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Par André Parizeau
Chef du PCQ

Conjuguer la protection de l'environnement et les exigences du développement économique peut représenter tout un casse-tête.  Ici comme ailleurs. Cela est particulièrement vrai dans les pays, dont les économies et les moyens sont moins développés.  En Chine, comme tout le monde le sait déjà, les problèmes sont nombreux, à cet égard.  Malheureusement pour eux, comme pour nous, les plus récentes nouvelles, en provenance de Chine, et portant sur le front de la protection de l'environnement, n'ont rien de vraiment très encourageantes.

Poussée par une croissance économique vertigineuse, la Chine, dont les usines tournent à plein et dont le marché automobile est également en plein essor, est déjà en train de devenir le premier émetteur mondial de CO2, principal gaz à effet de serre.

Le fait que la Chine s'appuie en même temps sur le charbon, qui est une des sources d'énergie les plus polluantes qui soient, n'a évidemment rien pour aider les choses.

 

Près de 80%

Pour le moment, la Chine tire toujours près de 80 % de toute son énergie du charbon. C'est beaucoup.  Les réserves de charbon, en Chine, sont en mêmes temps très abondantes. Avec une production dépassant les 2 milliards de tonnes par année, la Chine est d'ores et déjà la plus grande utilisatrice, à l'échelle de la planète, de cette forme d'énergie fossile, mais même cela n'est pas assez.  Parce que même avec deux milliards de tonnes, cela demeure toujours insuffisant pour répondre à tous les besoins en énergie d'une économie en pleine croissance.  La Chine a donc dû aussi importer du charbon et continue toujours à le faire...

À cela, il faut également ajouter le fait que la Chine dépend de plus en plus du pétrole, y compris du pétrole canadien; fait intéressant, on parle de plus en plus, dans certains milieux d'affaires de l'Ouest canadien, de la possibilité de même exporter une partie de la production de pétrole, en provenance des sables bitumineux de l'Alberta, vers la Chine, via le port de Vancouver .  Actuellement, la quasi totalité de cette production s'en va vers les États-Unis. Un peu partout dans le monde, la Chine achète donc aussi de plus en plus de cette autre forme d'énergie très problématique.  Tout cela fait en même temps partie d'une tendance lourde, au sein de l'économie chinoise, pour avoir de plus en plus besoin de matières premières.

Peut-être ne le savez-vous pas, mais la Chine est également devenue, avec le temps, le 3e partenaire économique le plus important du Canada (le 1er étant les États-Unis), et que le volume de nos exportations vers la Chine (notamment au niveau de l'exportation de nos matières premières) augmente actuellement à un rythme deux fois plus rapide que le niveau de nos importations, en provenance de ce même pays.  C'est tout dire.

 

Des décisions qui pourraient s'avérer lourdes de conséquences

La Chine se dit disposée à coopérer avec les pays plus développés pour rendre son économie plus propre. Outre la pollution qu'il génère, le charbon pose en effet plusieurs autres problèmes aux autorités chinoises : la sécurité d’une part (chaque année des centaines, voire des milliers de mineurs sont tués suite à des accidents), mais aussi le transport (les mines sont situées principalement dans le nord du pays).

Sauf, qu'en s'associant à des projets comme celui des sables bitumineux en Alberta, la Chine se retrouve en même temps à ternir encore plus son image et n'aide certainement la cause plus globale de l'environnement.  Les sables bitumineux de l'Alberta sont en effet un véritable crime contre l'environnement.  Dès la publication des premiers reportages portant sur l'ensemble du dossier et faisant état de l'ampleur du scandale en même temps que des dangers que l'exploitation de ces sables bitumineux représentait, nombreux étaient ceux et celles qui exigèrent alors qu'un moratoire soit rapidement imposé quant aux projets d'expansion prévus; le PCQ était de ce nombre.

C'est comme pour ce qui est du dossier du Darfour.  Là encore, la Chine se retrouve dans une position des plus compromettantes.

 

Pas vraiment mieux

Au delà de sa volonté déjà exprimée d'acheter à l'étranger de plus en plus de pétrole, la Chine semble se tourner également vers une autre piste de solution.  Mais cela a aussi le défaut d'être tout autant controversée.  On parle ici du nucléaire.  Jusqu'à présent, la Chine n'utilisait, à travers tout son territoire, que 11 centrales nucléaires pour produire une partie de son énergie.  Cela ne représentait que 2% de toute la production d'énergie en Chine.  Mais tout cela pourrait aussi changer. Une dizaine de nouvelles centrales nucléaires seraient déjà en construction.

Sur les onze centrales nucléaires déjà en opération, 4 sont de technologies françaises (situées dans le sud à Guangdong), deux sont canadiennes, deux russes et trois chinoises (dont le plus ancien réacteur du pays).

Le recours à l'énergie nucléaire, comme substitut à d'autres formes d'énergie, semble être une tendance de plus en plus évidente dans cette partie du monde qu'est l'Asie.  Cela correspond en même temps -- et cela ne devrait pas vraiment surprendre personne -- à une accentuation  du lobby pro nucléaire sur la scène mondiale.  Nul doute que ce lobby doit déjà être en train de saliver ...

Une situation similaire est d'ores et déjà en train de se produire en Inde, bien qu'il y ait dans cet autre pays une assez forte opposition, provenant entre autres choses, des différents partis communistes oeuvrant là-bas (voir raccourcis dans la partie à gauche de cette page).  Au delà des particularités de chaque pays, cela met en même temps en relief un autre point important à ne pas négliger : comme dans la plupart des situations, il faut toujours éviter de généraliser ...

 

Des cibles qui demeurent en même temps tous aussi controversées

Dans la foulée des grand débats internationaux entourant la place que devrait avoir, dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques, les pays possédant les plus importantes économies, versus ceux qui ont moins de moyens, la Chine fait partie de ceux qui disent que les efforts devraient d'abord venir de ceux qui ont justement plus de moyens.

Même si on peut comprendre, et jusqu'à un certain point, endosser une telle logique de la part des autorités chinoises -- l'attitude générale du Canada, de même que celle des États-Unis, eux qui se refusent toujours à appliquer les objectifs de Kyoto pour leur propre économie, est très certainement condamnable et hypocrite; il ne devrait y avoir à ce sujet pas la moindre hésitation --, cela a aussi ses limites.  D'autant que la Chine est elle-même un pays en passe de devenir la 3e puissance la plus importante au monde (et pourrait même, d'ici 15 ans devenir la No 1).

La Chine dit vouloir réduire de 20% ses émissions futures de gaz à effet de serre.  Mais, ce qu'il faut comprendre de tout cela, c'est qu'il s'agirait d'une diminution de 20% par unité du produit intérieur brut.  En d'autres mots, on polluera moins pour chaque dollars de marchandise et de biens produits.  Mais comme on produit en même temps de plus en plus, on continuera donc à polluer de plus en plus...  On est donc bien loin des objectifs visés par Kyoto.

Dans les faits, la position de la Chine continue toujours à s'enligner sur le même genre de politiques, en matière de protection de l'environnement, que celles du Canada ou des États-Unis.

La seule bonne nouvelle, à travers tout cela, réside dans la récente défaite des Conservateurs en Australie, et leur remplacement par un nouveau gouvernement travailliste.  Sans vouloir prétendre que le parti travailliste, en Australie, soit si extraordinaire que cela, au moins vient-il -- et c'est déjà cela -- d'annoncer que l'Australie s'enlignera désormais dans la même lignée que Kyoto.  Dans les faits, cela ne pourra qu'affaiblir le camp de tous ceux qui s'opposent encore à Kyoto.  On peut juste espérer que ce tout récent développement créera avec le temps un peu plus de pressions sur les autorités chinoises afin que celles-ci s'enlignent à leur tour un peu plus dans cette même direction.

27 novembre 2007.



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