stop aux menaces de fermetures, cela permettrait non seulement, et à très court terme, d'éviter une accentuation des problèmes, mais cela nous mettrait aussi dans une meilleure position pour influencer et, avec le temps, corriger le développement de tout ce secteur, et ce dans une perspective beaucoup plus respectueuse du bien commun. Quitte à revoir avec le temps tout le modèle de développement utilisé jusqu'ici. Cela nous permettait en même temps d'être un peu plus maîtres de notre propre avenir. Tout au moins sur le plan des décisions économiques.
Québec doit intervenir. C'est la première étape et cela s'impose.
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