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Par André Parizeau
Chef du PCQ

Les derniers mesures annoncées par le gouvernement Harper, au niveau de ce qu'il entend faire avec ses surplus, confirme le vieil adage qui dit : "plus cela change et plus c'est pareil".

Ottawa nage littéralement dans les surplus mais que font-ils avec ceux-ci ?

Est-ce qu'ils vont plus aider les personnes âgées, qui vivent souvent près ou même en dessous du seuil de pauvreté ?  Non.  Ils auraient pu s'engager, au strict minimum, à envoyer de manière automatique toutes les prestations auxquelles ces personnes ont droit.  Des centaines de milliers de ces gens ne reçoivent pas, actuellement, ce à quoi ils ont justement droit; c'est un vrai scandale.  Cela aurait été le gros bons sens de mettre fin à une telle situation; cela n'aurait pas été trop compliqué, mais le gouvernement Harper préfère poursuive les enquêtes à ce sujet, plutôt que de bouger.

Est-ce qu'ils vont profiter de tous ces surplus pour remettre en place un régime d'Assurance-chômage plus accessible à tous et à toutes ?  Mais non.  Ils n'aideront pas plus ceux et celles qui, en région, se retrouvent soudainement en chômage et ne peuvent vraiment espérer à court terme trouver d'autres emplois.

Est-ce qu'ils vont augmenter leurs transferts vers les provinces ? Une fois encore, c'est non.

Et pourquoi ne profitent-ils pas de ces fameux surplus pour se remettre à subventionner et à aider le logement social ?  Même le rapporteur des Nations Unies critiquait, il n'y a pas si longtemps encore, le Canada pour ne pas respecter ses propres engagements en matière du droit au logement .  Mais non !

En lieu et place, ils vont baisser la TPS d'un point.  Contrairement à ce que peuvent dire les partis d'opposition, sur la scène fédérale, une telle mesure n'est pas si pire que cela.  C'est comme pour la décision d'augmenter le montant de l'exemption de base, ainsi que la décision de descendre de un demi de 1% le taux d'imposition pour les plus bas salariéEs.  Le principal défaut de ces mesures réside, au fonds, dans le fait que leur véritable impact risque malheureusement d'être plutôt limité pour la majorité des bas salariéEs.

Pour la plupart des gens, l'augmentation de l'exemption de base, ainsi que la réduction du taux d'imposition de base, se traduiront par une réduction de moins de 200$ par année, au niveau de l'impôt.

La réduction de la TPS aura un peu plus d'impact.  Il faut cependant souligner qu'une bonne partie des produits de première nécessité étaient déjà exempts de cette taxe.

Le problème est véritablement ailleurs.  Il réside avant tout dans cette quasi obsession à sans cesse vouloir réduire le fardeau fiscal des entreprises, y compris pour les grosses multinationales, comme les grandes pétrolières ou les banques, lesquelles font déjà des milliards de profits, année après année.  La baisse du taux d'imposition des compagnies qui, elle, est majeure, est clairement l'élément marquant de ces mesures.

Pour la grande entreprise, le taux d'imposition passera en effet, d'ici 2012, de 22% qu'il est actuellement, à seulement 15%.  Pour la petite entreprise, ce taux passera de 13.2% à 11%.  Cela veut donc dire que d'ici 2012, toutes les compagnies oeuvrant au Canada auront un taux d'imposition qui sera égal, ou même inférieur, à ce qui existe pour les plus bas salariéEs !!!

On notera au passage que c'est véritablement la grande entreprise qui sera le principal bénéficiaire de ces diminutions.

Selon les propres dires du gouvernement Harper, le Canada deviendra ainsi le pays du G8 avec les plus bas taux d'imposition pour les entreprises.  Wow !  Êtes-vous content ?  Pensez-vous seulement que cela vous aidera à conserver votre emploi ou à obtenir une plus grosse augmentation de salaire l'an prochain.  Moi, si j'étais à votre place, je ne compterais pas trop là-dessus.

En ce qui me concerne, je ne peux comprendre pourquoi les salariées oeuvrant au niveau de la "bracket" inférieure des tables d'impôts, devraient payer, au niveau du fédéral (et même après la baisse annoncée de un demi de 1%) le même pourcentage d'impôt qu'une banque ou une grande pétrolière.  Est-ce juste ?  Moi, je trouve cela parfaitement éhonté !  C'est d'autant plus scandaleux que la plupart de ces mêmes compagnies ne paient même pas le pourcentage qui leur est pourtant prescrit, à cause de tous les abris fiscaux auxquels ces mêmes compagnies peuvent souscrire.  Cela est en même temps sans parler du fait que ces corporations peuvent aussi reporter le paiement de leurs impôts à plus tard (quand ceux-ci sont un peu plus élevés qu'elles le voudraient) sans qu'il y ait pour autant des pénalités.  Une chose que monsieur et madame tout le monde ne peuvent évidemment pas faire.  En passant, la situation au niveau de l'impôt des compagnies, au niveau provincial, n'est pas vraiment différente.

Le gouvernement Harper aurait très bien pu maintenir l'impôt des compagnies inchangé. Tout au moins pour ces grandes compagnies et institutions multimilliardaires.  Cela n'aurait pas changé grand choses pour elles. D'autant que la plupart d'entre elles devraient en fait payer beaucoup plus d'impôts qu'elles ne le font.  Elles auraient fort bien survécu et cela aurait dû même coup donné encore plus de manoeuvre à ce gouvernement pour non seulement réduire le fardeau fiscal des particulier mais aussi permettre de mettre en place plusieurs des mesures mentionnées plus haut, et ce, sans même augmenter la dette.

Le problème réside également dans l'obsession toute aussi présente, chez ce gouvernement, à vouloir absolument réduire la dette, même si cela veut dire de continuer à couper dans nos services de base et même si cette même dette a déjà beaucoup baissé.  Tout cela démontre bien, une fois encore, quelles sont vraiment les priorités de ce gouvernement.

Le NPD et le Bloc disent qu'ils voteront, cette fois encore, contre le gouvernement par rapport à ces mesures.  Au moins, de leur côté, il semble y avoir de plus en plus une volonté de se démarquer de ce gouvernement.   Cela nous change un peu de la tendance que ceux-ci avaient, jusqu'à tout récemment, à se coller un peu trop à celui-ci.  Mais que feront alors  les libéraux fédéraux de Stéphane Dion ?  Même s'ils se disent eux aussi contre, ils voteront pour leur part avec le gouvernement, parce qu'ils ne veulent pas d'élections.  Le vote qui se tiendra sous peu, à Ottawa, a donc toutes les chances de se terminer dans le même cul de sac où s'était terminé le vote sur le discours du budget, ainsi que la plupart des autres votes qui se tiennent à Ottawa, depuis maintenant plus d'un an.  Voyez-vous un changement dans tout cela ?  Moi pas.

 

 


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