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www.pcq.qc.ca - Parti communiste du Québec (PCQ) Dernière mise à jour : |
mais sa
contribution, Note: le texte ci-joint fut publié
sur le site Internet du PCQ en 2009 qui marquait alors le
90e anniversaire de la mort de cette très grande
révolutionnaire. Encore aujourd'hui, il conserve
toute son actualité.
***
Par André
Parizeau,
Si vous vous rendez
au Musée du Québec, à Québec, vous ne pourrez
faire autrement que de voir cette peinture de
Riopelle qui est en même temps un hommage à Rosa
Luxembourg. Cette année marque en même temps
le 90e anniversaire de sa mort. Le 15
janvier 1919, alors que la première guerre
mondiale venait à peine de finir et que des
millions de gens à travers le monde espéraient
enfin que les choses puissent aller pour le mieux,
Rosa Luxembourg était de son côté arrêtée,
torturée, assassinée et son corps était ensuite
jeté dans un canal à Berlin.
Décrié par les uns
pour ses idées radicales de l'époque et son
intransigeance, grande militante contre la guerre,
féministe avant l'heure, fervente défenseur des
travailleurs et des travailleuses, Rosa Luxembourg
fut une des grandes figures du mouvement
socialiste et communiste du début du XXe siècle en
Europe. Malgré tout, c'est un personnage qui
demeure assez largement inconnu au sein d'une
bonne partie de la population; y compris
ici. C'est bien dommage, même si cela n'est
pas, à proprement parler, surprenant puisque c'est
assez souvent le cas avec tous ceux et celles qui
marquèrent l'apparition et le développement de ces
mouvements, à cette époque.
Nous ne connaissons
pas vraiment notre Histoire. La vie de Rosa
Luxembourg, ce qu'elle a dit, écrit, et fait, n'en
est pas moins sans un intérêt certain pour
quiconque veut mieux comprendre les différences
qui pouvaient alors marquer les forces de gauche
de cette époque et qui, encore aujourd'hui,
continuent encore à influencer certains des débats
que nous pouvons avoir, toujours au sein de ces
mêmes forces de gauche. Notamment lorsqu'il
s'agit de parler d'alliances.
Un exemple.
Encore aujourd'hui, beaucoup de gens continuent
toujours à utiliser l'expression
"social-démocratie" ou "social-démocrates" pour
s'identifier eux-mêmes sur le plan politique, ou
encore pour parler des autres ... Pour
beaucoup, ce terme représenterait tous ceux et
celles qui désirent plus de justice sociale.
Sans plus. Ce serait à leur yeux une manière
de regrouper, sous une même étiquette, tous ceux
et celles qui voudraient que la richesse soit
mieux redistribuée, qu'Il n'y ait plus de
pauvreté, etc. Pour d'autres, ces termes
représenteraient une vision un peu plus
restrictive et plus modérée, par rapport aux idées
communistes par exemple. Bien peu
connaissent en même temps les fondements de ce
qu'était au départ le mouvement social-démocrate
et de comment celui-ci a par la suite évolué,
comment le mouvement s'est aussi fractionné avec
le temps, ce qui nous différencie de la
social-démocratie plus traditionnelle, etc.
Un retour sur le
passé
Il y a effectivement
une époque où à peu près tout le monde à gauche,
tout au moins en Europe, s'identifiait à la
social-démocratie et faisait partie d'un parti
social-démocrate. C'était le cas de Rosa
Luxembourg, mais aussi de bien d'autres leaders de
l'époque, y compris Jean Jaurès, en France, de
même que Lénine, en Russie.
À ce moment-là, ces
différents partis sociaux-démocrates sont en même
temps pas mal plus radicaux que ce à quoi ces
mêmes partis nous ont habitué depuis déjà pas mal
de temps. Ainsi, en Allemagne, les
sociaux-démocrates appellent alors carrément à la
"transformation collective du système
capitaliste de propriété privée des moyens de
production".
Mais la 1ère guerre
mondiale allait rapidement changer cette relative
unanimité de l'époque; cela fera en même temps
ressortir le fait que les références
programmatiques ne sont pas tout. Et pour
cause. La première grande fracture fut
autour de la nécessité ou non de donner, dans
chaque pays, son appui aux efforts de guerre
visant alors à écraser les pays de l'autre camp
impérialiste. Fallait-il ou non faire passer
les intérêts nationaux des uns (à ce moment-là,
ceux-ci étaient clairement de nature
impérialistes) par dessus la nécessité de
l'unité des travailleurs et des
travailleuses contre notre propre
bourgeoisie ? Telle fut une des premiers
enjeux des conflits qui allaient alors diviser les
forces de gauche et contribuent encore
aujourd'hui, dans une large mesure à créer, à
l'occasion, bien des frictions. Mais ce ne
fut pas le seul point de friction.
Rosa Luxembourg, qui
finira d'ailleurs par être arrêtée et exécutée par
les forces de l'ordre en Allemagne pour ses idées,
ainsi que ses actions, -- et ce, il faut bien le
dire, sous les ordres de gens qui se disaient
pourtant de gauche et d'orientation plus "modérée"
-- fait partie de ceux et de celles qui firent
longtemps partie de ce mouvement, mais qui
finirent également par s'en dissocier.
Comme bien d'autres,
Rosa Luxembourg était contre toute forme de
participation à la 1ere guerre mondiale.
Mais elle s'érigeait également contre ce qu'elle
appelait alors une "dérive" de la part d'une bonne
partie de la direction du mouvement
social-démocrate de l'époque. Elle en
voulait en particulier à un dénommé Bernstein --
un des grands théoriciens social-démocrates de
l'époque -- qui avait déclaré que "le but
final, quel qu’il soit, n’est rien, le mouvement
est tout". Pour Bernstein, ce qui
importait le plus alors était d'amoindrir les
effets du capitalisme le plus possible, sans
nécessairement chercher à remettre en cause les
fondements de ce même système, d'autant que la
perspective d'un changement plus radical n'était
pas forcément à la porte selon lui ... Rosa
Luxembourg n'était pas d'accord. Pour elle,
c'était du révisionnisme. Lénine non plus
n'était pas d'accord. Pour elle, comme pour
tous ceux et celles qui avaient un point de vue
plus radical, ils ne pouvaient y avoir, à terme,
de 3e voie, entre capitalisme et socialisme.
D'où le slogan : "Le socialisme ou la barbarie".
Tous n'étaient pas
forcément contre le fait de faire des alliances
avec de tels gens, mais ils ne pouvaient concevoir
que tous les socialistes en viennent à abandonner
leur objectif premier, simplement parce que la
situation pouvait ne pas être autant favorable.
Si la classe
ouvrière doit être abordée comme "spontanément
révolutionnaire", de dire Rosa Luxembourg, c’est
uniquement dans la mesure où elle fait au
quotidien l’expérience de la dictature
capitaliste. Pour Rosa Luxembourg, le parti
ouvrier ne devait pas se substituer à la classe.
De l'autre côté, et en tant "avant-garde la
plus éclairée et la plus consciente du prolétariat",
le parti social-démocrate se devait de "devancer
le cours des choses, chercher à le précipiter".
Autrement dit, la social-démocratie se devait donc
de porter le but final socialiste, ne pas chercher
à avoir peur d'en parler; il fallait aussi
analyser la société capitaliste du point de vue de
la société sans classes à venir.
On notera au passage
quelques points intéressants. Premier point
: même après avoir quitté le parti
social-démocrate, Rosa Luxembourg continuait
encore, à se définir comme social-démocrate.
Il faut dire que la révolution russe n'avait pas
encore eu lieu au moment d'écrire où elle écrivit
lignes et que le parti communiste allemand,
qu'elle allait d'ailleurs elle-même créé quelques
années plus tard avec Karl Liebknecht et plusieurs
autres, n'existait pas encore non plus.
Deuxième point : à cette époque là, on n'avait pas
autant peur qu'aujourd'hui d'utiliser ouvertement
le terme de "parti d'avant-garde", y compris au
sein du mouvement social-démocrate.
Troisième point : hier comme aujourd'hui, ils se
trouvaient déjà des gens pour dire qu'il ne
fallait pas nécessairement parler de nos
objectifs, question de ne pas s'aliéner certaines
personnes ... Comme quoi, parfois, plus cela
change et plus c'est pareil ...
Rosa Luxembourg
avait aussi ses différences avec Lénine, ainsi que
certains autres représentants des ailes plus
radicales du mouvement européen. Ainsi, elle
était beaucoup plus fermée que Lénine par rapport
à un éventuel appui aux luttes nationales de
certains groupes nationaux vivant toujours sous la
tutelle et l'oppression d'autres. Elle-même
était d'origine polonaise et son objection féroce
à toute idée d'une éventuelle indépendance de la
Pologne (qui n'était pas encore indépendante à son
époque) est bien connue. Quand les bolcheviks
prennent finalement le pouvoir au cours de la Révolution russe, en octobre
1917, Rosa Luxemburg leur reprochera d'abord certains actes jugés trop
autoritaires, au point que certains y verront par la suite une critique
avant coureuse des dérives ultérieures qui allaient survenir. Mais elle se
solidarisera malgré tout, et à l’image de nombreux militants d’alors, avec
la Révolution russe dont le « mérite » restait pour elle,
d'être « impérissable ». On notera au passage une
autre grande leçon de l'Histoire, à savoir le fait que les choses ne se
passent que rarement comme on le voudrait et que les choses ne sont
également que rarement tout blanc ou tout noir.
Que faut-il donc faire quand les choses ne
tournent pas exactement comme on avait pu l'espérer ? Lorsque le processus
révolutionnaire, amorcé en Russie, commence ensuite à s'étendre à
l'Allemagne, avec la chute du Kaiser (l'empereur de l'époque) -- nous sommes
alors à la fin de 1918 et la 1ere guerre mondiale vient juste de finir comme
nous le disions plus haut-- les choses vont vite se précipiter. Une
fois encore, cela ne se passera pas exactement et de la même manière, que
certains avaient pu le prévoir. La situation semble être similaire à
ce qu'elle était, il y a à peine deux ans, en Russie, et bien des gens se
mettent du même coup à rêver qu'une nouvelle révolution pourrait encore voir
le jour, cette fois en Allemagne. Une nouvelle République est
proclamée. Non pas un fois, mais bien deux fois, et à chaque fois le
même jour, soit le 9 novembre 1918 : Scheidemann (du côté social-démocrate)
déclare alors au Reichstag que la « République allemande » vient de naître,
tandis que Karl Liebknecht (qui deviendra avec Rosa Luxembourg quelques
semaines plus tard les nouveaux leaders du tout nouveau Parti communiste)
déclare, de son côté, du balcon du château des Hohenzollern, « Vive la
République allemande socialiste ! ». Deux options possibles vont très vite
apparaître et vont en même temps assez rapidement créer comme deux pôles;
d'un côté, on retrouve en effet les sociaux démocrates, qui se disent
toujours en faveur du socialisme, mais qui dans les faits prônent une ligne
beaucoup plus modérée, et de l'autre les communistes. Le Parti
communiste allemand (KPD) naît en même temps le 1er janvier 1919, soit
quelques semaines seulement plus tard, et les spartakistes (dont sont issus
aussi bien Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht) en forment la composante
essentielle. Chaque parti, y compris le tout nouveau parti communiste,
possède en même temps, faut-il le préciser, une large influence et
sont tout autant capables de mobiliser des centaines de milliers de
personnes dans la rue. Dans cette période de forte
agitation sociale, et alors que la guerre vient juste de prendre fin, la
social-démocratie plus modérée, dirigée par un dénommé Ebert et par une
autre personne appelée Scheidemann, va assez rapidement choisir l’alliance
avec la vieille armée de l'ex-kaiser, de peur de perdre complètement le
contrôle de la situation face à l’aile plus radicale et révolutionnaire du
nouveau KPD. La bourgeoisie allemande, de son côté, va également, et
tout aussi rapidement, sauter sur l'occasion, pour se ranger, tout au moins
au début (plus tard, lorsque Hitler commencera également à émerger comme une
option de plus en plus "plausible" pour la bourgeoisie, ce sera une autre
affaire), derrière ces sociaux-démocrates, l'idée étant, qu'à tout prendre,
cela pouvait être moins dangereux que de laisser la révolte populaire
continuer de grandir sous l'égide des communistes. Et puis, le 6 janvier,
c'est le début d'une insurrection à Berlin. Les gens ne sont plus prêts à
attendre. Selon plusieurs historiens, Rosa Luxembourg aurait su dès le
départ que les conditions n'étaient alors pas les plus propices et que cette
insurrection avait aussi toutes les chances de ne pas réussir.
Qu'importe ! Malgré toutes ses réserves, elle aurait néanmoins
décidé de se porter à l'avant-plan de cette insurrection parce qu'elle
considérait aussi qu'en tant que communiste, on ne pouvait pas rester à
l'écart, alors que les ouvriers se faisaient massacrer. Les gens
veulent du changement et sont prêts pour cela à descendre dans les rues.
Mais sont-ils à ce moment-là assez forts pour faire face à la réaction ?
L'insurrection ne durera que quelques jours. Et puis, immédiatement
après, aussi bien Karl Liebknecht que Rosa Luxembourg étaient tous deux
arrêtés par un commando de l'armée allemande, torturés, puis exécutés, et
leurs corps étaient finalement jetés dans les eaux d'un canal de la
capitale. On ne retrouvera d'ailleurs ceux-ci que plusieurs mois plus
tard ... Ce qui n'empêchera pas des milliers et des milliers
d'ouvriers de se joindre alors au cortège funèbre. Sauf que naîtra en même
temps de cette répression sauvage (ainsi que de plusieurs autres qui
surviendront après, et à travers l'Europe) une profonde division du
mouvement ouvrier allemand, un fossé de plus en plus grand qui finira
également par s'étendre bien au delà des frontières de l'Allemagne, entre
sociaux-démocrates et communistes, et qui contribuera également, avec le
temps, à l'éventuelle défaite de ces deux mouvements face au nazisme, une
décennie plus tard. Un bien triste travers de l'histoire.
Des années plus tard, les choses ne sont
guère mieux ... 1923. Depuis 1919,
les sociaux démocrates (SPD) participent toujours au gouvernement central
allemand, de même qu'à de nombreux autres administrations régionales, dont
celle de la Prusse, qui inclut la ville de Berlin. Les communistes,
pour leur part, représentent le principal parti d'opposition, toujours en
Allemagne. À Hambourg, une nouvelle insurrection ouvrière éclate, à la
tête de laquelle, on retrouvera une fois encore les communistes.
Nouvel échec durement réprimé. 1929. Les choses ne
vont pas tellement mieux entre communistes et sociaux-démocrates. À
Berlin, lors des grandes manifestations du 1er mai, et sous les ordres du
ministre prussien de l'Intérieur, qui vient des rangs sociaux-démocrates, la
police tire carrément sur la foule et tue 30 personnes. Au sein
des rangs communistes, la colère est totale et la presse communiste dénonce
plus fortement que jamais la direction du parti social démocrate comme des
étant des "sociaux fascistes". Fin 1932. La
situation devient encore plus tendue du fait que les nazis, pendant ce
temps, ne cessent en effet de gagner du terrain et sont maintenant
majoritaires au Reichstag, le parlement central. Des élections
présidentielles ont alors lieu. Il y a trois candidats
principaux : Adolf Hitler pour les nazis, Hindenburg (qui était chef
d'État-major sous l'ancien Kaiser, durant la 1ere guerre mondiale, qui peut
entre autres compter sur l'appui des sociaux-démocrates, et qui est en même
temps le président sortant), et Ernst Thälmann (qui est depuis déjà
plusieurs années le chef du Parti communiste). Finalement, c'est
Hindenburg qui est une fois de plus réélu, sauf que coup de théâtre, son
premier geste consiste alors à nommer Hitler comme chancelier (l'équivalent
chez nous de premier ministre) !!! Le premier geste d'Hitler
sera de faire incendier le Reichstag et d'en imputer la responsabilité aux
communistes. Son 2e geste sera ensuite d'interdire le parti
communiste, d'éliminer l'habeas corpus (soit la présomption d'innocence)
ainsi que toutes les principales règles de fonctionnement démocratique.
L'objectif : réduire à néant toute forme d'opposition. Dès le mois de janvier
1933, le Parti communiste, qui s'était toujours montré très intransigeant
face aux sociaux-démocrates (ce qui peut se comprendre jusqu'à un certain
point, vu tout ce qui avait pu se passer jusqu'à là en termes de relations
entre ceux deux partis), change alors son fusil d'épaule et lance plutôt un
appel plutôt inhabituel vis à vis des sociaux démocrates, les appelant à
collaborer ensemble à l'organisation d'une grève générale à travers toute
l'Allemagne pour essayer de faire renverser le tout nouveau gouvernement
nazi. Peine perdue, car la direction du parti social-démocrate ne veut
toujours rien savoir de faire alliance avec les communistes. Il faut souligner ici, à
quel point cette soudaine ouverture face à la direction du parti
social-démocrate ne fut sans doute pas facile à prendre. Non seulement
à cause de tout ce qui avait pu arriver avant, mais aussi parce que cela
transgressait la ligne officielle de l'Internationale communiste, auquel le
parti communiste allemand appartenait. Il faut en effet savoir que
l'orientation visant à encourager la conclusion d'alliances avec le reste
des forces de gauche, y compris avec les establishments des grands partis
sociaux-démocrates, pour mieux combattre la montée du fascisme, ne fera
partie de la stratégie officielle de l'Internationale communiste qu'à partir
de la fin de 1935 ... Nous ne sommes alors qu'au début de 1933. On ne peut évidemment que
spéculer sur l'impact qu'aurait pu avoir une telle alliance si celle-ci
s'était effectivement matérialisée. Peut-être Hitler aurait fini par
perdre le pouvoir et n'aurait donc pu déclencher la 2e guerre mondiale ...
Chose certaine, cela contribue en même temps à donner une autre image, un
peu moins caricaturale, des relations qui pouvaient alors exister entre
l'Internationale communiste et ses différentes composantes, dans chaque
pays. Encore aujourd'hui, bien des gens pensent que les différents
partis communistes de l'époque étaient tous complètement inféodés à la ligne
de Moscou et n'étaient qu'une sorte de "5e colonne", au service de l'URSS et
de sa politique étrangère; c'est ce qu'affirmaient la plupart des
gouvernements bourgeois à ce moment-là; cela faisait partie de la propagande
anti-communiste de ces gouvernements; la réalité est cependant pas mal plus
complexe. Dans le cas du parti communiste allemand, cela est d'autant
plus vrai que le chef de ce parti, siégeait en même temps sur le Comité
exécutif central de l'Internationale communiste. Pour revenir à 1933, c'est
alors plus que jamais l'impasse, d'autant que toutes les tentatives passées
pour essayer d'organiser dans le passé des soulèvements, sur la seule base
des appuis en provenance du parti communiste, n'ont pas marché. Le
mois suivant néanmoins -- on est alors en février -- la direction du Parti
communiste se réunit dans la clandestinité et appelle malgré tout, et une
fois de plus, à renverser le gouvernement en place, maintenant dirigé par
les nazis. Mais là encore, cela ne marchera pas et dans les jours qui
suivront, une bonne partie de la direction du Parti communiste se retrouvera
derrière les barreaux dans les prisons des nouveaux dirigeants que sont les
nazis. L'impact sera quasi immédiat. Des milliers et des
milliers de communistes seront par la suite pourchassées, arrêtés,
assassinés et/ou envoyés vers les premiers camps de concentration (et ce
bien avant que les déportations massives de Juifs n'aient même commencé à
être organisées). Ernst Thälmann, sera lui-même arrêté, passera 11 ans
dans des prisons de la Gestapo, pour finalement finir exécuté au camp de
concentration de Buchenwald. Après les communistes, ce
sera aussi au tour des sociaux-démocrates, de même que de tous ceux et
celles qui n'étaient pas d'accord pour suivre les nazis ... On connaît
la suite. En 1939, ce sera ensuite la 2e guerre mondiale, etc. 1946: Les branches du KPD,
autant que du SPD, oeuvrant toujours dans la partie est de l'Allemagne, sous
occupation soviétique, acceptent finalement de fusionner. Pendant la
guerre, toutes deux avaient réussi tant bien que mal à survivre dans la
clandestinité. Ne formant plus qu'un seul parti en Allemagne de l'Est, ils
s'appelleront désormais le Parti de l'unité socialiste (SED). Certains
diront ensuite que la fusion avait été imposée par les autorités
soviétiques; quoiqu'il en soit, et dans les années suivantes, bon nombre
d'anciens dirigeants du SPD se retrouveront expulsés du SED, via différentes
purges. À partir de 1949, le SED dirigera d'autre part les destinées
de la nouvelle République démocratique allemande (RDA). À l'Ouest, les choses
recommencent également à bouger dès la fin du régime nazi. Du côté du
SPD, il y a alors un effort concerté pour rayer de son programme toute
référence qui pouvait encore ressembler à un projet socialiste. Du
côté de ce qui reste encore du KPD, toujours à l'Ouest, il y a également un
effort pour relancer le parti, mais cela n'ira pas très loin. De toute
manière, dès 1956, ce dernier était déclaré une fois de plus illégal. Dès
1969, les membres du KPD accepteront finalement de changer leur nom pour le
DKP, question de pouvoir contourner l'interdit, mais n'arriveront pas pour
autant à percer dans la partie Ouest de l'Allemagne. Étrangement, il faudra
attendre jusqu'à la tombée du mur de Berlin et l'éventuelle réunification de
l'Allemagne pour que les choses commencent vraiment à changer pour le mieux.
Par rapport à aujourd'hui
Vous me direz qu'on
est quand même rendu assez loin de Rosa
Luxembourg. Pas vraiment quand on pense
qu'il s'agit toujours de décider de comment on
devrait aborder toute la question des alliances,
de même que de savoir quoi faire quand les choses
ne tournent pas vraiment comme on avait pu au
départ l'espérer sur le plan politique.
Encore aujourd'hui,
au sein des forces de gauche, que ce soit en
Europe ou ailleurs, il existe toujours de
nombreuses divisions à ce sujet, même si la
conjoncture est quand même bien différente.
Parfois, on retrouve d'un côté ce qu'on pourrait
appeler l'aile social-démocrate plus
traditionnelle (telle le Parti travailliste en
Angleterre) ou le Parti socialiste en France,
encore que ceux-ci soient aussi traversés d'une
multitude de courants assez distincts, et de
l'autre des forces plus radicales, y compris et en
particulier les communistes (sans qu'ils ne soient
les seuls cependant).
Parfois, ces
divisions portent, une fois de plus, sur les
questions de guerre ou de paix; c'est le cas en
Angleterre, alors que la direction du Parti
travailliste continue toujours à appuyer la guerre
contre l'Irak. D'autres fois, cela porte
aussi sur d'autres questions, telles que de savoir
quelle devrait être la meilleure attitude à suivre
pour combattre la détérioration de nos conditions
de vie et de travail.
La question,
consistant à savoir si les forces plus radicales,
y compris les partis communistes, devraient oui ou
non chercher à rebâtir (ou à maintenir) des ponts
avec les forces social-démocrates plus à gauche,
si cela devrait aller également jusqu'à proposer
des alliances avec les courants plus conservateurs
et plus à droite qui oeuvrent toujours au
sein de ce mouvements sociaux-démocrates, tout
cela fait aussi partie des débats qui peuvent
encore diviser le camp de la gauche, y compris au
sein des forces plus radicales.
Sans vouloir
prétendre qu'il y aurait une solution magique ou
un principe immuable existant à ce propos, on peut
ajouter que chaque fois que la gauche aura réussi,
au travers de l'histoire, toujours avec un grand
H, à unir malgré tous les obstacles le maximum de
forces de gauche, surtout à la base, et au de là
des différences qui pouvaient exister avant (et
qui continueront probablement encore longtemps à
exister), chaque fois il en aura sortir des choses
positives. L'exemple du Front populaire de
1936, en France, est très certainement un cas
probant que toutes les erreurs qui ont pu se
produire à ce moment-là ne sauraient effacer.
L'existence, ici
même, au Canada et au Québec, d'un mouvement
syndical assez fort, tire aussi son origine de
luttes épiques, menées dès les années 30 (et donc
aussi au même moment), et qui n'auraient
probablement jamais pu être menées à terme,
n'auraient été des efforts concrets qui furent
alors entrepris, sur le terrain, entre toutes
sortes de militants et de militantes qui, sur un
plan plus à long terme et stratégique, ne
s'attendaient pas forcément, mais qui voulaient en
même temps oeuvrer ensemble dans les luttes de
tous les jours.
Depuis déjà
plusieurs années, existent également au Québec un
mouvement qui s'appelle Québec solidaire et
qui regroupent toutes sortes de gens de diverses
tendances à gauche. Certains se définissent
plus comme étant social-démocrates, sans
nécessairement connaître tous les détails à propos
des origines de ce mouvement; d'autres n'aiment
pas nécessairement ce vocable tout en refusant en
même temps d'être associées à une aile plus
radicale; il y a aussi le PCQ; et puis, il y a
également d'autres forces qui s'identifient tout
autant à une aile plus radicale et
ouvertement socialiste; il y a aussi des gens qui
aimeraient sans doute plus s'identifier au
mouvement anarchiste. Bref c'est un
mouvement assez varié et cela prouve en même temps
que, tout en étant tous et toutes différent-e-s,
nous pouvons aussi apprendre à travailler
ensemble, sans pour autant devoir abandonner nos
propres idées et devoir se fondre dans une sorte
de moule monolithique que d'aucuns recherchent
vraiment.
L'Histoire avec un
grand H, y compris la vie de militants et de
militantes comme Rosa Luxembourg nous rappelle
aussi à quel point les choses sont rarement aussi
simples qu'elles pourrait y paraître au départ,
mais combien il importe aussi d'apprendre à
débattre ensemble et aussi à faire avancer
ensemble ce mouvement.
Même si cela fait
maintenant 90 ans que Rosa Luxembourg est morte,
chaque année, au mois de janvier, des milliers de
gens continuent encore, en Allemagne, à se rendre
au cimetière, là où est enterrée cette militante
de la première heure, pour lui rendre hommage.
En Allemagne
également, existe depuis déjà plusieurs années un
mouvement de plus en plus influent, qui s'appelle
le Parti de la gauche ("Die Linke") et qui
regroupe, tout comme peut le faire Québec
solidaire, un assez large éventail de courants
divers. Leurs quartiers généraux, à Berlin,
se situent dans la même bâtisse où logeaient
également, dans les années 20 ainsi qu'au début
des années 30, les locaux de la direction du Parti
communiste allemand ... Die Linke regroupe
aujourd'hui aussi bien des militants et des
militantes issus de la mouvance communiste,
provenant aussi bien de l'Ouest que de l'Est, que
nombreux anciens membres du Parti
social-démocrate, qui formaient auparavant, en son
sein, son aile plus à gauche. Serait-ce un
signe du futur ? ...
Fait à noter, ce
nouveau parti n'exclut pas forcément d'éventuelles
alliances avec le vieux SPD, tout dépendant des
bases de ces éventuelles alliances. Il y a à
peines quelques semaines, il était justement
question de former à l'intérieur du "lander" de
Hesse un tel gouvernement de coalition, lequel
aurait alors réuni le Parti de la gauche, les
Verts, ainsi que le SPD. La région de
l'Hesse inclut entre autres la ville de Francfort.
Tout le projet tomba finalement à l'eau après que
4 députés du SPD décidèrent de voter contre leur
propre parti; ils ne pouvaient tout simplement pas
concevoir de faire alliance avec un parti comme le
Parti de la gauche (die Linke). Comme quoi,
le temps peut bien passer, mais certains vieux
démons sont plutôt tenaces. Le "lander" de
Hesse est une des régions où Die Linke est
particulièrement influent. À cause de cette
défection au sein du SPD, il devrait y avoir sous
peu de nouvelles élections régionales dans cette
partie de l'Allemagne.
Il existe finalement
des ententes sur le terrain entre Die Linke et
quelques autres organisations beaucoup plus
petites de la gauche radicale. Tout en
insistant pour rester à l'extérieur de Die Linke,
ces plus petites organisations appuient néanmoins
celui-ci quand vient le temps des élections.
Au sein de Die Linke, il existe d'autre part près
d'une demi-douzaine de tendances ou de
regroupements formels, correspondant à autant de
courants distincts.
Le Parti de la
gauche allemande Die Linke possède déjà, dès
suites des élections des 2005, 54 députés au sein
du Parlement central et ses appuis ne cessent de
grandir. En vue des prochaines élections
fédérales de 2009, les sondages lui donneraient
entre 12 et 15% du votes. Sur le plan
régional, selon les "landers", ce parti
recueillerait même jusqu'à 24% des intentions de
votes, ce qui fait d'ores et déjà de lui, non
seulement le 3e parti le plus influent parti en
Allemagne, mais aussi et de loin le plus important
regroupement au sein de la Gauche unie européenne
(GUE). C'est comme si on assistait à nouveau
à une sorte de retour du balancier, plus à gauche
en Allemagne ...
La situation demeure
en même temps fragile, puisque dans au moins 4 "landers",
Die Linke fait toujours l'objet d'une enquète pour
déterminer si oui ou non ce parti pourrait
constituer une "menace à la démocratie", première
étape vers une éventuelle mise hors la loi.
Il faut savoir qu'en Allemagne, tout
comme c'est généralement le cas dans la plupart
des autres pays dits "démocratiques", il existe en
effet des lois permettant de prendre de telles
mesures d'exception.
. Ici même au Québec, ainsi qu'au Canada, les communistes ont une longue tradition
mettant de l'avant l'importance de celles-ci.
en tant que militante révolutionnaire,
demeure énorme
Chef du PCQ
![]()
Sujets reliés et adresses utiles :
Raccourci vers une brève biographie de la militante, publiée dans les pages de l'Humanité, journal communiste français du 15 janvier 2009.
C'était en 2002.