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Par André Parizeau,
Porte parole du PCQ

La conquête du pouvoir est forcément, pour quiconque est véritablement sérieux au niveau de son action politique, un incontournable. Viser à changer le monde sans en même temps chercher à enlever le pouvoir à ceux qui ne veulent pas que cela change pour ensuite le redonner à ceux qui veulent, au contraire, que cela change, reviendrait à perdre son temps.  Cela reviendrait à parler pour parler, sans jamais rien changer.

Le pouvoir est du même coup quelque chose qui peut assez facilement se transformer en son contraire car le pouvoir peut aussi corrompre.  En son nom, l'Homme en est aussi souvent venu aux pires bassesses, sans parler de tous les crimes qui ont pu être perpétrés, toujours au nom d'un idéal meilleur, mais surtout et ne serait-ce que pour permettre à ce même pouvoir de se maintenir, envers et contre tous.

Le problème est à ce point sérieux qu'il peut même se produire alors que le parti pour lequel vous oeuvrez, n'a même pas encore commencé à réaliser l'objectif pour lequel il existe.  Pour pouvoir se maintenir au pouvoir, ou encore pour tout simplement juste aspirer à conquérir ce même pouvoir, vous verrez alors bien des partis politiques travestir leurs propres principes et leurs propres objectifs.  Le problème n'est pas seulement l'apanage des partis de gauche.  En fait, le problème est pas mal plus général.

Est-ce à dire qu'il n'y aurait plus aucun espoir et que seuls les plus cyniques de l'action politique auraient maintenant raison.  Le pire serait d'en venir là parce que cela voudrait alors dire qu'on accepterait désormais que la barbarie puisse éventuellement prendre toute la place de tous nos espoirs.

Vous êtes-vous d'ailleurs déjà demandé ce que vous auriez fait si vous aviez été membre du Parti communiste chinois à cette époque des événements de la Place Tienanmen, en même temps qu'un des généraux de l'armée chinoise, chargée de réprimer ces manifestants ?  Auriez-vous accepté d'exécuter les ordres, ou auriez au contraire refuser de le faire, comme un des généraux n'hésita pas à faire, quitte à se faire tout de suite après limoger ?  Vous pensez savoir ?  Nous n'auriez jamais été membre du Parti communiste chinois ?  Évidemment !  Alors posez vous aussi ces autres questions.

Qu'auriez-vous également fait, si vous aviez aussi vécu les événements du Printemps de Prague en 1968, en tant que Tchèques ?  Qu'auriez-vous d'autre part fait, advenant que vous auriez plutôt été de l'autre côté de la barrière, comme officier de l'Armée rouge soviétique,  chargée de venir dire aux tchèques "ce qui était le mieux pour eux" ?  Qu'auriez vous aussi fait si vous aviez aussi été un membre du jeune gouvernement bolchevique quand les marins de Cronstadt -- ceux-là même qui avait au départ contribué à la prise du pouvoir de ce pouvoir en 1917 -- se sont finalement rebellés contre ce même pouvoir.

Il sera toujours plus facile à certains de prétendre, avec leurs yeux d'aujourd'hui, eux qui n'ont finalement pas vécu ces événements et qui se tiennent en même temps, et la plupart du temps, à l'écart du travail militant sur le terrain, eux qui n'étaient pas non plus dans le feu de l'action de l'époque, eux qui "savent" maintenant, alors que ceux qui vivaient justement ces moments tragiques ne pouvaient pas, de leur côté, compter sur une très grande expérience de ce genre de choses, eux qui ne pouvaient sans doute pas non plus saisir toute la portée des gestes qu'ils allaient poser, il sera toujours plus facile pour d'autres de dire que les choses auraient été, de leur point de vue, pas mal plus simples et qu'ils auraient su quoi faire, que jamais on n'aurait fait cela, etc.

C'est comme pour ceux et celles qui affirment que jamais ils n'auraient cru et suivi Staline, comme si d'ailleurs ce n'était pas Trotski lui-même qui dirigea, en tant que chef de l'Armée rouge de l'époque, et ce bien avant la consécration de Staline, l'écrasement de la fameuse révolte de Cronstadt.

C'est toujours plus facile, par après coup, de dire qu'on aurait fait ceci ou cela et/ou de chercher à refaire l'histoire, ou encore de chercher à se culpabiliser ou mieux encore de chercher à pointer du doigt les autres, ou encore de dire que tout cela n'était que de la merde.

Cela me rappelle avec quel idéalisme, moi-même et des milliers d'autres jeunes, alors engagés dans ce qu'on appelait le mouvement ML, dans les années 70, on se pensait vraiment bon et qu'on se disait aussi que jamais, nous mêmes, nous allions faire les mêmes erreurs qu'avaient fait les générations passées, qu'on avait, nous, la "ligne juste", etc.  Et les autres, ceux qui ne comprenaient pas, étaient tous des révisionnistes, des trotskystes, des opportunistes, ou je ne sais quoi d'autres.  J'ai connu cela; j'ai aussi connu la débandade de ce mouvement qui ne vécut finalement que quelques années.

J'étais contre la liquidation des organisations ML quand celles-ci ont commencé à imploser; je ne trouvais pas que c'était la meilleure manière de régler les problèmes qui avaient pu exister.  Je n'étais pas non plus d'accord pour dire que tout avait été mauvais avec ce courant politique.  De la même manière que bien des gens continuent toujours à refuser de dire, y compris parmi les gens qui ne furent jamais communistes, que tout n'était pas forcément mauvais avec l'ensemble de l'héritage communiste.  C'est encore ce que je pense aujourd'hui et c'est aussi pourquoi je continue toujours à militer au parti communiste.

Cela ne m'empêche pas d'être aujourd'hui critique par rapport au passé.  Y compris par rapport à ce que le mouvement communiste a pu faire comme erreurs souvent tragiques.  Bien au contraire.  Cela m'a en même temps appris à être plus nuancé et peut-être aussi un peu moins présomptueux ...  Cela m'a sans doute aussi appris à me tenir loin des solutions toutes faites, ainsi que de ceux qui croit toujours tout savoir après avoir retenu par coeur ce que les uns et les autres avaient pu dire ou écrire, à un moment ou l'autre.  Comme si l'action politique pouvait se ramener à quelques dogmes infaillibles et immuables.

Ce qui est en même temps pas mal plus difficile à faire et qui prend en même temps du temps, c'est de concevoir concrètement et dans la pratique comment on pourrait effectivement faire mieux et ainsi éviter les écueils mentionnés plus hauts.

Ce qui est en définitive le plus utile, c'est de continuer à réfléchir, ainsi qu'à tester aussi nos idées dans la pratique, avec les autres, pour savoir comment on pourrait tirer les meilleurs leçons possible du passé, maintenant que celui-ci est effectivement derrière nous, et ainsi éviter d'avoir un jour à être confronté à notre tour face à pareils dilemmes.  Avec ce que cela peut aussi impliquer de choix déchirants.

C'est ce que nous, au PCQ, comme dans bien d'autre partis communistes à travers le monde, essayons une fois encore, et tant bien que mal, de faire en collaboration avec le reste des forces de gauche, et en tentant de rebâtir l'unité et la coopération de toutes ces forces sur de meilleures bases.  C'est aussi pourquoi nous insistons autant sur les questions de démocratie.  C'est aussi pourquoi nous insistons tant sur l'importance de travailler en commun avec le reste de la gauche, y compris avec ceux et celles qui ne sont pas forcément d'accord avec nous, et c'est aussi pourquoi nous acceptons aussi de nous remettre en cause, y compris au niveau de certains dogmes, pour mieux ensuite rebondir.  Il n'y a pas vraiment d'autres portes de sortie.

 

 

  
 
Et vous ? Qu'en pensez-vous ?

Comment voyez-vous cela ?  Écrivons-nous, si vous le voulez.  

 
r Les événements de la Place Tienanmen, 20 ans plus tard
  r Faire des choix ...
  r Encore la politique de deux poids, deux mesures ...
 

 



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