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Adapté d'un texte publié à l'origine dans le journal communiste français l'Humanité du 6 juillet, et signé par Danièle Guillemot, économiste et statisticienne, et Jacques Léger, syndicaliste à la CGT.

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La place que le travail occupe dans l’existence de chacun ne se résume pas au nombre d’heures qui lui est consacré. Si les tendances séculaires sont pour les uns à la diminution du temps de travail, que ce soit grâce à des départs plus précoces à la retraite, une réduction du temps de travail, ou encore, et de de manière beaucoup moins positive, via des périodes de chômage plus longue ou l'extension du temps partiel, la tendance inverse est aussi vrai.

Au-delà de ces grandes évolutions du temps, le travail détermine toujours largement le niveau de vie au travers du revenu qu’il procure et demeure au fondement des identités sociales et personnelles. Ne se présente-t-on pas de toute manière au travers de son propre métier ?  On est vendeuse, mécanicien, infirmière, etc … Le travail demeure en même temps à l’origine des divisions sociales, entre dirigeants et exécutants, salariés et non-salariés, qualifiés et non qualifiés, riches et pauvres …

Le travail aliène, c'est bien connu.  L'absence de travail demeure tout autant source de pauvreté, mais aussi de sentiment « d’inutilité au monde », engendrant souvent de grandes souffrances sociales mais aussi personnelles, aussi bien au niveau des relations entre conjoints, ou entre parents et enfants. Le drame croissant généré par le chômage, et donc l'absence de travail, de même que la généralisation de la précarité a pu ces dernières décennies occulter, dans les débats syndicaux et sociaux, les enjeux du travail lui-même. Pourtant, la dégradation des conditions de travail, de manière générale, ainsi que son intensification, sont des réalités vécues par un très grand nombre de travailleurs et de travailleuses.

Le constat de la dégradation des conditions du travail et des souffrances que cela engendre, de même que l’analyse des stratégies patronales visant à imposer les objectifs de profits à travers tous les aspects du travail, nous concernent tous et toutes. Beaucoup de salariés, lorsque confrontés à ces réalités, notamment parmi les jeunes, peuvent avoir tendance à chercher en dehors du travail les moyens de se réaliser, en tentant par exemple de s’engager le moins possible dans la « galère » du travail. Mais les réalités de celui-ci se répercutent en même temps bien au-delà du cadre dans lequel il s’exerce et finit donc par le fait même par tous et toutes nous rattraper, d'une manière ou d'une autre. La précarité, par exemple, provoque une double instabilité pour la vie professionnelle et sociale. S’il est difficile de s’inscrire dans un déroulement de carrière, il est également difficile de construire un projet de vie sans assurance minimum du lendemain. L’intensité du travail pèse encore de tout son poids quand on a quitté son travail, soit qu’on récupère, soit qu’on y pense encore.

Ne plus avoir de temps pour réfléchir à ce que l’on fait au travail conduit en même temps à reporter les problèmes professionnels dans sa vie personnelle.

Ce qui permet de tenir, c’est peut-être ce qui demeure l'acte libre, dans l’activité de travail, c'est à dire la mise en œuvre du geste et de la pensée propre à chaque personne, quelle que soit sa responsabilité; cela s’exerce malgré la codification de plus en plus étroite de nombre d’activités de travail par des normes gestionnaires.

Mis à mal lorsque l’obsession du profit prend le dessus sur les objectifs de production de biens ou services de qualité, ainsi que du travail « bien fait », ou lorsque la multiplication des normes prive le travailleur de l’autonomie nécessaire pour son exercice, le métier demeure finalement au cœur de l’identité professionnelle.

Sans doute faudrait-il plus réfléchir aujourd’hui au lien entre la stabilité à laquelle cette notion de métier est souvent rattachée -- ce qui est loin d'être mauvais -- et la nécessaire évolution, ainsi que la transférabilité des pratiques qui est de plus en plus réclamée. La reconnaissance du métier dans un cadre renouvelé suppose aussi de soulever la question de la maîtrise de l’organisation et du contenu du travail, ainsi que de bousculer l’idée voulant que l’organisation du travail serait nécessairement la chasse gardée des directions d’entreprise. Ce sont, au contraire, des questions sur lesquelles les salariés devraient en premier chef avoir leur mot à dire.

Horaires flexibles et décalés, turn-over, intérim, sous-traitance, toutes ces transformations massives qui affectent les salariEs de plus en plus participent du même coup au morcellement de nos collectivités ainsi qu'à la fragilisation de nos environnement. Des travailleurs isolés et mis de plus en plus en concurrence entre eux, ainsi qu'entre elles, auront forcément plus de difficultés à se défendre contre les formes les plus extrêmes de l’exploitation. Ils ne pourront, au quotidien, compter sur l’aide des autres.  La reconstruction de nos forces collectives devraient être au coeur de nos débats dans les syndicats.

Alors que les situations de travail sont de plus en plus diversifiées et éclatées, comment devrions-nous oeuvrer pour regrouper les salariés dans une démarche plus collective ? La question se pose.  Disputer au patronat et aux directions d’entreprise le contenu et l’organisation du travail, devra forcément faire aussi partie de notre combat pour notre propre émancipation en tant que travailleurs et travailleuses.

 



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