Par André Parizeau,
Porte parole du PCQ
La plupart des médias n'en avaient que
pour la présidente Angela Merkel lorsqu'il s'agissait de commenter les
résultats des toutes dernières élections en Allemagne. De fait,
celle-ci s'est faite réélire; de ce point de vue, on peut effectivement
parler de victoire pour cette dame de droite, celle qu'on surnomme depuis
déjà un certain temps comme la femme la plus puissante du monde.
Sauf que cette victoire cache en même temps un très sérieux revers
pour sa formation politique, les démocrates chrétiens, tout autant que pour
les sociaux-démocrates du SPD, leurs principal concurrent. Ni l'un, ni
l'autre, ni même les deux ensemble (puisque tous deux faisaient en fait
partie d'une même coalition jusqu'au déclenchement des élections) ne
peuvent plus prétendre contrôler la scène politique en Allemagne, comme ils
pouvaient le faire avant.
En
lieu et place, ce sont plutôt les plus petits partis qui semblent avoir
maintenant le vent dans les voiles. Notamment le parti Die
Linke, situé plus à gauche que le SPD. En soi, c'est tout une
révolution politique pour ce pays, dont la scène politique était plutôt
bloquée jusqu'ici par le monopole de ces deux partis. Une situation
qui n'est pas sans rappeler ce qui se passe aussi, ici, au Québec, avec les
libéraux et le PQ, et qui n'est donc pas sans intérêt pour nous.
C'est d'ailleurs ce qui fait dire à plus d'un
que cette élection pourrait bien avoir à terme un impact majeur sur la suite
des choses, sur le plan politique, dans ce pays.
De 35.2% que les démocrates chrétiens avaient
eu lors des élections de 2005, ceux-ci sont finalement tombés à 33.8%.
Du côté des sociaux-démocrates, la raclée est encore plus prononcée
puisqu'ils n'ont plus que 21.5% (par rapport à 34.2% en 2005). Soit
près de 13 points de moins !...
Pour se maintenir au pouvoir, les démocrates
chrétiens d'Angela Merkel veulent faire alliance avec le parti libéral, un
plus petit parti, encore plus à droite qu'eux, et dont le score vient de
passer de 9.8% à 15%. Ensemble, ils pourraient gouverner et profiter
d'une mince majorité au parlement.
Du côté des sociaux démocrates, les très
mauvais résultats laissent présager de très fortes luttes internes, dont nul
ne serait encore présager du résultat; ces luttes opposeront d'un côté le
restant des ailes plus à gauche, toujours présentes au sein du parti, et
celles qui dominent celui-ci depuis déjà longtemps et qui avaient été au
centre de la stratégie d'alliance avec les démocrates chrétiens, et qui
poussent aussi pour faire de ce parti un parti qui se rapprocherait plus de
ceux-ci.
Le problème avec les sociaux-démocrates, c'est
qu'ils ont de moins en moins de cartes dans leur jeu, toutes tendances
confondues. Tout au cours de la campagne électorale qui vient de se
terminer, Angela Merkel avait martelé l'idée comme quoi il ne saurait être
question de renouveler l'alliance avec les sociaux-démocrates. Les
démocrates chrétiens préfèreraient désormais se concentrer vers les
libéraux.
De l'autre côté, et du bord des
sociaux-démocrates, ceux-ci avaient répété, fois après fois, qu'il ne
saurait être question de faire une quelconque alliance avec Die Linke, à
cause de son penchant trop à gauche. Une éventuelle alliance avec les
Verts, comme cela avait été le cas jusqu'en 2005, seraient également exclue.
Le SPD avait même été jusqu'à dire qu'ils maintiendrait un tel refus, même
si, ensemble, ils devaient éventuellement gagné une majorité des voix.
Dit autrement, ils préféraient laisser la droite au pouvoir, question
d'espérer que les démocrates chrétiens changeraient un jour d'idée et
accepteraient de faire à nouveau front commun avec eux.
Le fait est qu'il ne reste en même temps plus
grand autre choix car tous les autres partis, à l'exception des cinq (5)
déjà mentionnés, n'ont même pas été capable d'aller chercher au moins 5% du
vote et seront donc exclus de toute forme de représentation au sein du
parlement. Cela inclut les formations d'extrême droite.
Die Linke est sans conteste un des grands
gagnants des élections, puisque son score passe maintenant de 8,7%, qu'il
était en 2005, à 12.5% ! Dans plusieurs régions de l'ex-Allemagne de
l'Est, Die Linke est d'ores et déjà devenu le premier parti en guise
d'influence - le No 1 - tandis que dans le reste du pays, la
progression elle aussi se poursuit, comme en fait foi le chiffre de 12.5%.
Ce qu'est le Die Linke :
r
72 000 membres;
r
53 députÉes éluEs au
parlement fédéral (avant les élections de 2009);
r
161 députÉes éluEs au
niveau des parlements régionaux ;
r
179
maires éluEs dans différentes municipalités. |
Dans une moindre mesure, les Verts ont aussi
progressé puisqu'ils peuvent désormais compter sur 10.5% du vote (au lieu de
8.1%).
Hier soir, à Berlin, au sein des rangs du Die
Linke, l'esprit était clairement à la fête. La direction de Die Linke
exclut pour le moment toute forme d'alliance avec le SPD, ou les Verts,
autrement que sur le terrain, sur des dossiers précis, ce qui se faisait
déjà avant.
Pour Die Linke, la déconfiture du SPD serait
très clairement lié à leur compromission avec les démocrates chrétiens et
leur ligne de droite ; il ne serait donc être question de faire le même
genre d'erreurs, dans une éventuelle alliance avec le SPD, d'autant que les
portes pour une telle alliances sont toujours, et au moins pour le moment,
fermées du côté de ce parti.
Die Linke est en même temps bien conscients du
pouvoir de négociation qu'ils commencent, eux-mêmes, à avoir, et ne ferment
donc pas la porte, pour toujours, à toute forme d'alliance dans un futur,
plus tard, que ce soient avec le SPD ou les Verts.
Tout dépendra, disent-ils, des bases que
pourrait prendre une telle alliance, et si cela se rapproche, ou non, du
programme que pousse Die Linke lui-même. Il faut en même temps savoir
que le total combiné de tous les votes de ces trois formations (Die Linke,
Verts , et SPD), avoisinent toujours près de 45% de tous les votes
enregistrés lors des élections d'hier, soit pas tellement moins que le total
des votes obtenus ensemble par les démocrates chrétiens et les libéraux.
Le gros changement, avec le vote d'hier,
réside dans le fait que Die Linke, ainsi que les Verts, ont désormais plus
d'influence, ensemble, que le vieux SPD. Les rapports de force sont
clairement en train d'évoluer. Reste à voir comment tout cela pourrait
déboucher et comment cela pourrait aussi éventuellement forcer, au
niveau du pouvoir d'État, le départ des forces les plus à droite, dans ce
qui demeure la 4e plus importante puissance dans le monde.
Die Linke a beaucoup de similitude avec ce
qu'est Québec solidaire ici. C'est une formation qui regroupe un assez
très large éventail de forces de gauche, y compris de nombreux
syndicalistes, des anciens membres du SPD, de même qu'un grand nombre
d'anciens membres de l'ex parti communiste de l'Allemagne de l'Est; il
inclut également, en son sein, de multiples tendances ou collectifs, tout
comme cela est également le cas avec Québec solidaire.
|
Pendant ce temps, au Portugal, c'est aussi du jamais
vu jusqu'ici ...
Pendant ce temps, au Portugal, où il y
avait également élections, la situation devient également assez
instable. Les sociaux démocrates, auparavant au pouvoir,
demeurent la 1ere force politique dans le pays, mais perdent cependant
la majorité absolue qu'ils avaient auparavant, au sein du parlement.
De 121 députés qu'ils avaient avant,
les sociaux-démocrates ne pourront plus compter désormais que sur 96
d'entre eux, contre 99 pour les partis de droite. La majorité plus
un se situe à 116.
Le Bloc de gauche, qui est à gauche
des sociaux démocrates, pourront de leur côté compter sur 16 députés,
alors qu'ils n'en avaient que 8 auparavant. La coalition formée
par le Parti communiste et les Verts auront pour leur part 15 députés,
soit également 1 de plus qu'avant. Globalement, le Bloc de
gauche, les Verts et les communistes, auront donc la balance du pouvoir.
Avec un total de 31 députés (sur un total de 230 que
compte le parlement), c'est du jamais vu pour ceux-ci. |