www.pcq.qc.ca - Parti communiste du Québec (PCQ)
Dernière mise à jour :


Extrait d'un texte écrit à l'origine par Aurélien Bernier (*)
et publié dans l'Humanité Dimanche,
journal communiste français, daté du 1er octobre 2008


L'histoire de la prétendue lutte contre le changement climatique est en fait l'histoire d'un hold-up.  Dans les années 1990, l'opinion publique découvre ce phénomène et, si l'on se réfère au constat des spécialistes, ses origines humaines : la production, les déplacements, les consommations d'énergie rejettent des gaz à effets de serre qui perturberaient le climat.  Il faut donc agir pour réduire ces émissions.  Mais sans réglementer, bien sûr, puisque l'on vit une époque libérale où la réglementation, la contrainte, l'action politique même sont de reliques des temps anciens.

Alors, de géniaux économistes préconisent une solution "optimale" avec le marché des droits à polluer.  Il faut donner des droits à émettre des polluants (en l'occurrence le dioxyde de carbone, principal gaz à effets de serre émis par l'homme), établir des titres de propriété, et permettre aux acteurs de vendre et d'acheter ces titres sur un marché.  Dès lors, on donne un "prix" à la pollution, prix qui sera le fruit de l'équilibre entre l'offre et la demande.

Les décideurs , largement acquis aux intérêts des multinationales, retiendront cet outil lors des négociations du protocole de Kyoto.  Les grandes entreprises pousseront un "ouf" de soulagement.  Pas de normes, quasiment pas d'obligation contraignante, rien de brutal... Rien qui n'entrave la concurrence économique acharnée, fort heureusement.

Mais, avec la Bourse du carbone, se met en place ce qui est le corollaire de tout marché prometteur, "libre" et "dérégulé" : la spéculation.  Certains achètent la tonne de carbone le moins cher possible et la vendent au meilleur prix, réalisant des bénéfices juteux, à l'image du géant de la chimie Rhodia.  Juteux, mais "verts", ce qui est, semble-t-il, l'essentiel.

Des fonds se créent spécialement pour boursicoter sur les gaz à effets de serre.  Des fonds en pleine expansion, où l'argent provient de groupes privés, mais aussi de gouvernements.  Des fonds dont l'objectif ultime est identique à celui des autres fonds: réaliser des profits.  "Valoriser", comme on le dit pudiquement ...  Ainsi la Banque mondiale, premier gestionnaire de fonds carbone, investit très majoritairement en Chine, là où le rendement financier est -- de loin -- le meilleur.

C'est également l'histoire d'une course au rachat par des grands groupes (Areva, EDF, Vivendi ...) de producteurs d'équipements pour les énergies renouvelables, afin de maîtriser le secteur hautement stratégique des énergies "vertes".  Et d'en tirer tous les bénéfices possibles.

C'est l'histoire , après la poudre aux yeux du développement durable, de l'émergence de l'écolo-libéralisme.  Une réponse ultralibérale à la crise écologique, qui prône la "croissance verte" et qui marchandise encore un peu plus la société, jusqu'à la caricature.  Un modèle conçu sans le moindre débat démocratique, en violant ouvertement les textes internationaux sur le droit des citoyens.

Enfin, c'est l'histoire d'un échec cuisant, que tout le monde s'emploie à cacher sous le tapis.  Car depuis la finalisation du protocole de Kyoto, en 1997,, les émissions mondiales de gaz à effets de serre ont augmenté de 35% ... et la tonne de carbone valait, en décembre 2007, deux centimes d'euro sur le marché !

Il y a quelques années, lors d'un sommet dédié ai développement durable, un célèbre chef d'État déclarait :"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs".  Il faut aujourd'hui convenir que l'incendie a redoublé et que nos dirigeants ont fait le choix de rémunérer les pyromanes.

Non content d,avoir produit un désastre social, le néolibéralisme produit un désastre environnemental.  Et mieux vaut ne pas compter sur lui pour réparer les dégâts...

 

(*): Aurélien Bernier est l'auteur de "Climat, otage de la finance", Éditions Mille et Une Nuits, 200 pages.

 

 



Sujets reliés :