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Par André Parizeau (*)

 
Avez-vous remarqué comment le baril de pétrole sur les marchés internationaux est maintenant presque quatre fois cher qu'il y a quelques mois, mais que le litre d'essence à la pompe, lui, a certes baissé, mais pas autant ?  Normal, vous me direz ?

Du temps où l'essence n'arrêtait pas de monter, il se trouvait toujours plein de spécialistes pour nous dire pourquoi c'était alors normal.  Maintenant que le prix du baril est véritablement en chute libre mais que le prix de l'essence à la pompe reste malgré tout assez élevé, c'est drôle, mais on n'entend plus ces spécialistes.  C'est comme s'ils n'avaient plus rien à dire ...

Même après l'arrivée de l'ouragan Gustav, les prix de l'essence étaient restés stables à la pompe.  Tout le contraire de ce qui était arrivé du temps de l'ouragan Katrina.  Cela m'avait même surpris.  Arrive ensuite Ike et les nombreux dégâts survenus aux plate-forme de forage dans le Golfe du Mexique ainsi qu'aux raffineries américaines, mais le prix du baril, lui,  ... chute alors encore plus, jusqu'à descendre en dessous de la barre des 90$.  Évidemment, le prix à la pompe, lui, continue encore à rester élevé.  Vous comprenez quelque chose dans tout cela ? Sinon qu'on se fout littéralement de nous.  Ne trouvez-vous pas ?...

Aux dernières nouvelles, le baril de pétrole était maintenant rendu en dessous de la barre des 50$, alors que bien des analyses prévoyaient il n'y a pas si longtemps encore qu'il pourrait franchir les 150$ !!!

Entre temps, et dans le meilleur des cas, on nous propose de plus surveiller la situation.  La belle affaire ! ...  On nous prend vraiment pour des imbéciles.  Depuis des mois, le dossier de l'essence accumulent scandales sur scandales et incongruités sur incongruités.  Et il n'y a pas un seul politicien, aussi bien du côté des libéraux, des Conservateurs, ou même du NPD ou du PQ,  à Québec comme à Ottawa, pour avoir assez de cran pour dire: cela va faire ! Entre temps, les gens continuent à perdre leur emplois, la nourriture nous coûte beaucoup plus cher à cause des coûts de transports grandissants.  En fait, tout nous coûte plus cher sans que nos salaires puissent suivre.

Et ce n'est là que la pointe de l'iceberg.  Il n'y a pas si longtemps encore, le professeur Léo-Paul Lauzon dénonçait dans les pages du Journal Métro un autre scandale relié au pétrole mais dont personne n'avait osé parlé.  Les droits d'exploitation des nappes souterraines de gaz, découvertes récemment dans le golfe St-Laurent, auraient en effet été cédé par notre très glorieux gouvernement de Jean Charest à ... d'obscures compagnies privées .  En d'autres termes, ce seraient juste comme des prête noms.
 

Cela n'a juste pas d'allure ...

Voici ce que le professeur Léo-Paul Lauzon avait à dire à propos d'une telle situation; c'était au début du mois d'août dernier :

Que votre joie surabonde : on vient de découvrir beaucoup de gaz naturel au Québec, et du pétrole. Partout au monde, l’annonce en aurait été faite par le premier ministre. Mais pas au Québec colonisé. Telle que parue dans La Presse du 3 avril 2008, l’annonce nous est parvenue du Colorado, aux États-Unis, depuis les bureaux de Forest Oil Corporation. On est la risée du monde entier. Au Brésil, la société d’État Petrobras vient de découvrir un immense gisement de pétrole, et c’est le président du pays, Lula, qui en a fait l’annonce, pas une firme étrangère.

Le Journal de Montréal du 29 juillet 2007, publiait que la société aéronautique brésilienne Embraer vient d’implanter deux usines au Portugal. C’est le président du Brésil qui a entériné l’entente. Au Canada, le gouvernement a privatisé, sans aucun droit de regard, Canadair en le vendant à Bombardier, qui n’avait aucune connaissance de l’aéronautique et pas d’argent. Le Brésil a aussi privatisé Embraer, mais le gouvernement a conservé une action en or (golden share) qui lui permet d’avoir le dernier mot sur toutes les décisions importantes pour le pays, les travailleurs et la population. Avoir suggéré ce modèle ici, on m’aurait crucifié pour cause d’hystérie.

Afin de privilégier quelques opportunistes, le gouvernement du Québec a démantelé Hydro-Québec gaz et pétrole, a dissous la Société québécoise d’initiatives pétrolières et a cédé «gratos» tous leurs droits d’exploration aux trois bineries québécoises inexpérimentées, insolvables et inopérantes Pétrolia, Gastem et Junex. En 2007, celles-ci n’avaient aucun revenu d’exploitation, avaient toutes subi des pertes et n’avaient pratiquement pas d’actifs.  Je connais des cabanes à sucre plus grosses que ces trois «juniors».
 
N’ayant pas l’argent, les compétences et la technologie nécessaires, elles ont vite cédé des parts majoritaires de droits d’exploration au Québec à des firmes étrangères comme Forest Oil des States, Pilatus de Suisse et Corridor Resources, qui font de la prospection pour elles au Québec. Nos trois Québécoises n’ont même pas de «pépines» pour creuser un étang. Et comme lobbyiste, Junex a embauché l’ineffable André Caillé, ancien président d’Hydro Québec. Toute cette histoire sans que les Québécois rouspètent, sans qu’aucun chroniqueur journalistique ne soulève la moindre critique et avec les applaudissements nourris de nos politiciens. On fait dur!

Aux États-Unis, le fait de reprendre ou non l'exploitation des gisements offshore est un des dossiers "hot" qui séparent les candidats Obama et McCain dans le cadre des présidentielles.  C'est un des gros sujets de l'heure.  Mais, ici, c'est tout le contraire et c'est comme si on perdait de vue le gros bon sens.  C'est comme si, plus gros était le sapin qu'on voulait nous faire passer et mieux c'était.

Entre temps, et encore hier, on apprenait sur les ondes de la télévision de Radio-Canada que le Nouveau-Brunswick impose un prix plafond à l'essence.  Question : pourquoi ne pourrait-on pas faire de même ici, d'autant que la loi québécoise nous permet déjà de le faire.  Cherchez l'erreur...  Demandez-vous en même temps pourquoi personne ne parle de tout cela.

Chose certaine, voici bien un sujet autour duquel Québec solidaire aurait intérêt à se faire beaucoup plus connaître...
 

Si j'étais premier ministre ...

Moi, si j'étais premier ministre, je ferais exactement comme Hugo Chavez au Venezuela et je m'arrangerais pour reprendre le contrôle complet, chez nous, de tout le secteur de la vente et de la distribution de l'essence. Je mettrais en plus un stop complet sur toute exploitation future des hydrocarbures (surtout que cela va maintenant se faire par des intérêts privés et étrangers) dans le Golfe St-Laurent parce qu'on n'en a pas vraiment besoin.  Il faudrait en même temps, c'est sûr, renverser toutes ces privatisations.

Je renverrais également sur les bancs d'école les hauts fonctionnaires qui nous ont amené un tel "bordel".  Question de leur rappeler certains fondements d'économie 101.  Et, ensuite, je les enverrais faire un peu de service à clientèle, sur le téléphone, pour qu'ils aient aussi une meilleure idée de ce à quoi la population s'attendrait de la part à un gouvernement plus à leur écoute.

Finalement, j'utiliserais les ressources du gouvernement pour lancer sans plus tarder le développement d'une industrie pour produire à large échelle des véhicules 100% électrique, fait ici.  Cela aurait en même temps l'avantage de créer beaucoup d'emplois tout en contribuant de manière significative à la réduction des gaz à effets de serre.  J'instituerais également, partout dans tous les grands centres urbains, le transport en commun complètement gratuit.

Et en attendant qu'on puisse tout reconvertir vers l'électrique, on n'aurait plus, à chaque fois, à s'insurger contre l'appétit insatiable des  pétrolières parce  qu'on les aurait mis à la porte ...  Ce serait très certainement plus constructif.

Un dernier point : je nommerais Léo-Paul Lauzon conseiller senior au sein du nouveau ministère du développement économique.

 

(*)  André Parizeau était jusqu'à récemment le chef du PCQ.  Lors du XVIe congrès du PCQ, qui se tenait du 17 au 19 octobre 2008, un nouveau chef du parti fut élu en remplacement de ce dernier; André Parizeau avait déjà annoncé plusieurs mois avant qu'il ne demanderait pas un renouvellement de son mandat lors de ce congrès, préférant laisser la place à la relève.  Celui-ci demeure cependant porte-parole principal du Parti.  Le nouveau chef est maintenant Francis Gagnon Bergmann.

 

 



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