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Par André Parizeau,
Porte-parole du PCQ

Un des arguments utilisés contre ce que les communistes proposent, sur le plan économique et politique, consiste à dire que cela ne marchera jamais parce que les gens n'embarqueront jamais dans de telles choses.

En passant, cet argument est également assez souvent utilisé contre Québec solidaire, puisque la plupart des engagements électoraux de ce parti rejoignent déjà, tout au moins en partie, ce que nous disons nous-mêmes.

C'est notamment le cas quand il s'agit de parler de réforme de la fiscalité.  Dans le but de financer les dépenses de l'État, notamment en ce qui a trait à la protection de même qu'à l'extension de nos programmes sociaux, une des choses que nous disons, c'est qu'il faut aller chercher l'argent là où elle est, c'est à dire dans la poche des riches et des grosses corporations.  Amir Khadir l'a souvent dit et nous sommes également tout à fait d'accord avec cela.

Une de nos demandes, en ce sens, consiste à dire au niveau de la fiscalité des individus que les tranches de revenus supérieures à 150 000$, jusqu'à un maximum de 200 000$ par année, devraient se voir imposer un taux de 75%; au dessus de 200 000$ par année, ce taux devrait d'autre part, et toujours selon nous, passer à 100%.
 

Impensable, vous dites ?...

Les engagements de Québec solidaire ne vont pas jusqu'à là; ils ne sont pas aussi radicaux; néanmoins, et là où l'on se rejoint, c'est par rapport à la nécessité, entre autres choses, a) d'imposer pleinement les gains en capitaux pour les particuliers ainsi que pour les entreprises, b) d'augmenter le nombre de paliers au niveau des taux d'imposition pour les hauts revenus ainsi que les grandes entreprises, c) et de revoir et de bonifier aussi la liste des biens de première nécessité ainsi que des biens culturels produits au Québec qui devraient être exemptés de TVQ, tandis qu'on augmenterait en même temps les taxes pour les biens de luxe et les biens polluants.

Impensable, vous direz qu'on puisse imaginer un jour aller dans ce sens ?  Ne serait-ce qu'en partie.  Attendez.  Peut-être ne le saviez-vous pas, mais de telles mesures (où s'en rapprochant) furent de fait appliquées, ici même, en Amérique du Nord et cela marchait.  Cela se passait, il n'y a pas si longtemps encore, et ce ne fut ni un gouvernement de communistes, ni mêmes des socialistes, qui prirent de telles mesures.  Même pas.

Saviez-vous ce que Roosevelt a lui-même fait ?...

Vous pensez que je charrie ici.  Pas du tout.  Cela se passait aux États-Unis et c'est nul autre que Franklin D. Roosevelt qui prit de telles mesures.  Des mesures très semblables à ce que nous revendiquons nous-mêmes aujourd'hui.  OK, on était alors, du temps de Roosevelt, en pleine guerre mondiale, ce qui n'est pas le cas présentement.  Sauf que la situation économique mondiale actuelle n'est pas forcément bien mieux que ce qui pouvait se passer dans les années 30.  Même les experts en conviennent.

Toujours est-il, qu'en 1942, Franklin D. Roosevelt décida que dans l'intérêt de l'effort de guerre requis à l'époque il n'était pas utile que quelqu'un gagne plus de 25 000 par année (soit l'équivalent de 315 000$ aujourd'hui).  Ce qui représentait déjà à l'Époque 25 fois les salaires au bas de l'échelle. Aussi le taux d'imposition passa donc pour toute tranche supérieure à 25 000$ par année à 88%, lequel taux fut même augmenté par la suite pour aller jusqu'à 94% ...  Effort de guerre oblige !

Vous pensez peut-être que cela s'arrête là.  Mais non !  Parce qu'après la seconde guerre mondiale commença alors la guerre froide contre l'URSS.  Cela coûtait toujours aussi cher de maintenir autant de soldats américains sous les armes, alors cela prenait toujours beaucoup d'argent.  Aussi fut-il convenu par la Maison Blanche (même après le départ de Roosevelt) que les plus hauts revenus aux États-Unis continueraient encore à être taxés à 91% pour tout ce qui excédait une somme de 400 000$ par année (en dollars d'aujourd'hui).  Cela dura ainsi pendant près de 10 ans encore ...  À cette époque là, il faut croire que même au sein de la bourgeoisie, ceux-ci semblaient d'accord pour faire certains sacrifices, individuellement parlant, question de mieux défendre collectivement, et y compris sur la scène internationale, leurs propres intérêts de classe.

Il faut dire que de maintenir des programmes sociaux coûtait aussi pas mal d'argent.  Et le capitalisme ne pouvait se résoudre à rester trop loin en arrière par rapport à tous les programmes sociaux offerts gratuitement ou presque dans les différents pays socialistes de l'époque.  De peur de voir trop de gens devenir influencés par les idées socialistes, il fallait bien que l'État bourgeois en vienne à son tour à desservir un minimum de services.

Quand on y regarde de près, c'est véritablement vers la fin des années 80, qu'on assiste ensuite à un revirement assez spectaculaire des choses, alors que le gouvernement des États-Unis, sous la gouverne de Ronald Reagan aux États-Unis, de même que le gouvernement britannique, sous la direction de madame Thatcher, mais aussi bon nombre d'autres gouvernements, un peu partout dans le monde, y compris ici au Canada, commencent systématiquement à réduire tous les impôts des riches et des compagnies, pour hausser en même temps ceux des plus pauvres et réduire aussi l'étendue et la qualité des services offerts par l'État.  De manière pas vraiment très surprenant, on notera au passage que tout cela se produit alors qu'on assiste en même temps à un net affaiblissement de la guerre froide, l'URSS arrivant de moins en moins à suivre dans cette course effrénée aux armements.

Bien des économistes associent en même temps cette période à une étape dans le développement du capitalisme où la course effrénée pour faire toujours plus de profits commence à coûter de plus en plus cher en immobilisations et investissements divers.  C'est ce qu'on appelle aussi la loi sur la baisse tendancielle du taux de profit.  Toujours est-il que les capitalistes ont un besoin de plus en plus insatiable qu'on les aident financièrement (il faut comprendre ici qu'ils avaient besoin que l'État les aide beaucoup plus qu'avant et qu'ils réduisent aussi leur niveau de taxation).  C'est une période où la spéculation tend en même temps à se substituer aux secteurs plus traditionnels de l'économie capitaliste pour générer des profits encore plus vite.

Commence alors tout le discours néolibéral sur le fait qu'il faudrait désormais réduire l'ensemble des dépenses de l'État (mais pas forcément au niveau du militaire), comment les riches paient déjà trop et comment il faudrait peut-être mieux répartir les sources de revenus (comprendre par là le fait que cela devrait être désormais sur monsieur et madame tout le monde que devrait reposer l'essentiel de l'effort fiscal), et comment l'entreprise privé est parfaitement capable de s'autoréguler.  Même des partis sociaux démocrates, ou d'inspiration similaire, tel le PQ, devait d'ailleurs finir par joindre leur voix à ce rouleau compresseur nouveau genre.

On sait aujourd'hui où tout cela nous a finalement mené.  Soit sur le bord d'un des plus gros précipices économiques qu'on ait vu jusqu'ici.
 

Vers un retour du balancier ? ...  Il faudra voir à l'usage

De plus en plus, c'est comme si on assistait à nouveau à une sorte de retour du balancier.  Même George W. Bush, pourtant sur son départ, commence à parler à son tour de la nécessité pour l'État de réinvestir le terrain économique.  Quitte à revenir aux anciens déficits.  Même Stephen Harper, bien qu'il se fasse toujours un peu tirer l'oreille, commence aussi à prendre cette direction.

Vous remarquerez cependant qu'aucun de ces politiciens de droite ne parlent pendant ce temps d'utiliser tous ces argents pour regarnir les poches des simples contribuables.  Mais non !  La priorité, disent-ils doit continuer à demeurer d'aider les grosses entreprises.  Il faut juste leur en donner plus.  Et personne, parmi tous ces politiciens ne parlent non plus de retourner chercher l'argent, là où elle est, soit dans la poche des plus riches.  D'où l'idée de revenir aux déficits.

Leur choix demeurent en même temps plus que discutables, comme en fait foi un récent commentaire que nous faisait parvenir notre camarade Guy Roy à propos du plan de sauvetage des Conservateurs pour les chantiers de la Davie.  À ce sujet, je vous invite également à lire un très bon papier de Pierre Dubuc (voir raccourci dans la marge à gauche de cette page).
 

Il faudra aussi garder un oeil sur les choix et les priorités des uns et des autres

Personne ne parle itou du fait que si on allait chercher l'argent où elle est, non seulement on pourrait se payer de biens meilleurs programmes sociaux, mais on n'aurait peut-être pas besoin de se taper autant de déficits.

La seule exception, de taille il faut le dire, réside dans le prochain président des États-Unis, Barack Obama, dont le programme politique inclut toujours (au moins et jusqu'à nouvel ordre) d'importantes hausses d'impôts pour les grandes corporations, notamment les grandes pétrolières.  Il reste évidemment à voir cependant si un tel programme finira par devenir réalité ou non.

Entre temps, et sur une note positive, en Europe, la Belgique vient de décider de limiter à un maximum de 18 mois les parachutes dorés que peuvent se donner les PDG dans les grandes entreprises, en cas de départ.  Dans les Pays-Bas, le gouvernement vient de son côté de décider que les indemnités de départ pour tous ceux et celles qui gagnent plus de 500 000 euros seront imposés à un minimum de 30%.  C'est pas encore beaucoup, mais c'est au moins un départ.

Un peu partout, en Europe, la pression monte également pour exiger de meilleures salaires, encore plus de protection contre les fermetures et plus de règles contre les grandes multinationales en général.

Il y a quelques années de cela, alors que GM venait d'annoncer la fermeture de son usine de Boisbriand ainsi que son intention de raser celle-ci, plutôt que de la vendre, et qu'elle n'était alors que ministre dans un gouvernement, dirigé par l'ex-chef du PQ, Bernard Landry, Pauline Marois n'avait pas hésité à suggérer qu'on prenne les grands moyens pour faire entendre raison à cette multinationale.  Cela n'avait duré qu'un temps, le temps de se faire rabrouer par son chef...  Elle avait alors dû rentrer dans le rang.  Il reste à voir ce que celle-ci fera maintenant qu'elle est la "boss" au sein du PQ, en même temps que la nouvelle chef de l'opposition officielle,  face à Domtar  ou encore  Alcan qui  veulent aussi fermer ...
 

Un point de départ plutôt qu'un fin en soi ...

Toutes ces mesures, que nous revendiquons, et qu'un nombre grandissant d'organismes de diverses nature commencent aussi à revendiquer de plus en plus, ne représentent pas en soi un programme socialiste.  Le simple fait que même des bourgeois en viennent aussi, avec le temps, à appuyer de telles mesures, en fait foi.  Quand ceux-ci, au sein de la bourgeoisie, commencent à parler de revoir la manière de redistribuer la richesse (via la fiscalité), cela ne veut pas dire pour autant qu'ils proposent  que tout ce  nouvel argent aille forcément vers le monde ordinaire.  Ou qu'ils se soient tous reconvertis pour autant au socialisme.  Que non !  Sans doute sont-ils d'abord inquiets du fait que les contradictions, au sein même du capitalisme, mineraient de plus en plus l'échafaudage sur lequel leur propre domination s'appuie.  D'où l'idée, dans leur tête, d'être un peu plus ouverts à certaines réformes.  Question de lâcher du lest et sauver l'essentiel.  Mais même lorsqu'ils sont prêts à faire des compromis, ils s'essaient encore pour en donner le moins possible et garder conséquemment le maximum pour eux.  D'où l'importance de ne jamais baisser notre garde et de toujours rester vigilants.  Pour nous, tout cela a au moins cela de positif d'ouvrir des brèches qu'on serait fou de ne pas utiliser.

Pour nous, il importe que la richesse que nous produisons aille d'abord et avant tout à ceux et celles qui sont à l'origine de sa création, ceux et celles par qui cette même richesse est produite.  Plutôt que d'aller dans les poches de ceux et de celles qui s'en accaparent tout le temps le fruit, simplement parce qu'Ils avaient la chance, au départ, d'avoir des capitaux ...  Eux, les bourgeois, doivent surtout chercher à voir comment ils pourraient renflouer leurs propres coffres, pour mieux faire face à la crise.  D'entrée de jeu, on peut déjà voir une différence notable entre leur vision d'ensemble et la notre.

D'où le fait que le PCQ, et des organisations comme Québec solidaire, insistent d'abord sur l'importance de rehausser le niveau de vie des gens, de mieux protéger les emplois, etc.  Pour paraphraser une fois encore Amir Khadir, la meilleure manière de faire face à la crise, c'est de s'occuper des gens au bas de l'échelle sociale.  Pour sûr, il nous faudra encore batailler fort pour faire valoir notre point de vue.

La 2e grande différence que nous avons avec les bourgeois et leurs politiciens, y compris avec les sociaux-démocrates plus modérés, réside dans le fait qu'une telle réforme de la fiscalité, de même que des règles à nature plus économique qu'Il faudrait aussi établir (il en va de même que quelques autres réformes du même genre que nous appuyons aussi) peut certes être un point de départ, mais ne devrait d'aucune manière être vu comme devant être aussi le point final de notre démarche car notre but ultime, à nous, n'est autre que chose que l'abolition à terme de l'exploitation de l'homme  (et de la nature) par l'homme...
 

Un potentiel ...

Tout cela peut finir par colorer notre propre programme.  Il reste, selon nous, qu'un tel programme a le potentiel pour rejoindre et unir un grand nombre de personnes.

Peut-être tous les bourgeois, en tant que classe, ne voudront pas aller aussi loin d'eux-mêmes, parce que cela reviendrait en bout de piste à signer leur propre arrêt de mort, comme classe d'élite imposant leur domination. C'est même plausible.  Aussi faudra-t-il développer l'unité la plus large possible d'un maximum de gens pour les y forcer, d'une manière ou d'une autre, parce que cela va dans l'intérêt non seulement de la majorité de la société, mais aussi de la nature dans son ensemble, de le faire.  Et aussi parce qu'on n'a pas vraiment le choix et que chaque jour vient un peu plus nous confirmer un tel constat.  D'où l'idée de bâtir un véhicule comme Québec solidaire et de continuer à travailler pour élargir sans cesse l'influence d'une telle formation.

Sur ces paroles, je vous souhaite la meilleure année 2009 possible dans les circonstances...

 

 



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