|
www.pcq.qc.ca - Parti communiste du Québec (PCQ) Dernière mise à jour : |
Par André Parizeau
Chef du PCQ
Une répétition du scénario des élections de 2002, en France, où seul le représentant de la droite (Chirac) et le représentant de l'extrême droite (Le Pen) se faisaient face, sans autre concurrent, a finalement été évitée mais il y a encore bien des choses qui pourraient encore se passer dans ce pays.
Tout cela n'est en même temps pas sans intérêt pour nous, de ce côté ci de l'Atlantique.
Le taux de participation a atteint des records pour ces élections, ce qui est probablement le point le plus souligné par tous les commentateurs. Alors que les élections ici même, ne mobilisent plus que 70% environ des électeurs, en France, ce sont finalement près de 85% des gens qui se sont déplacés pour voter.
On ne ne peut pas dire que Ségolène Royal (et son programme), qui fera désormais face à Nicolas Sarkorzi, soit très à gauche mais le pire a quand même été évité.
Une dynamique complexe
D'autre part, et même si la gauche, toutes tendances confondues, a finalement réussi à augmenter son nombre de votes, du point de vue des pourcentages, celui-ci demeure malgré tout le plus faible depuis les années 60. La plupart des commentateurs s'accordent à dire que le vote utile à joué à plein lors de ce premier tour, forçant même un certain déplacement vers le centre (ou le centre-droit, ie François Bayrou) de l'échiquier politique et donnant ainsi des résultats pouvant même apparaître, à première vue, comme étant contradictoires.
Le plus négatif réside dans l'état de dispersion (et de marginalisation) dans laquelle la gauche plus radicale s'est finalement retrouvée. À gauche de la candidate hautement médiatisée du Parti socialiste, Ségolène Royal, il y avait aussi cinq autres candidatures associées pour la plupart à d'autres formations, ayant toutes un programme beaucoup plus radical.
Tous ont finalement terminé avec moins de 5% des voix. Celui qui a reçu le plus d'appuis est Olivier Besancenot, de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR d'obédience trotskyste); il a fini avec 4,1%. Suit Marie-George Buffet, du Parti communiste français (PCF), qui a fini avec 1,9%, puis Arlette Laguillier, de Lutte Ouvrière (LO, également d'obédience trotskyste) avec 1,35% et José Bové, qui a obtenu 1,32%. Clôturant la marche, il y avait finalement Gérard Schivardi, du Parti des travailleurs, un quatrième groupe d'obédience trotskyste, qui a terminé avec 0.3%.
Sauf peut-être pour Olivier Besancenot, de tels scores sont bien en dessous des attentes des formations et mouvements auxquelles ces candidatures étaient associées.
Une occasion ratée
Tous ensemble, ils ont recueilli autour de 9%. Si tous ces mouvements avaient pu s'entendre pour ne présenter qu'une seule candidature, ils auraient sans doute pu obtenir encore plus, ce qui aurait alors été pas mal et qui les auraient certainement mis en meilleure posture qu'ils ne le sont tous aujourd'hui, pris isolément. Tout cela aurait sans doute aussi aidé à mieux faire ressortir les vrais enjeux de ces élections. Mais comme cela ne s'est pas produit, et que l'élection était déjà très polarisée, ils ont tous fini par faire de petits scores. Évidemment, et dans un tel contexte, la droite pavoise. Ce fut une belle occasion de ratée.
La chose est d'autant plus déplorable qu'une des raisons évoquées pour ne pas conclure une alliance, portait sur la nécessité ou non de reporter ses voix sur celles du Parti socialiste, advenant que Ségolène Royal finisse effectivement deuxième. Cette idée d'un report était appuyée entre autres par le PCF; ceux et celles qui appuyaient une telle ligne de pensée, en commençant par le PCF, considéraient en effet qu'on ne pouvait en bout de piste laisser passer la droite sans rien faire, quoiqu'on puisse penser de Ségolène Royal, surtout qu'on parle ici de Sarkorzi, celui-là même qui s'était déjà fait connaître en mettant le feu aux poudres dans les banlieues de Paris. D'autres considéraient à l'opposé qu'une éventuelle entente avec le PS demeurait malgré tout impossible. Le conflit était d'autant plus déchirant qu'aucune de ces formations ne pouvaient espérer réalistement finir 2e et donc pouvoir espérer passer au 2e tour.
Le débat n'est du reste pas tout à fait nouveau. Déjà en 2002, certaines de ces formations avaient carrément appelé à l'annulation lors du 2e tour, sous prétexte que Chirac et Le Pen, ce n'était pas vraiment différent et que Le Pen n'avait alors aucune chance de vraiment l'emporter ...
Or, dès l'annonce des résultats, le jour même des élections, tous (sauf pour le candidat du Parti des travailleurs mais celui-ci représente en même temps la plus petite de toutes les formations de gauche) s'entendaient quand même pour dire qu'il fallait maintenant bloquer Sarkorzi. Nouveau discours diront certains; tant mieux diront d'autres. Mais alors, pourquoi ne pouvaient-ils donc pas s'entendre dès le départ ? ... La question reste entière aujourd'hui. Le caractère plutôt contradictoire, dans le contenu des discours prononcés par plusieurs de ces candidats, le soir du 1er tour, laissent supposer qu'il y a encore bien des choses de non réglées au sein de ces différentes formations.
Il faut dire à travers tout cela que le mode de scrutin pour le choix de la présidence en France, avec son système à deux tours, a plutôt tendance à encourager ce qu'on appelle ici le vote stratégique... Cela piège nécessairement le processus démocratique et ne favorise pas les plus petits partis.
Tout cela ne peut que nous faire apprécier d'autant plus la présence, ici même, de Québec solidaire. Même si tout est encore loin d'être parfait au sein des forces de gauche au Québec et que nous sommes également encore très faibles, au moins on est un peu plus uni et on apprend en même temps à travailler de plus en plus et de mieux en mieux ensemble. Et cela ne peut que nous aider face à notre propres problèmes chez nous.
Les Verts reculent aussi
Les Verts français qui, de leur côté, ne se considèrent ni de gauche, ni de droite, se prétendant plutôt comme étant au dessus de tout cela -- un peu comme c'est aussi le cas ici -- ont pour leur part fini avec 1,5%, ce qui ne devraient pas aider leur propre cause. C'est également beaucoup moins qu'en 2002.
Considérant la faiblesse des forces de gauche, y compris au niveau des forces plus à gauche et plus radicales que peut l'être le PS de Ségolène Royal, il est à prévoir que l'issue du scrutin lors du 2e tour dépendra pour une bonne part de ce que les électeurs et les électrices, qui ont voté pour François Bayrou, plus identifié au centre droit, feront. François Bayrou et son parti, l'UDF, ont obtenu 18,5% des voix au 1er tour. Il a annoncé qu'il ne donnera aucune consigne de vote pour le 2e tour.
Résultat direct des effets du vote utile (ou stratégique), bien des électeurs et des électrices de gauche auraient voté pour Bayrou, de peur que Ségolène Royal ne puisse même pas passer le 1er tour. Certains n'hésitent pas à identifier une telle situation comme étant le reflet d'une "américanisation de la politique" en France. Cela faisait très certainement partie d'un très large mouvement, dans la société, qui ne veut absolument pas que Sarkorzi finisse par gagner et qui ne savait plus ou tourner de la tête. Il faut dire que les médias avaient, jusqu'à la fin entretenu la possibilité que Ségolène Royal soit dès le départ éliminé, un peu comme en 2002. Il serait plutôt surprenant de voir cependant ces gens aller maintenant vers Sarkorzi.
Ce qu'on peut prévoir
Il restera surtout à voir jusqu'à quel point l'électorat français retournera ou non aux urnes, lors du 2e tour, et dans quelles proportions il le fera. Un très fort taux de participation devrait normalement profiter beaucoup plus aux forces de gauche. Il faudra en même temps voir jusqu'à quel point les directives de votes, telles qu'établies par les états-majors des différents partis, aujourd'hui écartés de la prochaine ronde, seront ou non respectées par la population. Il reste aussi à voir ce que fera Ségolène Royal, si elle diluera encore plus son discours au cours des prochaines semaines, ou si elle le radicalisera au contraire.
Chose certaine, plus la gauche plus radicale restera divisée en France, comme cela semble malheureusement être le cas actuellement, et moins son propre discours portera.
Ceux et celles qui comme François Bayrou (ou comme les Verts), misaient sur le fait que la population rejetterait une fois pour toute le clivage gauche/droite, doivent aujourd'hui déchanter. De manière assez intéressante, François Bayrou semble vouloir néanmoins persister dans cette voie puisqu'il a annoncé qu'il sabordait maintenant son parti, l'UDF, pour en créer un nouveau, sans attache avec son passé plus à droite, et qui sera désormais associé plus au centre.
Un dernier point: la déconfiture très claire du Front national, qui tombe de près de 8 points et ne recueille plus que 11% des voix, est très certainement une très bonne nouvelle. Le problème réside dans le fait qu'on ne peut vraiment parler d'un recul des idées d'extrême droite puisque celles-ci sont maintenant de plus en plus reprises par Sarkorzi. Toute de suite après le 2e tour, les Français et les Françaises devront également voter dans le cadre des élections législatives. Le bal des élections est donc encore loin d'être fini dans ce pays.
![]()
À consulter pour obtenir un supplément
d'informations :
Le PCF est déçu mais pas abattu : il appelle maintenant à faire front commun pour battre Sarkorzi;
le PCF veut aussi commencer à se préparer dès maintenant pour les
prochaines batailles, y compris les législatives à venir
Pour lire une première analyse critique,
en provenance du Parti communiste français (PCF), des
résultats du 1er tour
Des syndicalistes français donnent leur point de vue sur les résultats du 1er tour
Les inquiétudes gagnent même le Nord de France,
traditionnellement un bastion de la gauche
Vers de nouvelles remises en
question au sein du PCF ?
Le débat repart
La LCR est plus contente de son score; elle se refuse à appuyer ouvertement le PS mais
appellera néanmoins à battre Sarkorzi
Lutte ouvrière fera de même, même si elle se déclare
toujours fière d'avoir proposée l'annulation en 2002, lors du 2e tour,
dans le duel entre Chirac et Le Pen
José Bové met l'accent sur la nécessité de combattre la division