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Par André Parizeau,
Porte parole du PCQ

Les résultats obtenus lors des élections, qui viennent tout juste d'avoir lieu en Inde, sont plutôt très désappointant .  Ils mettent une fois encore en évidence combien il n'est pas forcément automatique que le ras-le-bol, qui existe à peu près partout à travers la planète, se transforme pour autant et à chaque fois sur le plan politique en gestes conscients pour changer la réalité des choses.

Si cela était toujours aussi simple, sans doute que le capitalisme n'existerait déjà plus.  Mais tel n'est pas le cas et la réalité des choses est malheureusement pas mal plus compliquée.  Cela nous rappelle en même temps combien complexe et imprévisible l'action politique peut parfois devenir.

L'Inde est le 2e plus important pays au monde, au niveau de sa population, juste derrière la Chine.  L'Inde fait aussi partie de ce qu'on appelle de plus en plus les pays émergeants.  C'est également un pays qu'on dit "démocratique", mais c'est aussi un pays particulièrement reconnu pour sa corruption, où des députés peuvent continuer à conserver leur titre de députés, même après avoir été condamnés par une cour de justice et après avoir été envoyés en prison (on a même vu l'an dernier une situation où l'on a été jusqu'à faire sortir de prison, momentanément, de tels députés juste pour leur permettre de voter et de sauver le gouvernement en place, le temps d'un vote de confiance... ).

Jusqu'aux élections proprement et le scrutin lui-même, qui s'étendait en passant pendant près de 2 semaines, jusqu'au 16 mai dernier, la plupart des sondages laissaient entendre que tout pouvait encore arriver, y compris le fait que la gauche (y incluent les différents partis communistes qui existent en Inde et qui sont très puissants) arrive en 1ere position.

Pour l'occasion, les différents partis communistes et socialistes avaient une fois encore fait front commun (comme pour les autres élections avant), sauf que cette fois, ils avaient aussi réussi à s'entendre avec plusieurs autres plus petits partis (ils étaient neuf en tout) pour former une large alliance.  Les sondages, pré-élections, leur donnaient jusqu'à 180 et même 200 députés possibles (sur une possibilité de 543).  Du jamais vu.  On disait aussi que le Parti du congrès (ceux qui étaient au pouvoir au moment du déclenchement des élections) étaient pour leur part en difficultés.

Finalement, et à la surprise générale, rien de tout cela s'est matérialisé.  Les communistes ont finalement obtenu un maigre 24 députés (contre 61 auparavant).  Les autres partis de gauche n'ont guère fait mieux.

Qui plus est, on apprenait également que cinq (5) militants du Parti communiste de l'Inde (marxiste) (PCI(M)) -- le plus importante de toutes les formations de gauche réunis ensemble pour ses élections -- furent lâchement assassinés lors de ces mêmes élections.  La responsabilité de ces morts serait imputée à une formation d'inspiration maoïste.  Cela se serait produit dans la province du Bengale Ouest.

Soulignons ici que les partis communistes et de gauche en Inde sont parmi les plus importants dans le monde et comptent, chacun d'eux, des centaines de milliers de membres !

Le grand gagnant de ces élections est nul autre que le Parti du congrès (celui qu'on disait justement en difficultés, comme je le mentionnais plus haut) et qui pourra désormais compter (en comptant l'ensemble de ses appuis en provenance d'autres plus petits partis) sur un grand total de 322 députés, soit une majorité absolue du nouveau parlement fédéral.

Ces résultats électoraux ne sont pas sans rappeler notre propre situation politique, ici au Québec, où les sondages vont en dents de scies, où la côte des libéraux est tantôt de retour au beau fixe, pour ensuite plonger, et finir encore en remontée...

Même le fameux parti des "Intouchables", en Inde, le BSP, celui qui est dirigé par madame Mayawati, auquel on promettait un brillant avenir, a finalement, et lui aussi, mordu la poussière.  Lui qu'on disait plus enclins à appuyer le bloc de gauche, vient tout juste de se résoudre à faire amende honorable devant les dirigeants du Parti du congrès et appuiera désormais le nouveau gouvernement dans un ultime effort pour peut-être obtenir éventuellement ... un poste de ministre dans ce même gouvernement.  Comme quoi tout peut toujours arriver en politique ...  Cewla montre en même temps à quel point l'opportunisme peut toujours être bien présent.

La seule consolation dans tout cela réside dans le fait que le parti intégriste hindou de droite (BJP), fait aussi partie de ceux qui ont beaucoup perdu des suites de ces élections.

Pour le reste, on verra bien combien de temps ce fameux Parti du congrès, fondé à l'origine par Ghandi, et qui domine depuis déjà une bonne partie des dernières décennies l'horizon politique en Inde, pourra encore se maintenir dans sa position actuelle.  Jusqu'à ces toutes dernières élections, ce parti semblait de plus en plus secoué par toutes une série de scandales et de positions politiques plutôt controversées et de droite.  On le disait d'ailleurs comme étant sur une pente descendante.  C'est comme s'il revivait, au moins pour le moment, comme une sorte de sursaut ...

La bourse indienne a immédiatement réagi à ces nouvelles en fracassant des records par le haut.  Tellement qu'il fallut même mettre un terme à la vente et à l'achat d'actions pour empêcher que les cours ne s'emballent encore plus.  C'est tout dire.

Ces nouvelles ne sont pas sans rappeler des revers assez similaires et récents, au niveau de la gauche, ailleurs dans le monde.  Il n'y a pas si longtemps encore, cela se passait aussi en Italie, ainsi que dans plusieurs autres pays d'Europe.  Un jour, Berloscuni est réélu et le lendemain, 3 millions de personnes descendent dans la rue à Rome pour le dénoncer.  Cherchez l'erreur ...

En parallèle, en Amérique Latine, c'est plutôt le contraire qui se produit.  Là-bas, les alliances réussissent et permettent aussi d'aller jusqu'à faire tomber des régimes qui semblaient jusqu'à là très solides (ne serait-ce qu'à cause de la très forte répression y existant).  Et les forces de gauche, toujours en Amérique Latine, consolident en même temps leurs assises, de même que leurs liens entre eux.

Tout cela mériterait très certainement qu'on s'y attarde un peu plus.  Chose certaine, cela confirme deux vieils adages.  Le premier étant que rien n'est vraiment réglé en politique, tant que cela n'est pas en même temps fini, et que ce qui marche encore aujourd'hui, ne marchera pas forcément encore demain.  Tout demeure finalement affaires d'une lutte qu'il ne faut jamais abandonner.

Le 2e constat pouvant, dès maintenant être tiré, est le suivant : la lutte politique ne sera jamais quelque chose de rectiligne, répondant toujours et à chaque fois aux mêmes règles que certains pourraient cataloguer "d'immuables"; c'était et cela demeure toujours aussi un processus, pouvant évoluer de manière très différente, d'un pays à l'autre.

Les prochaines élections européennes, prévues d'ici la fin du mois, seront très certainement un autre rendez-vous importants à surveiller sur la scène internationale.

 

 



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