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Pour une quatrième année d'affilé, c'est  un Espagnol, Alberto Contador, qui a raflé le maillot jaune au fil d'arrivée, au niveau du classement général pour le Tour de France, tandis que Lance Armstrong finissait, lui, à la 3e place.   Mais savez-vous au juste la signification du maillot jaune et d'où il vient ?

 

Celui-ci est en fait presque aussi vieux que le Tour de France lui-même, mais pas tout à fait.  Son histoire est fait d'exploits et de gestes de courage, mais est aussi assombrie par un côté beaucoup plus sombre. Les histoires de dopage, qui ont beaucoup retenu l'attention au cours des dernières années, ne sont finalement qu'un aspect de ce sport si adulé.

 

Le Tour de France existe depuis 1903, mais c'est seulement en 1919 qu'apparaîtra pour la 1ere fois ce fameux maillot.  L'idée viendra du créateur du Tour lui-même, soit un dénommé Henri Desgranges.

Précisons d'entrée de jeu de qui ont parle.  Ce Henri Desgranges dirige un journal sportif appelé "l'Auto", lequel changera par la suite, dès la fin de la 2e guerre mondiale, son nom pour devenir "l'Équipe" de manière à faire oublier le fait que ce journal avait collaboré avec les nazis durant la guerre. C'est un homme de droite, grand admirateur de Napoléon, en même temps qu'un ami de Pierre de Coubertin.  Il savait à quel point le sport peut être bon pour les affaires, surtout quand on dirige justement un journal sur le sport.

L'idée derrière la création du Tour de France était au fonds fort simple.  Créer une épreuve quasi surhumaine, réglementée comme au quart de tour, comme dans l'armée, où les coureurs ne pourront ni s'entraider, ni se relayer, et où les femmes seraient aussi interdits de participer à la course.  Recréer une sorte de moment magique, comme au temps des gladiateurs, avec des gens dont le peuple pouvait s'associer avec et qui ferait en même temps que les gens achèteraient encore plus de journaux appartenant à Henri Desgranges.  Pendant et aussi autour de la course.  "Le coureur qui veut s'entraîner sérieusement doit vivre chaste.  Aimer par dessus tout le métier de coureur", écrivait Desgranges.

On appellera à la longue ces coureurs les "forçats de la route", payé au jour le jour et selon les bons désirs des propriétaires d'équipes.  On est bien loin du sort des coureurs d'aujourd'hui.  Mais pour Desgranges qui profite alors du Tour de France pour multiplier les reportages photos, cela marche et cela permet surtout de surclasser tous les autres journaux dédiés au sport, tel le "Vélo", ou le "Monde sportif"; tous finiront par disparaître, permettant du même coup à "l'Auto" d'Henri Desgranges de s'accaparer de tout le marché.

Le problème en 1919, c'est qu'après la boucherie de la première guerre mondiale (que Desgranges et tous les autres bourgeois de l'époque aiment décrire comme la "Grande Guerre"), bon nombre de cyclistes ne sont plus du monde des vivants.

Eugene Christophe sera le premier, en 1919, à porter le maillot jaune mais ne réussira jamais à le garder jusqu'à la fin du Tour.   Photo: journal l'Humanité ...

Ils restent bien Eugène Christophe -- celui qu'on surnommait le "Vieux gaulois", ainsi que les frères Pélissier comme vedettes, mais cela prenait désormais autre chose pour maintenir l'intérêt des gens et les ventes pour le journal de Desgranges.  Et c'est là finalement qu'entra en ligne de compte le fameux chandail jaune, l'idée étant cette fois de faire porter au meneur, à chaque étape, un chandail qui serait aux mêmes couleurs que les pages du journal "l'Auto".  Soit le jaune.

Le premier qui le porta fut justement le "Vieux Gaulois".  C'était l'enfant chéri de bien des Français.  Dès 1913, il avait cassé sa bicyclette dans les Pyrénées, avait par la suite marché sur 15 km avec sa celle-ci sur une épaule, s'était ensuite rendu chez un forgeron pour faire réparer la fourche de sa bicyclette, et était finalement reparti et avait fini l'étape, tel un champion qui ne lâche jamais.

En 1919, c'est cette fois Eugène Christophe qui mène et c'est donc vers lui que se tourne Henri Desgranges pour lui donner le tout nouveau maillot jaune.  Il sait flairer les bonnes occasions et comment tourner chaque événement à son avantage.  Fait à noter, c'est un chandail de laine jaune, fait suffisamment ample pour satisfaire toutes les tailles des gens du peloton.   Pas exactement comme les maillots jaunes d'aujourd'hui.  C'était fait exprès, juste au cas, où un autre finirait par passer devant.  Autres temps, autres moeurs.  Il faut dire qu'Henri Desgranges était aussi avare de son propre argent, et pas vraiment respectueux des gens qui pouvaient oeuvrer pour lui.

Le plus ironique dans tout cela réside dans ce qui arrivera finalement à Eugène Christophe et à ce premier maillot jaune.  Jamais, Eugène Christophe ne gagnera finalement le Tour.  Ni en 1919 -- puisque sa bicyclette se brisa à nouveau, comme en 1913, et ce juste alors qu'il menait toujours et se dirigeait tout droit vers la fin de l'étape ultime.  Ni plus tard.  Des 67 coureurs qui avaient pris part en 1919, seuls 24 devaient ultimement franchir le fil d'arrivée à la fin.

Le "Vieux Gaulois" était comme une sorte de Maurice Richard pour les Français.  Jamais à cours d'idée pour tout récupérer, le journal "l'Auto" s'arrangera plus tard pour organiser une souscription en sa faveur, question de ne pas paraître comme étant un parfait ingrat face à celui qui avait été un si fidèle serviteur du Tour.

Depuis, bien des choses ont changé avec le Tour de France.  Les coureurs sont certainement plus riches qu'ils pouvaient l'être dans ce temps là.  Le maillot jaune, lui, resplendit toujours.  Car, et malgré tout ce qu'on dira, le Tour de France, comme l'écrit un de ses grands chantres, Pierre Charny, "crée (encore) ses héros et ses victimes, anime ses bons et ses mauvais parle processus d'une dramaturgie simple et toujours renouvelée, offrant à notre admiration des personnages un soupçon mythiques, mais immédiatement populaires dans lesquels s'incarnent des ambitions inassouvies,d es sentiments contenus et des pulsions jusque là laissées en laisse".  On ne saurait mieux dire.

 

Adapté d'un article paru au départ dans l'Humanité Dimanche du 17 juillet 2009.

 

 



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