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Par André Parizeau,
Porte parole du PCQ
Il y a 20 ans se produisait sur la place Tienanmen, à Pékin, les tristes événements que l'on connaît, très souvent symbolisés par cette photo d'un homme se tenant tout seul devant les tanks, tandis que le reste de la foule était pris à partie par les soldats de l'Armée populaire de libération chinoise.
Nous
ne prétendrons pas être ceux qui pensent tout savoir par rapport à ce qui
s'est passé en Chine depuis la Révolution de 1949, ni non plus être capable
de tirer un trait final sur le bilan de l'expérience chinoise. Et
encore moins de prétendre que tout ce qui fut fait en Chine, à partir de
1949, fut nécessairement et complètement mauvais. Une chose est
cependant clair pour nous : le socialisme, tel que nous le concevons, ne
devrait jamais se faire contre le peuple. Autant on peut concevoir
qu'un pouvoir d'État puisse être obligé, dans certaines circonstances, à
user de tous les moyens à sa disposition, y compris l'usage de la force,
pour se défendre contre ceux qui voudraient déstabiliser ou faire tomber ce
pouvoir populaire, autant on devrait comprendre par là d'utiliser cette
force contre les ennemis du peuple. Et non contre le peuple lui-même.
Vous vous direz qu'il n'est pas toujours facile de tirer la ligne entre ceux qui sont nos ennemis, de ceux et de celles qui n'en sont pas vraiment, et vous aurez raison. À 100% raison. D'où l'importance de toujours faire attention avant d'avoir à effectivement user de tels pouvoirs d'exception, de manière à ce qu'ils restent effectivement des pouvoirs d'exception, et ne deviennent pas, tout au contraire, la nouvelle règle d'exercice de ce même pouvoir.
Autant l'invasion de la Tchécoslovaquie par les armées du Pacte de Varsovie en 1968, orchestrée soit disant pour sauver le socialisme là-bas, était selon nous un geste condamnable -- et qui fut effectivement condamné par de nombreux communistes à travers le monde, y compris par la direction de plusieurs très grands partis partis communistes (ce qui n'était alors pas une mince chose à faire considérant l'influence que l'URSS de l'époque avait alors encore sur une bonne partie du mouvement communiste international) --, autant les gestes posés par le gouvernement chinois en 1989 l'étaient aussi et le demeurent toujours aujourd'hui.
C'est d'ailleurs la même chose, en ce qui concerne l'attitude de la Chine face au Tibet. On aura beau nous dire que la vieille société tibétaine était moyenâgeuse, que les rapports sociaux y étaient archaïques, etc, cela ne devrait jamais nous faire oublier qu'aucune nation devait être capable d'imposer à d'autres nations avoisinantes ce qui serait le mieux pour elles.
C'est notre conviction profonde, au PCQ, qu'un socialisme imposé par la force au peuple, contre sa propre volonté, ne pourra forcément qu'avoir une durée de vie limitée et ne serait même être coiffé du nom de socialisme. Faut-il d'ailleurs rappeler le fait que l'invasion de la Tchécoslovaquie ne permit même pas de sauver le socialisme dans ce pays ? Bien au contraire. Cette invasion ne servit finalement qu'à écraser ce qui se voulait, au départ, une manière de repenser les vieux schèmes socialistes avec une vision plus humaines. Quelle autre tragédie ! Qui sait ce que cela aurait d'ailleurs donné s'il n'y avait pas eu cette invasion ? On ne le saura jamais.
On peut seulement imaginer ce qui aurait pu se passer si le printemps de Prague avait pu marcher. Peut-être que le monde d'aujourd'hui serait différent. Peut-être que l'expérience tchèque se serait aussi étendue, avec le temps, au reste de l'Europe de l'Est et qu'un tel socialisme réformé, plus humain, aurait aussi permis d'éviter que tout finisse aussi par s'écrouler trente ans plus tard, avec la disparition du bloc socialiste, qu'on se retrouve du même coup dans un monde unipolaire, plus instable, avec encore plus d'injustices et d'inégalités que jamais auparavant, etc.
On peut aussi se demander ce qui serait advenu de la Chine s'il n'y avait pas eu les événements de la Place Tienanmen. Les choses seraient-elles devenues mieux ou pire que ce qui existent présentement dans ce pays. Qui sait ?
Pour nous, les choses devraient être très claires : la vision que nous avons du socialisme, pour lequel nous voulons lutter et qui nous permettra vraiment d'avancer dans le sens du progrès social, viendra forcément parce que le peuple l'exigera et s'y retrouvera; pas parce qu'on l'y aura forcé. Un socialisme qui ne permettrait pas, à terme, une extension à très large échelle des grands principes de démocratie, tels que nous les connaissons ici même, au Québec, n'aurait de toute manière que très peu de chances de voir le jour. Tout au moins ici.
Ou bien le socialisme permettra d'aller encore plus loin que ce que le capitalisme a pu faire de mieux, y compris en matière de démocratie, et y compris chez nous, ou bien il n'y aura finalement pas de socialisme, ni de communisme non plus, par la suite. Nous demeurons en même temps convaincu qu'un tel objectif est réalisable et que cela en vaut aussi la peine. En quelques mots, tel est finalement notre vision des choses et tel est aussi pourquoi nous continuons de nous dire communistes.
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