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Par André Parizeau
Chef du PCQ

 

Certaines personnes ont pu se demander pourquoi nous avons nous mêmes tenu à suivre les Jeux de Pékin et à donner une certaine place à ceux-ci sur notre site.  La réponse est simple: c'est que ceux-ci représentaient au départ (et cela s'est aussi confirmé par la suite) un événement d'une ampleur rarement vue jusqu'ici, à l'échelle de la planète.  Qu'on le prenne du point de vue de l'impact médiatique que ces Jeux ont eu, ou qu'on aborde plutôt la question d'un point de vue plus politique, au niveau de ce qu'ils ont pu signifier, l'événement était sans précédent et méritait conséquemment qu'on y accorde une large place.

 

Les USA ont de plus en plus de misère à assurer leur hégémonie dans le monde et cela paraissait aussi lors des Jeux


Les États-Unis sont toujours, aujourd'hui, que ce soit d'un point de vue économique, politique ou militaire, le plus puissant pays du monde ... et cela se voyait durant les Jeux de Pékin.  D'un simple point de vue statistique, ils ramassent plus de médailles que n'importe quel autre pays.  En excluant les Jeux paralympiques, dont les compétitions commenceront uniquement à partir du 6 septembre, les États-Unis en ont  déjà 110.  Mais cela ne représente en même temps qu'un côté de la médaille et les difficultés grandissantes des États-Unis pour maintenir leur hégémonie sur le reste de la planète se reflétaient tout autant dans le sport, lors de ces Jeux.  À preuve ce qui s'est notamment passé en athlétisme, ainsi qu'en gymnastique, lors du 1er round.

Dans bien des disciplines, les États-Unis ne dominent déjà plus, tandis que dans d'autres ils commencent également à avoir de plus en plus de difficultés.

 

Deux mots à propos des performances des Chinois

 

Pour ces Jeux, la Chine visait un minimum de 100 médailles (en excluant toujours les Jeux paralympiques) et la première position au niveau des médailles d'or.  De ce point de vue, c'est mission accomplie.  Lors de ces Jeux, les Chinois n'étaient certainement pas les seuls à vouloir briser la domination des Américains, mais ils représentaient très certainement leur plus sérieux adversaire.  De ce point de vue, on peut une fois encore faire plusieurs parallèles entre ce qui s'est passé lors de ces Jeux et ce qui se passe aussi au niveau planétaire, au niveau des rivalités inter-économiques.  N'oublions que la Chine est d'ores et déjà la 3e plus importante puissance économique dans le monde et continue toujours à développer son économie.

En contre partie, les États-Unis vivent des difficultés économiques de plus en plus grandes.

Ces Jeux représentaient en même temps, pour la Chine, une occasion rêvée pour mieux se faire connaître, ainsi que pour contrer toute la propagande anti-chinoise des dernières années.  De ce point, c'est également au moins en partie mission accomplie. Je dis au moins en partie parce qu'il reste toujours de très sérieux problèmes associés à ce qui se passe toujours en Chine.  Il reste que le gouvernement chinois nous en a vraiment mis plein la vue et on ne saura probablement jamais combien tout cela aura coûté.  Chose certaine, il est douteux qu'aucun autre pays occidental n'arrive à nous éblouir autant.

 

À propos également de tous ces à côtés ...


On avait beaucoup parlé, avant que ces Jeux ne commencent du fait que la pollution serait terrible, etc, etc.  La réalité s'est chargée de démolir une bonne partie de ces appréhensions.  Le fait est que le qualité de l'air à Pékin était règle générale nettement meilleure qu'à Athènes et que le nombre de records, qui furent brisés à Pékin, dépasse quasiment l'entendement...

Globalement, ces Jeux auront très certainement contribué à démystifier auprès de monsieur et madame tout le monde certains des autres préjugés qui pouvaient encore exister dans l'imaginaire de ceux-ci.  Il faut à cet égard souligner le travail en général très bon que bon nombre de journalistes de Radio-Canada firent durant ces Jeux pour nous transmettre quantité d'informations et de reportages à propos de tous "les à côtés des Jeux".  On nous présenta alors aussi des images de ce qui ne tourne toujours pas très rond en Chine, en même temps que des avancées qui s'y produisent et dont on ne parle pas toujours beaucoup.
 

À propos de la participation de tous les autres pays ...


Durant ces Jeux, on a abondamment parlé des États-Unis et de la Chine, mais il y avait également un peu plus de 200 autres pays représentés pour le 1er round.  Soit dit en passant, c'est encore plus que le nombre total de pays représentés à l'ONU.  Pour les Jeux paralympiques, c'est moins; mais cela reste néanmoins un événement majeur.  Contrairement à ce que bien des gens pouvaient au départ penser, le total des médailles gagnées par les États-Unis et la Chine, lors du 1er round (et en excluant les Jeux paralympiques) ne représente qu'une très faible partie du total des quelques 2000 médailles qui y furent alors distribuées au total.  Soit environ 10% seulement.

Cela veut donc dire que près de 90% de toutes les autres médailles furent accordées à d'autres pays.  Dans cette liste, on retrouve bien sur des pays comme la Russie, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie, le Japon, et l'Australie qui ramassent toujours également pas mal de médailles.  Au total, les 12 pays ayant ramassé le plus de médailles totalisent ensemble près de 30% des médailles.  Ce n'est pas rien.  Sauf que cela veut aussi dire que près de 70% des médailles furent obtenues par d'autres pays.  De cette 3e liste, on peut notamment mentionner les pays africains, comme le Kenya ou l'Éthiopie qui ont vraiment fait un malheur au niveau des courses de fond.  Il faut aussi souligner la contribution exceptionnelle de la Jamaïque...

Tout cela reflète une autre tendance importante, non seulement au niveau du sport, mais aussi dans toutes les autres sphères des relations internationales.  Soit la volonté de ne plus s'en faire imposer comme cela fut trop longtemps le cas dans le passé.
 

À propos du rôle du sport amateur versus le sport professionnel

 

Depuis des années, on parle beaucoup de la place grandissante du sport professionnel au niveau des grandes rencontres internationales, y compris au niveau du mouvement olympique.  Bien des gens n'hésitent pas à dire que cela trahit l'esprit même des idéaux devant motiver ces rencontres internationales et ils n'ont pas tort.  Le problème a de fait plutôt tendance à s'aggraver.

Le pire développement, à mon sens, à propos de ce problème, se produisit lors que la Géorgie "s'acheta" littéralement une équipe de volley-ball de plage du côté des Brésiliens, de manière à pouvoir plus facilement se retrouver en finale ...  Le plus ridicule se réalisa lors que ces équipes géorgienne, formée de Brésiliens, se retrouva finalement face à face devant l'équipe nationale brésilienne ...

Les Jeux de Pékin ont également mis en lumière le fait qu'il existe toujours, dans plusieurs sports, de très sérieux problèmes au niveau des règles d'arbitrage .  Il y a une époque où la situation était similaire ailleurs; on se rappellera notamment des problèmes au niveau du patinage artistique (dans le cadres des Jeux d'hivers), ainsi que pour la boxe (ce fut notamment le cas de manière assez éclatante lors des Jeux de Séoul).  De toute évidence, il faudrait très certainement que certains correctifs soient apportées au niveau de la lutte et du taekwondo.

Globalement, on devrait également écouter un peu plus ceux et celles qui disent qu'ils ne faudrait pas juste mettre tous nos oeufs dans de tels grands rassemblements, mais aussi encourager le développement de rencontres sportives, à un plus "bas niveau".
 

À propos des performances de nos propres athlètes


À Pékin, les athlètes québécois auraient peut-être pu faire mieux.  Encore que quatre médailles n'est déjà pas pire.  Toute proportions gardées, d'autres pays ayant une population similaire, ont finalement fini avec bien moins.  Lors des Jeux paralympiques, Chantal Petitclerc devrait d'autre part très bien performer.

Une fois cela dit, certains pays, comme l'Australie, ou encore la Jamaïque où c'est encore plus impressionnant, réussissent malgré tout à faire nettement mieux.  Ils le font parce que le sport là-bas est également beaucoup plus répandu (et encouragé par nos gouvernements) que ce qui se fait chez nous.  C'est comme pour ce qui se passe dans les pays européens du Nord, tels que la Norvège, la Finlande ou la Suède.  Ce sont tous des pays plus axés vers les sports d'hivers (ce qui est normal), qui ont tous des populations comparables, mais qui font quand même mieux que nous lors des Olympiques d'été.  À terme, il nous faudra forcément pousser plus loin la réflexion.

 

Une certaine cassure ...


Le Jeux de Pékin marquent une certaine cassure par rapport aux Jeux précédents, qui avaient plutôt tendance à se faire, soient en Europe ou en Amérique du Nord.  Certains n'avaient pas hésité à dire alors que cela étaient hautement risqué.

Globalement, ces Jeux furent l'occasion de très belles surprise, en même temps que de plusieurs déceptions.  Cela s'applique autant à nos athlètes, qu'aux autres équipes des autres pays.  Comme quoi, tout n'est jamais complètement assuré d'avance.  S'il fallait résumer le tout en une phrase, on pourrait dire que ces Jeux furent en définitive à l'image de ce qui se passe dans notre monde.  Cela nous rappelle en même temps à quel point ce monde est continuellement en bouleversement.  C'est aussi une indication de comment ce qui pouvait encore paraître hier impossible peut de fait se réaliser avec le temps.  De ce point de vue, c'est plutôt encourageant.

 

 



Sujets reliés et en marge de ces Jeux :