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Adapté d'un article publié
par l'Humanité Dimanche du 3 décembre 2008
Aujourd'hui, 1er décembre, c'est la journée mondiale de lutte contre le SIDA. C'est en même temps l'occasion d'exiger des différents gouvernements dans le monde qu'ils prennent les mesures qui s'imposent pour aller dans ce sens.
Dans une entrevue récente au journal communiste français l'Humanité, Willy Rozenbaum (l'un des codécouvreur du VIH au sein de l'équipe de Montagnier en 1983) et président du Conseil national du sida, en France, estime que les conditions sont enfin réunies pour éteindre complètement la pandémie. C'est également l'avis des scientifiques qui viennent de se réunir, à Paris, à l'occasion d'un sommet européen sur le diagnostic du SIDA. Tout ce qui manquerait désormais, c'est la volonté politique.
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Q.: Pourquoi mettre aujourd'hui l'accent sur la nécessité de mieux dépister le VIH ?
W.R.: Nous devons modifier toute la démarche du dépistage. Il n'y a plus aucun inconvénient aujourd'hui à se faire dépister. Si on est positif, on bénéficie d'un traitement qui permet, lorsque diagnostic n'est pas trop tardif, d'avoir une espérance de vie similaire à celle de la population non contaminée. C,est un progrès extraordinaire, même si ce n'est pas une sinécure. Le VIH est une maladie dont el traitement est à durée indéfinie, mais si l'on ne se sait pas contaminé, on ne peut pas en bénéficier.
D,autre part, le dépistage et le traitement peuvent influer sur l'évolution de l'épidémie. Les études montrent que les malades se sachant contaminés diminuent considérablement leurs comportements à risque. Le dépistage est aussi un outil de prévention. La plus grande partie des transmissions du VIH se fait par des gens qui ignorent qu'ils sont contaminés. Enfin, le traitement peut agir comme une sorte de "vaccin chimique"...
Q.: Que voulez-vous dire par "vaccin chimique" ?
W.R.: Je ne veux surtout pas qu'il ait d'ambiguïté sur le terme de "vaccin". Dans l'esprit du public, un vaccin protège celui qui en bénéficie... Dans le cas des traitements contre le VIH, c'est celui qui se soigne qui peut protéger son partenaire. Communément, le vaccin est une stratégie qui permet d'empêcher la dissémination de la maladie. Le traitement peut avoir une action similaire. Des études le prouvent mais le plus bel exemple, c'est celui de la transmission du virus entre la mère et l'enfant. En cas de grossesse, on dépiste, on traite la mère si elle est contaminée, et la probabilité pour l'enfant d'être contaminé est inférieure à 1%. La même chose pourrait être envisagée dans le cas de la transmission sexuelle. Aujourd'hui, on le démontre, notamment chez les couples "sérodifférents". Ce qui ne veut pas dire qu'il n'Y ait aucun risque !
Avec ces éléments, si on arrive à dépister le plus grand nombre de personnes infectées, si on diminue le nombre de personnes contaminées qui s'ignorent, si on arrive à traiter plus de 80% des malades, la dynamique de l'épidémie conduira à son extinction ... au bout de quelques décennies.
Cela pourrait devenir un tournant dans la lutte contre cette pandémie. Encore faut-il que les politiques publiques s'adaptent à cette donnée, ce qui n'est pas le cas pour l'instant.
Q.: Vingt cinq ans après sa découverte, le VIH semble toujours tenir la médecine en échec dans la recherche d'un remède...
W.R.: Je ne dirais pas comme cela ... Je crois qu'on a atteint un niveau très performant dans la prise en charge de cette maladie. On doit prendre un traitement, certes, de manière indéfinie... Mais ils sont aujourd'hui mieux tolérés, même si tout n'est pas parfait. ON peut, dans certaines conditions, n'avoir plus qu'un comprimé par jour à prendre. Et les choses vont progresser dans ce sens... C'est un progrès énorme.
Quant à la guérison, c'est quelque chose qui, par nature, devra faire appel à des concepts totalement hors de nos concepts actuels... Le VIH est un virus intégré dans la cellule qu'il infecte, et fait dès lors partie du patrimoine génétique. L'éradiquer est impossible... Je crois qu'il faut arrêter de rêver là-dessus. Ce que l'on pourra qualifier un jour de "guérison", c'est éventuellement le contrôle immunitaire. Mais nous n'avons aucune donnée aujourd'hui qui nous permette de dire qu'on obtiendra ce résultat.
Q.: Qu'en est-il alors des recherches pour un vaccin préventif comme thérapeutique ?
W.R.: Pour le vaccin, c'est pareil. On n'a aucune raison d'imaginer qu'un vaccin va pouvoir être découvert. Tout ce qui a été fait jusqu'à présent n'a rien donné de positif. Quant aux "vaccins thérapeutiques", c'est de la spéculation. Il n'en existe encore pour aucune maladie. Cela n'empêche pas qu'il faille continuer les recherches, mais je n'y crois pas ...
Pour ce qui est de la "guérison", on est obligé de faire appel à des concepts de thérapie génique. Beaucoup de scientifiques, dont je fais partie, travaillent là-dessus. Peut-être qu'on trouvera un jour... Mais ce dont je suis certain, c'est que ce n'ests pas avec les concepts actuels qu'on y arrivera. Il faut non seulement sortir de nos connaissances actuelles, mais aussi de nos concepts.
En revanche, avec les outils dont nous disposons aujourd'hui, on a les moyens, je dirais dans un monde idéal, d'éradiquer la maladie. Si demain nous pouvons quantifier tous les patients et les traiter, dans cinquante ans, la maladie sera éradiquée. Pour le faire, il faut avant tout une volonté politique...
Des
chiffres :
25 MILLIONS: c'est le nombre de décès
causés par le SIDA à travers le monde, depuis le début de l'épidémie dans
le monde
2 MILLIONS : c'est le nombre de gens qui en sont morts, rien que durant l'année 2007
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