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Par André Parizeau
Chef du PCQ

 

L'annonce d'une nouvelle série de fermetures d'usines, chez Abitibi Bowater, met une fois de plus en relief l'incurie gouvernementale, ainsi que l'importance de revoir la manière dont l'État québécois donne de l'argent à l'entreprise privée, soit disant pour aider à préserver les emplois.  Il y a six ans, Abitibi recevait 32 millions de dollars des fonds publics pour acheter une nouvelle machine à papier pour son usine de Donnacona; aujourd'hui, elle ferme cette usine.  Tout cela n'est pas sans rappeler l'histoire de GM à Boisbriand.

Le fait que la fermeture de l'usine de Donnacona ne soit, tout au moins pour le moment, que temporaire, ne change rien au caractère scandaleux de ce nouveau drame.  On dit que c'est temporaire mais il n'y a aucune date de fixée pour une éventuelle réouverture.  Ailleurs, les fermetures seront pour leur part permanentes.  Et, de toute manière, Abitibi Bowater reconnaît elle-même que d'autres mauvaises nouvelles pourraient encore survenir.

Tout le monde a encore, frais à sa mémoire, le cas de la GM qui, après avoir empoché des centaines de millions de dollars du fédéral et du provincial, a fini par fermer ses portes à Boisbriand, pour ensuite ... tout raser.

Au moment même où la hausse du huard menace à nouveau d'entraîner toute une série de nouvelles fermetures d'usine, à travers le Québec, les pressions se font nombreuses, y compris du côté syndical, pour demander que les différents paliers de gouvernement accordent plus d'aide aux entreprises, notamment au niveau du secteur manufacturier.

Mais personne ne songe en même temps à lier de telles propositions d'aide à ce que les bénéficiaires de cette aide soient tenus, par la suite, de maintenir les emplois, grâce à des engagements fermes de leur part.  À défaut de quoi, ces mêmes entreprises pourraient voir leurs actifs saisis.  Mais c'est comme si on n'apprenait pas de nos erreurs...  C'est dommage.  Et les histoires, comme celles de la GM, ont entre temps tendance à se répéter.  Hier, c'était GM, aujourd'hui, c'est Abitibi.  Et demain ?

On pourrait changer les choses.  Ce ne serait pas si difficile non plus à faire.  D'autant que toutes ces entreprises n'arrêtent pas de se plaindre du fait qu'elles auraient justement besoin qu'on les aide.  Comme nous le disions encore, il y a quelques jours, en lien avec l'annonce par le gouvernement Charest, comme quoi l'aide aux entreprises touchées par la hausse du huard sera substantiellement augmentée, on pourrait tout simplement décider d'appliquer aux entreprises les mêmes règles auxquelles monsieur et madame tout le monde doivent déjà faire face quand ils vont à la banque pour faire un emprunt et qu'ils cessent subitement de respecter leurs engagements.  Ce qui est bon pour nous, devrait tout autant l'être pour eux.

Tous les propriétaires de maison le savent. Si après avoir contracté une hypothèque, vous n'êtes soudainement plus capable de faire face à vos obligations, quelques soient les raisons, alors, et à défaut d'une entente, vous avez toutes les chances de vous faire saisir ultimement votre maison.  Alors pourquoi devrait-on permettre aux entreprises de faire, pour leur part, à peu près n'importe quoi, prendre autant d'argent des fonds publics, pour tout simplement après s'en aller, sans même être inquiétées ou pénalisées, en laissant derrière eux des centaines sinon des milliers de familles dans le drame ?  Et l'État est bien sûr pris à assumer ensuite tous les coûts sociaux découlant de la fermeture.  Cela ne fait juste pas de sens.

Idéalement, et si toutes ces entreprises étaient sous propriété publique et collective, il n'y aurait pas vraiment de problème.  Nous aurions également pas mal plus de possibilités pour s'assurer d'un contrôle plus grand aux niveau des opérations de ces entreprises.  Nous n'en sommes pas là.  Pas encore !  Mais au strict minimum, et puisqu'il s'agit -- ne l'oublions pas -- de fonds publics en même temps que de notre propre avenir, en tant que société, mais que nous ne contrôlons justement pas encore toute notre propre destinée à cet égard, nous aurions certainement avantage qu'il y ait un peu plus de règles, à défaut d'avoir les pleins contrôles sur toutes ces entreprises ...

Au sein même des syndicats, des voix commencent à s'élever pour exiger, à leur tour, de meilleurs contrôles sur ces mêmes entreprises.  Nous appuyons pleinement cette avenue.

 

 



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