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Par André Parizeau,
Porte parole du PCQ
Des suites de la sortie récente du tout dernier essai d'Hervé Kempf, Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, et surtout de la reproduction sur le site Internet du PCQ d'un lien vers une entrevue effectuée récemment sur les ondes de la radio de Radio-Canada avec cet auteur à propos de ce tout nouveau livre, un de nos camarades a réagi.
Selon notre camarade, ce journaliste et défenseur bien connu des causes environnementales, éviterait l'essentiel et sèmerait d'abord et avant tout beaucoup de confusion (voir notre raccourci à gauche sur cette page)
Étant celui qui est à l'origine de l'ajout du lien vers cette fameuse entrevue (dont le lien a également ajouté à gauche sur cette page), j'aimerais réagir à ce commentaire.
D'entrée de jeu, j'aimerais profiter de l'occasion pour souligner comment il est au fond naturel que nous ne soyons pas toujours, et à chaque fois, et sur toutes les questions, exactement sur la même longueur. Je le précise car je ne suis pas vraiment d'accord avec la manière dont le camarade évalue les propos d'Hervé Kempf.
Cela est d'autant plus important à dire qu'il ne s'agit pas -- et c'est là le plus important -- d'une différence portant sur une orientation et/ou d'une décision qu'aurait prise notre parti sur telle ou telle question, mais bien plus de savoir comment chacun et chacune d'entre nous se place par rapport à ce que monsieur Kempf aurait dit. Cela soulève aussi, cela dit, la manière avec laquelle on devrait agir avec ceux et celles avec qui nous nous entendons jusqu'à un certain point, mais avec qui nous pouvons aussi, et en même temps , avoir certains différents. Le temps du monolithisme, où tout le monde devait penser pareil est bel et bien fini depuis longtemps et c'est bien tant mieux. Cela vaut autant pour tout ce qui touche aux relations au sein de la gauche, que des relations, au sein même de notre propre parti. Cela n'enlève rien à la nécessité pour chacun d'entre nous de travailler en même temps de manière la plus coordonnée et unitaire possible.
Après avoir lu sur son blog le commentaire qu'avait notre camarade, je me suis demandé un temps, devrais-je répondre ? Et comment. En bout de ligne, je me suis dis qu'il serait sans doute mieux de le faire directement, ici même, en me disant que cela pourrait du même coup favoriser encore plus la réflexion et les débats.
Une fois cela dit, et pour revenir au coeur du sujet, j'aimerais maintenant souligner les points suivants par rapport à cette fameuse entrevue.
Premièrement, celle-ci réaffirme assez clairement les limites du capitalisme; Kempf rappelle en même temps combien l'enjeu de la crise financière actuelle ne peut se limiter juste à essayer de contenir ses effets, car cette crise ne serait en fait que la pointe de l'iceberg et que les contradictions propres au capitalisme sont beaucoup plus larges et fondamentales que bien des gens continuent toujours à le dire. Pour moi, cela est très important et ne serait être secondarisé et de ce point de vue, je crois sincèrement qu'il faille en féliciter l'auteur. Nous-mêmes, du reste, ne disons-nous pas la même chose ?
Hervé Kempf lie en même temps, et plus que jamais, l'avenir de la planète à la lutte pour se débarrasser des inégalités sociales. Là encore, on ne peut qu'être d'accord.
Il faut d'autre part, et dans un 2e temps, également relativiser le sens à donner au commentaire d'Hervé Kempf à propos du fait que la clef n'est pas dans les recettes économiques. Ce à quoi, notre camarade semble vouloir s'opposer. Pour moi, il s'agit d'abord et avant tout de rappeler le fait que la solution véritable à la crise actuelle, ne peut se limiter à mettre plus ou moins d'argent sur la table. Il s'agirait surtout de décider de l'orientation politique et sociale à donner pour notre action future. Une fois encore, je suis plutôt d'accord avec Hervé Kempf. La même chose s'applique au bémol qu'il met face à l'approche du nouveau président américain, Barack Obama. Franchement, et de toute manière, on ne peut véritablement parler économie sans en même temps parler politique, et vice versa.
Quand Hervé Kempf parle de changer notre philosophie des choses, et souligne l'importance de "sortir du modèle de marché, de marchandisation des relations humaines", je suis aussi d'accord. Notre camarade aussi, semble-t-il. Évidemment.
Les références d'Hervé Kempf au fait que nous devons en même temps revoir, notamment dans les pays dit "plus développés", notre mode de consommation ainsi que notre tendance à toujours vouloir dépenser plus d'énergie, m'apparaissent tout à fait justes.
Le fait qu'il insiste tout de suite après pour dire, combien cela ne veut pas dire pour autant qu'il faille retourner comme à l'âge des pierres, est également important. Le fait qu'il faille absolument réduire notre consommation d'énergie, ne veut pas dire, souligne-t-il, qu'on doive en même temps éliminer toutes les voitures. Cela n'aurait pas de sens et je suis encore une fois d'accord avec cela. Cela permet en même temps de ramener les choses un peu plus dans leurs perspectives, face à tous ceux et celles qui prônent de plus en plus une forme de simplicité volontaire, sans toujours bien expliquer ce qu'ils entendent au juste.
Quand il dit qu'on ne saurait construire plus d'éoliennes si on est en même temps pour garder l'exploitation des sables bitumineux d'Alberta, je suis aussi d'accord car les économies de gaz à effets serre générées d'un côté seraient automatiquement contrebalancées par ce qui se feraient là-bas. Le problème, c'est que nous n'avons finalement que bien peu de contrôles au Québec, sur ce qui peut se passer en Alberta.
Il est sûr, en même temps, qu'Hervé Kempf reste plutôt général et pas très précis sur la manière dont il croît que tout cela va changer. "J'ai simplement confiance que les gens vont faire les bons choix", dit-il. C'est vrai qu'il dit cela. Et après ? De toute manière, je n'ai jamais pensé qu'Hervé Kempf (ou tout autre individu pris isolément) pouvait remplacer l'action politique consciente et concertée, découlant du rôle que doivent jouer les partis politiques. Conséquemment, cela ne me dérange pas vraiment qu'il reste plutôt général sur cette question. Je ne m'attendais pas à ce qu'Hervé Kempf joue ce rôle, aussi suis-je aussi beaucoup moins déçu du fait qu'Il ne soit pas aussi précis face à d'éventuelles perspectives d'actions qui ne relèveront pas de lui de toutes manières.
Est-ce à dire que le discours d'Hervé Kempf serait exempt de contradictions ? Non pas du tout. Mais est-ce si grave ?
Sa référence au mouvement Desjardins, comme modèle à plus regarder dans l'avenir m'apparaît un peu plus problématique. Soyons clairs. Desjardins n'est pas un modèle au départ (même si sa présence dans l'économie québécoise ne peut être évacuée et ne devrait de toute manière pas l'être; le PCQ lui-même possède, dans son cahier de propositions votées au dernier congrès, des références au fait qu'un gouvernement de gauche, au sein duquel le PCQ oeuvrerait, devrait beaucoup plus profiter de la présence d'un tel mouvement, comme c'est le cas aussi pour les fonds de solidarité gérés par le mouvement syndical, pour assurer le développement économique du Québec de demain).
Pour nous, au PCQ, la refonte de notre économie doit nécessairement passer par une véritable révolution au niveau du mode de propriété des moyens de production, de même que des mécanismes permettant véritablement d'avoir une démocratie par le peuple et pour le peuple et que cela ne peut d'aucune manière se restreindre à la seule présence du mouvement Desjardins. Loin sans faut. Pour nous, cela passe entre autres choses par le fait que les travailleurs et les travailleuses, ceux et celles par qui toute notre richesse est créé, doivent se retrouver en haut de la pyramide, et non en bas comme cela est présentement le cas. Cela implique aussi une redéfinition en profondeur du rôle de l'État, mais aussi des coopératives, ainsi que de la manière dont celles-ci peuvent et devraient fonctionner. Cela implique aussi d'approfondir ce que nous entendons par le pouvoir ouvrier, le rôle et la place des conseils de travailleurs dans les entreprises, etc.
Et puis, il y a aussi l'importance de ne pas concevoir notre propre futur en vase clos, ce qui soulève en même temps la nécessité de donner une perspective internationaliste à notre propre lutte.
Le manque de perspective, de même que la référence plutôt boiteuse au mouvement Desjardins, sont sans nul doute la partie la plus faible de l'entrevue qui fut présentée sur les ondes de la radio de Radio-Canada le 11 février dernier. Pour le reste, je continue à penser qu'une telle entrevue était intéressante et valait aussi la peine d'être souligné sur notre site Internet.
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À lire en lien avec ce commentaire :
Sortir du capitalisme pour sauver la planète - Hervé
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Un point de vue plus critique face à Hervé Kempf. Notre camarade Claude V. souligne pour sa part, sur son blog, le fait que l'auteur éviterait l'essentiel; cliquez ici pour en savoir plus
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