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Les chiffres font frémir.  Plus de 180 morts et plus de 1680 blessés.  Tous ces morts et ses blessés se seraient produits à la suite d'une simple manifestation, tenue le 5 juillet.  Selon les autorités chinoises, les choses auraient commencés à dégénérer alors que quelques centaines de personnes manifestaient dans les rues de la capitale du Xinjiang et se seraient mis à faire du vandalisme.  Difficile à croire quand on compare ce chiffre au nombre de morts et de blessés.  Selon d'autre part certains opposants, à Pékin, les manifestants étaient plutôt au nombre de 3 000 et la manifestation était pacifique jusqu'à ce que la police se mette à tirer sur les gens.  Même là, tout reste assez nébuleux.

Dans un discours télévisé, le président de la région autonome du Xinjiang (anciennement appelé le Turkestan oriental), Nur Bekri, aurait affirmé que les émeutes faisaient suite à un autre affrontement violent entre Ouïgours (le groupe national principal au Xinjiang) et Hans (la nationalité la plus nombreuse en Chine), survenu juste avant la fin de juin, à Guangdong, dans le sud de la Chine. Des ouvriers ouïgours auraient alors été victimes d’un véritable lynchage, après que le viol d’une jeune fille han eut été attribué à l’un des leurs, dans une usine de jouets. Deux Ouïgours auraient par la suite  trouvé la mort des suite de ce lynchage. 118 autres personnes auraient aussi été blessées, dont 79 Ouïgours.

Chose certaine, tout cela met en évidence la montée des tensions et de la violence entre les multiples nationalités qui peuplent la Chine.

« L’ordre est maintenant partiellement rétabli à Urümqi », écrivait dès le lendemain des violences, et de manière plutôt laconique, le Quotidien du peuple, le journal officiel du Parti communiste chinois.

Mais rien n'était moins vrai.  Dans les jours qui suivirent les autorités chinoises n'avaient pas le choix, de leur propre chef, que d'imposer l'État d'urgence dans la capitale du Xinjiang.  Selon divers compte rendus, la plupart des morts et des blessés étaient des Hans.  La grande majorité des gens arrêtés par les autorités seraient d'autres part des Ouïgours.

Des centaines de personnes auraient déjà, et de surcroît, été arrêtées et la police affirmerait d'autre part être toujours à la recherche de près d'une centaine d'autre personnes, considérées comme de potentiels "responsables des émeutes". Une centaine de responsables « ethniques », en provenance de régions voisines, auraient aussi gagné la capitale pour aider à l’interrogatoire des suspects. Il faut savoir qu'une bonne partie de l'administration locale est composé de gens issus de la nationalité Han, ne parlant pas forcément .

D'ores et déjà, on parle de « l’incident le plus grave depuis la fin de la Révolution culturelle » (1966-1976).  Depuis les incidents du 5 juillet, d'autre accrochages et d'autres violences auraient d'autre part continué à se produire.  Encore hier, soit le 12 juillet, deux Ouïgours étaient tués et un autre blessé, lors d'incidents avec la police.

Des milliers de Hans et de Ouïgours auraient également commencé à quitter la ville.  Certaines informations vont jusqu'à parler de 10 000 personnes qui partiraient à chaque jour ...  Notez que la capitale du Xinjiang ne compte que 2 millions d'habitants.

Le Xinjiang est une ce qu'on appelle en Chine une région autonome, tout comme l'est aussi le Tibet, situé non loin de là, mais plus au sud et à l'Ouest.  La population du Xinjiang est composé de 20 millions d’habitants.  C'est en même temps une région de Chine où se côtoient une multitudes de groupes nationaux distincts.  AU total, il y en aurait 47 !!!

Pendant longtemps, les  Ouïgours y furent majoritaires, mais tel n'est plus le cas.  Aujourd'hui, ils ne forment plus que 45% de la population.  En contre partie, les Hans qui n'étaient qu'un demi million de personnes jusqu'en 1953 et ne représentaient conséquemment jusqu'alors qu'un très petit groupe, sont maintenant plus de 7,5 millions et forment aujourd'hui 41% de la population.  Ce renversement quasi complet de situation s'explique d'abord par une immigration très forte des Hans vers le Xinjiang, fortement encouragée par le gouvernement central (comme c'est aussi le cas au Tibet), mais aussi par le fait qu'un grand nombre d'Ouïgours ont finis par quitter, avec le temps, leur région natale pour essayer de trouver du travail ailleurs.

Malgré une indépendance assez éphémère, soit de 1930 à 1949, sous le nom de Turkestan oriental, un moment dans le giron soviétique, le Xinjiang est chinois depuis 1884. Certains groupes d'Ouïgours rêveraient de pouvoir un jour reconstituer ce Turkestan de jadis; certains groupes n'hésitent pas, pour cela, à avoir recours à des attentats pour mieux faire passer leurs messages. Trois jours avant le lancement des jeux Olympiques, en août 2008, un attentat attribué au Parti islamique du Turkestan oriental avait d'ailleurs fait 16 morts. Hier encore, Pékin attribuait les émeutes de dimanche au Congrès mondial ouïgour, dirigé en exil par un certain Rebiya Kadeer (1).

Le Xinjiang est en même temps une région stratégique pour la Chine.  D'abord, son sous-sol est plein de pétrole et de gaz.  Le Xinjiang possède également plus de 5 000 km de frontières avec l'Afghanistan, le Pakistan, l'Inde, ainsi que plusieurs autres républiques de l'ex-URSS, soient le Kazakhstan, le Tadjikistan, et le Kirghizstan.  Son territoire constitue donc aussi un passage obligée pour les pipelines en direction des régions plus industrialisées de Chine.

Certaines informations font en même temps état du fait que ce Congrès mondial ouïgour serait au moins partiellement financé par la « National Endowment for Democracy » aux États-Unis, une sorte de pendant à la CIA pour les opérations plus "pacifiques" (2).

Le Xinjiang représente près d'un sixième de tout le territoire chinois et est situé dans la partie Nord-Ouest de la Chine, collé contre la Russie.

Les émeutes de dimanche sont un très malheureux rappel de comment la non résolution des questions nationales ne peut être une solution.  Ce sont autant de poudrières.  Lors qu'intégrées à la lutte pour la justice et le progrès social, elles peuvent agir comme autant de leviers importants.  Lorsqu' ignorées et laissées à elles-mêmes, tout cela peut aussi et assez facilement dégénéré.

 

(1) Les faits relatés ici proviennent d'un texte qui était publié ce matin même dans le journal communiste français l'Humanité (www.humanite.fr).

(2) Informations publiées sur le blog de Michel Collon (http://www.michelcollon.info).

 



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