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Par André Parizeau
Chef du PCQ
"Je n'ai jamais rien de mal et je n'ai rien à cacher". Voilà ce que l'ex-premier ministre fédéral, Brian Mulroney, répétait, hier encore, à Montréal, devant un auditoire conquis d'avance et regroupant tout le haut gratin de l'industrie pharmaceutique. Son commentaire se voulait, une fois encore, sa réponse à toutes les rumeurs de corruption entourant la période où il était justement au pouvoir, à Ottawa. La belle affaire !!!
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Mais avant d'aller plus loin , revenons d'abord un peu en arrière. Nous sommes le lundi 28 juin 1993, à Ottawa. Après des années au pouvoir, la famille Mulroney s'apprête en effet à quitter une fois pour toute la résidence officielle du premier ministre. Un détail, vous me direz. Pas vraiment.
Depuis des semaines, en effet, un grand total de 95 travailleurs, oeuvrant pour différentes compagnies de déménagement, s'affairent à empaqueter et à déménager toutes les affaires de la famille Mulroney, en prévision de leur relocalisation vers Montréal. À Westmount pour être plus précis. Dans un des endroits les plus cossus de la ville. Pas une mince affaire. Au total , cela prendra 72 camions pour compléter l'opération. Le tout est à l'image de Brian Mulroney, un personnage haut en couleur, comme l'était avant lui, Pierre Elliot Trudeau. Cela ne donne, en fait, qu'une pâle indication de ce qu'il était et de ce qu'il a fait comme premier ministre. Pour ceux et celles qui voudrait se rappeler ou en apprendre plus sur Brian Mulroney, il existe un très bon livre (duquel est d'ailleurs issu cette anecdote) et qui s'appelle "On the take", par Stevie Cameron. Cela en vaut la lecture.
Aujourd'hui, Brian Mulroney peut bien se déclarer plus blanc que neige, comme il le faisait une fois de plus hier, mais qui voudra le croire ? Est-il vraiment crédible dans ce qu'il pourrait dire ? Brian Mulroney peut bien également prétendre qu'il n'a rien à cacher. Il sait en même temps que le principal témoin dans le scandale appréhendé et entourant cette fameuse affaire de pots de vin totalisant 300 000$ versé en liquide par monsieur Schreiber, soit ce dernier, a toutes les chances de ne plus être disponible pour témoigner d'ici quelques semaines, puisqu'il pourrait bien être bientôt déporté vers l'Europe, cause d'une autre affaire de corruption l'impliquant directement.
Chose certaine, Radio-Canada, qui est au coeur des révélations ayant amené à toutes ces rumeurs de scandales et de pots de vin, semble bien convaincue d'avoir raison et ne démontre aucune indication comme quoi elle pourrait se rétracter.
Pour tenter d'atténuer les critiques, Brian Mulroney tente pour sa part d'en appeler à l'esprit de solidarité des Québécois et des Québécoises. "J'ai toujours été avec vous", qu'il prétend.
Pourtant, lorsqu'il décida le premier de couper dans les prestations d'Assurance-emploi, de manière à regarnir par la porte d'en arrière les coffres du fédéral (une chose que tous les autres premiers ministres ont par la suite continué à faire, il faut en même temps le mentionner), il n'avait certainement en tête tous ces chômeurs et ces chômeuses du Québec qu'il décidait du même coup de pénaliser. S'il y a une chose qu'ils n'avaient alors pas besoin qu'on fasse, c'était bien de les couper.
Avait-il seulement les intérêts du Québec quand il conclut avec Ronald Reagan le premier pacte de libre-échange, lequel devait ultimement amener à la suppression du pacte de l'auto, c'est à dire l'obligation qu'avaient jusqu'alors les trois Grands de l'auto d'assembler de ce côté-ci de la frontière au moins autant d'autos qu'ils en vendaient ? On connaît la suite. GM fermait sa seule usine d'assemblage au Québec, laquelle était aussi devenu avec le temps la seule usine d'assemblage d'autos au Québec, point barre. Et maintenant, c'est finalement autour de l'Ontario de subir le même genre de traitement.
On dira que Brian Mulroney était moins arrogant que Pierre Elliot Trudeau, face au dossier des revendications traditionnelles du Québec. On citera au passage ses efforts pour faire passer l'Accord du Lac Meech. Sauf que ce même accord du Lac Meech était bien en dessous de ce que le Québec réclamait alors (et réclame toujours). Il faudrait également se rappeler que le Québec vota alors très clairement contre ce projet d'entente.
Autre point. Est-ce que Brian Mulroney avait vraiment à coeur les intérêts du Québec lorsqu'il décida, lui et son gouvernement de l'époque, d'élargir encore plus la période de protection des brevets pharmaceutiques ? Pour sûr, les compagnies pharmaceutiques, spécialisées dans les médicaments d'origine, étaient très contentes car cela leur garantissait des profits encore plus grands. Mais le Québec continue entre temps, et en contre partie, à payer un tribu toujours plus élevé pour son programme d'assurance médicaments. Sommes-nous vraiment gagnants, comme le prétend Mulroney ? C'est loin d'être aussi sûr.
Il y a des fois où les politiciens devraient être un peu moins imbus d'eux-mêmes. Cela s'applique en particulier à Brian Mulroney.
Montréal le 16 novembre 2007
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