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Par André Parizeau,
Porte parole du PCQ

"Dans tout le pays, il y a des gens qui travaillent dur et assument leurs responsabilités tous les jours sans bénéficier de plans de sauvetage du gouvernement et de millions de dollars de bonus."  Ainsi s'exprimait hier le nouveau président des États-Unis, Barack Obama, en parlant des centaines de millions de dollars de primes carrément scandaleuses qui sont toujours supposées être payées aux ex-dirigeants de l'AIG, et ce, à même les argents des contribuables américains.  Tout cela est en lien avec ce que l'ancien président Bush avait conclu l'an dernier comme premier plan d'aide à cette banque.  Obama affirme qu'il fera tout en son pouvoir bloquer le paiement de ces fameuses primes.

Au delà de la question consistant à savoir si la nouvelle administration à la Maison Blanche réussira ou non à bloquer ces fameux paiements, cela soulève aussi une question : faut-il ou non appuyer tous ces fameux projets d'aide et d'intervention de l'État vers l'entreprise privée dont on parle de plus en plus, aussi bien là-bas qu'ici ?  Faut-il vraiment les croire quand ils nous disent qu'il n'y aurait pas vraiment d'autre alternative ?  Est-ce vraiment le cas ?  À quoi devrions-nous nous attendre pour le futur ?

Nous, comme communistes, pas juste ici, mais en fait un peu partout ailleurs aussi, à travers le monde, défendons depuis déjà longtemps que nos États respectifs doivent jouer un rôle beaucoup plus grand dans l'économie.  Sauf que notre vision d'une telle intervention est bien différente de la manière dont Jean Charest, Stephen Harper, ou encore George Bush (avant qu'il ne s'en aille) voyaient et voient toujours les choses.

Quand on examine le genre de programmes que le gouvernement américain a mis en place jusqu'ici, il s'agit surtout de cadeaux à l'entreprise privée.  On socialise essentiellement les pertes, mais on ne touche pas vraiment au contrôle tout à fait immoral que cette minorité de grands profiteurs, que sont les gros capitalistes, continuent toujours d'avoir.

Si on moins, toute cette aide était assujettie à la mise en place de mécanismes permettant un contrôle plus populaire de ces mêmes grandes entreprises, alors peut-être pourrions-nous parler de gestes allant dans le bon sens.  Mais tel n'est cependant pas le cas, même si Obama en parle toujours (sauf que cela demeure encore et pour l'essentiel à l'étape de promesses; on verra bien d'ici la prochaine année si cela changera).

Si au moins, on s'assurait, ici même, et en parallèle, pour mettre plus de dents à la législation actuelle du travail, de manière, entre autres choses,  à mieux protéger le monde ordinaire au niveau de leurs propres droits.  On pourrait mettre en place de nouvelles législations qui protégeraient mieux les travailleurs et les travailleuses contre les fermetures sauvages et les licenciements massifs.  On pourrait aussi s'assurer, par diverses mesures, de mieux protéger le pouvoir d'achat des gens, mieux réglementer les activités des banques, éviter les abus (comme le fait de toujours charger plus, en frais de toutes sortes, alors que le taux directeur de la Banque du Canada avoisine  0%, etc).  On pourrait aussi mettre un terme aux jeux de yoyo des grands pétrolières vis à vis du prix de l'essence à la pompe.

Au lieu de donner tous ces milliards, l'État pourrait tout aussi bien prendre l'avenue consistant à prendre carrément le contrôle de ces sociétés (puisque ces mêmes requins de la finances et du commerce ont déjà prouvé comment ils n'étaient pas capable de gérer eux-mêmes "leurs" avoirs).  On pourrait également s'assurer que nos sociétés d'État soient aussi mieux contrôlées, et que leur gestion soit aussi beaucoup plus transparente et plus démocratique qu'elle a pu l'être jusqu'ici.

Au lieu de cela, c'est plutôt le contraire qui se produit et l'exemple de la Caisse de dépôt est là pour nous le rappeler.  En définitive, et au lieu d'aller vers une plus grande socialisation du contrôle de nos moyens de production, c'est bien plutôt vers le contraire qu'on s'en va.  On semble bien plus se diriger vers un renforcement des contrôles et du pouvoir que ces mêmes requins pouvaient avoir avant.

Considérant finalement tous ces milliards qui s'envolent en même temps à vue d'oeil, on peut d'autre part prévoir que nos élus nous arriveront sans doute, et très bien tôt, avec cette fameuse phrase, aux airs de déjà vu, soit : "c'est vraiment malheureux, mais il semble bien que nous ne pourrons plus continuer à financer autant nos programmes sociaux, car nous n'avons plus d'argent..."  Considérant aussi le fait que nos emplois ne seront pas plus protégés à travers tout cela, on risque bien de se retrouver à la longue avec une situation encore pire que ce que nous pouvions avoir avant.

Demander que l'État intervienne de manière plus énergique dans notre économie, fait certes partie, à nos yeux, de la solution à notre avenir.  Encore faudrait-il que cela se fasse dans le sens du bien commun.  Pour le moment, ce n'est pas vraiment cela qui se produit.  Il faut dire en même temps que ceux et celles qui sont au pouvoir, que ce soit ici, au Québec, ou ailleurs, dans la majeure partie des autres pays, n'ont pas vraiment le bien commun au centre de leurs préoccupations.  La leur se situe plutôt à protéger "leurs" amis ainsi que l'avenir du système capitaliste.  Vous me direz qu'on est peut-être en train de s'éloigner du sujet.  Pas vraiment.

Dans le fonds, et s'il fallait résumer en quelques mots notre vision, par rapport à la leur, on pourrait dire ceci : "Ce que nous voulons, ce n'est pas juste une plus grande intervention de l'État, ce que nous voulons, c'est carrément un changement de système.  Soit la fin du capitalisme et des différentes règles qui le sous-tendent. "

 



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