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Pour Jean Charest, tout est bien qui finit bien.  C'est tout au moins ce qu'il a laissé entendre aux médias à la suite de l'annonce comme quoi les travailleurs d'Olymel, à Vallée Jonction, avaient finalement accepté plus de 10 millions de $ de concessions.  Un autre dossier de réglé, doit-il se dire.  Cela adonne bien puisque les élections s'en viennent justement.

Tel n'est cependant pas le sentiment qu'avaient bon nombre de gens, lors des émissions de lignes ouvertes qui ont suivi cette annonce de l'acceptation par les travailleurs des concessions.  Pour bien des gens, Olymel est plutôt le symbole de tout ce qui ne marche pas comme il faut au niveau de l'économie du Québec.  Mépris pour les travailleurs, stratégie de courte de vue, manque de transparence : voilà certaines des constatations qui revenaient souvent.

Le manque de transparence dans le dossier d'Olymel est particulièrement évident.  Quand une compagnie comme Olymel prend une décision de fermer ses portes, cela touche beaucoup de monde.  Un maximum de transparence serait de mise dans les circonstances.  Mais c'est pourtant le contraire qui se passe.  Le PCQ joint sa voix à tous ceux et celles qui demeurent tout autant préoccupé par la situation.

Rien n'est vraiment encore réglé

Même si la menace de fermeture semble maintenant écarter, au moins pour le moment, l'urgence d'une intervention directe de l'État dans le dossier nous apparaît toujours aussi nécessaire.  Comme le soulignait très justement le syndicat, rien n'est encore vraiment réglé par rapport aux nombreux problèmes existant au niveau de l'industrie porcine.

Jusqu'à présent, l'État s'est montré on ne peut plus complaisant face à Olymel alors qu'il aurait pu au contraire se faire plus pressant puisqu'il est lui-même un des actionnaires de la compagnie, via la SGF.  On voit où cela nous a amené et  il y a bien trop de questions qui restent encore sans réponse.  Tout cela devrait cesser.  De toute évidence, cette politique du laisser-faire est un désastre.

À notre sens, l'État devrait dès maintenant regarder la possibilité de reprendre tout le contrôle sur ce secteur de notre économie, de manière à y remettre de l'ordre, prendre les mesures qui s'imposent dans le contexte  et éviter que cela empire encore plus.  Cela nous donnerait en même temps, de manière collective, plus de moyens pour s'adresser avec plus d'efficacité à toute la problématique environnementale du dossier.

Le relatif silence de la classe politique dans un dossier qui est pourtant majeur laisse en même temps songeur.  Sans doute que la plupart des partis, déjà en place à Québec, sont bien contents de ne plus avoir cette épée Damoclès devant eux.  Mais les problèmes, eux restent entiers.

Comme nous le disions plus haut, il y a bien trop de questions qui demeurent encore aujourd'hui sans réponse et qui ne peuvent faire autrement que susciter une crainte légitime par rapport à ce qui pourrait encore se produire dans ce secteur.  Une intervention s'impose.  Il faut donc espérer que toutes les pressions qui avaient commencé à voir le jour et qui allaient dans le sens d'une remise en cause de tout le modèle de  développement dans ce secteur, continueront à se faire sentir.

Des chiffres qui ne cadrent pas

Selon la compagnie elle-même, l'usine de Vallée Jonction traiterait actuellement près de 30 000 porcs par semaine.  Cela fait donc une production de plus de 1 million 500 000 porcs par année.  Suite à l'acceptation par les travailleurs des concessions exigées, Olymel affirme maintenant qu'elle pourrait encore faire monter cette production à près de 40 000 porcs par semaine, soit plus de 2 millions de porcs par année.  On parle donc d'une hausse possible de près de 500 000 porcs par année, soit plus de 30%.

Pour une compagnie qui disait, il n'y a pas si longtemps encore, avoir de la misère à écouler sa production sur les marchés, domestiques et étrangers, voilà une affirmation qui pourrait sembler bizarre. Mais cela n'est pas tout.

La plupart des experts s'entendent pour dire que le modèle de développement utilisé pour l'industrie porcine, qui implique de miser sur une extension toujours plus grande des capacités de production, quitte à devenir toujours plus dépendant des exportations et des fluctuations sur les marchés étrangers, a ses limites.  Des compagnies comme Olymel devraient plutôt chercher à réorienter leur production en fonction de la recherche d'une plus grande valeur ajoutée à leurs produits.  À cela, on pourrait ajouter le fait que cette recherche d'une production toujours plus grande et du toujours plus gros crée aussi d'énormes problèmes sur le plan de l'environnement.  Mais Olymel s'entête.  Reste à savoir pourquoi.

Olymel reconnaît que son usine de Vallée Jonction serait non seulement sa plus grosse usine (elle traite déjà près de 30% de toute la production québécoise de porcs) mais qu'elle serait aussi une des plus modernes et des plus productives qu'elle ait.  Alors pourquoi voulait-elle donc la fermer au départ ?  Voilà une autre question qui reste toujours sans réponse.

À cela, on pourrait tout aussi bien en ajouter une autre : par quelle logique une compagnie peut-elle vraiment prétendre vouloir améliorer sa propre situation financière en fermant une de ses usines les plus productives ? 

Des arguments qui ne tiennent pas la route non plus

Quoique la compagnie puisse dire, l'argument des salaires ne tient pas vraiment la route.  Contrairement à d'autre usines, dans d'autres secteurs, où les salaires compteraient pour la majeure partie des dépenses encourues, tel n'est pas la situation à Vallée Jonction.  Le total de la masse salariale de Vallée Jonction, avant l'imposition des concessions et incluant le coût associé aux avantages sociaux accordés, correspondait à 50 millions de $ (1).  Les chiffres viennent encore une fois d'Olymel.  Cela représentait donc, au maximum, à un grand total d'environ 33$ par porc traité.

Le total des concessions exigées représenteront une coupe de près de 30% dans la rémunération des travailleurs mais, réparties sur le total de la production maintenant visée, cela ne correspond qu'à 6$ par porc.

Il serait très certainement utile de savoir combien rapporte au juste un porc à Olymel, lorsqu'il entre à Vallée Jonction et combien cela coûte pour le dépecer, l'empaqueter, etc.

De toute évidence, les salaires ne représentent pas la plus grande partie des coûts de production.  Alors pourquoi Olymel insiste-t-elle autant pour que les travailleurs acceptent justement de telle baisses de salaires ? Pourquoi ne cherche-t-elle pas à couper ailleurs ?  Là encore la question reste sans réponse.

La question est d'autant plus pertinente qu'on vient d'apprendre qu'Olymel pourrait bien  augmenter au cours de la prochaine période la rémunération qu'elle accorde à ses cadres.  Cherchez l'erreur ?

À propos du dilemme causé par la remontée du dollar

Selon Olymel, la remontée du dollar canadien lui ferait très mal au niveau de ses exportations.  Sauf qu'on serait en droit de lui demander ce qu'elle a fait de tous ses profits, pendant toutes ses années, quand le dollar canadien était beaucoup plus bas.

La plupart des entreprises privées comme Olymel sont d'abord et avant tout préoccupées par la recherche du profit maximum.  Il faut garantir aux actionnaires le maximum de  retour sur l'investissement, dans un minimum de temps, quitte à reporter à chaque fois, à plus tard, les plans de réinvestissement.  C'est la règle No 1 dans une économie de marché.  S'il faut mettre pour cela de côté ce qui serait dans l'intérêt de la grande majorité de la population, alors qu'il en soit ainsi parce que c'est le profit qui doit primer.

Du reste, Olymel est très mal placé pour se plaindre et prétendre ne pas pouvoir faire face à la concurrence.  Elle contrôle de facto la quasi totalité de toute la production québécoise de porcs, soit autour de 70% de celle-ci.

Même pas capable de donner des garanties pour le futur

Le pire dans tout cela réside dans le fait qu'Olymel se refuse toujours à donner la moindre garantie par rapport au maintien des emplois des travailleurs de Vallée Jonction, même après l'acceptation des concessions.  "Cela dépendra du marché", de dire Olymel.

Évidemment, Olymel reste tout aussi muette par rapport à ses plans plus globaux dans le futur.

Après tout cela, on pourrait tout aussi bien se demander combien les "loyaux" services de Lucien Bouchard, à titre de négociateur en chef du côté patronal, auront finalement coûté...

Une fois de plus, le dossier Olymel fait ressortir à quel point nous ne sommes pas vraiment maîtres chez nous, même quand les patrons sont québécois  ...  Le gouvernement québécois possède actuellement autour de 17% des actions d'Olymel, via la SGF.

 

(1) : Au tout début, et pour dénigrer les travailleurs de Vallée Jonction, on laissait entendre que le salaire moyen versé à ces travailleurs, sur le chèque de paie, était de 28$ l'heure.  Il est aujourd'hui établi que cette somme correspondait plutôt à l'ensemble des coûts associés à la rémunération, y incluant les avantages sociaux.

 

 


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(Source: Presse toi à gauche)

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