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Par André Parizeau
Porte parole du PCQ

Beaucoup de gens ont bien des attentes mais cette visite du nouveau président américain aujourd'hui ne risque pas de changer grand chose à Ottawa, tout au moins dans l'immédiat.  Il y a de multiples raisons pour cela et le ballon risque même de se dégonfler assez vite.

 

Quand un ballon est troué de partout, on a beau essayer de le souffler à l'hélium, mais il ne lèvera pas plus ...

Préalablement à cette visite, différents groupes syndicaux, populaires et environnementaux ont dit souhaiter que cette visite mette suffisamment de pressions sur le gouvernement de Stephen Harper pour l'amener à réviser ses politiques, notamment en ce qui a trait aux questions de renégociation du traité de libre-échange (sous entendre par là l'importance qu'il y aurait à resserrer les règles vis à vis des grandes multinationales, de même qu'à rendre l'ensemble du processus plus démocratique et plus transparent, ce à quoi le nouveau président américain s'est déjà engagé de son côté).  La question des sables bitumineux, ce désastre écologique sans précédent, est aussi sur la table.

Sauf que pour qu'une telle chose puisse arriver, il faudrait au départ un minimum de conditions qui n'existent pas.

Si le gouvernement Harper avait ne serait-ce qu'une once de volonté pour remettre en cause les politiques passées, on aurait pu penser que cela aurait été possible.  Mais tel n'est pas le cas.

Si les libéraux fédéraux avaient au moins, et de leur côté, un minimum de colonne vertébrale, on aurait là encore pu penser (ou espérer) un éventuel tournant dans les politiques du fédéral.  Mais les libéraux fédéraux n'ont aucune ambition pour défaire ce gouvernement dans l'immédiat.  Ils l'ont démontré lors du récent débat autour du budget.  Stephen Harper le sait très bien et, même s'il est minoritaire au sein de la Chambre des Communes, il peut donc agir comme s'il était majoritaire.

Si finalement, Barack Obama avait lui-même eu les coudées franches, et à supposé qu'il veuille véritablement se débarrasser, comme plusieurs le disent, du "pétrole sale" et qu'il veuille aussi, et ce de manière tout aussi sérieuse, mieux contrôler les aléas des grandes multinationales (ce qui serait très certainement une première de la part d'un président américain, tout au moins depuis un bon bout de temps), peut-être pourrait-on penser qu'il pourrait faire effectivement pression sur Stephen Harper.  Cela fait en même temps beaucoup de si et, surtout, cela ne tient pas compte de la réalité courante, puisque Barack Obama n'a pas vraiment les coudées franches par les temps qui courent.  Les nombreuses difficultés rencontrées par ce dernier, pour faire adopter par le Congrès américain son fameux plan de relance, le montrent.

Reste finalement la dernière question devant faire l'objet de discussions durant cette visite éclair, soit la question de l'Afghanistan.  Là encore, on ne devrait pas trop se faire d'illusions puisque, sur cette question plus particulière, l'opinion de la grande majorité des Québécois et des Québécoises (et aussi des Canadiens et des Canadiennes) est en fait assez différente de celle mise de l'avant (tout au moins de manière officielle sur la place publique) par Barack Obama.

Tout compte fait, et comme nous le disions plus haut, le ballon risque, au moins pour le moment, de se dégonfler assez vite par rapport à cette visite.  Ce n'est pas pour dire que les revendications émises par tous ces mouvements sociaux ne sont pas légitimes.  Bien au contraire.  Nous-mêmes, au PCQ, appuyons ces revendications.  Sauf que cela prendra bien plus qu'une simple visite de quelques heures, de la part d'un président américain, pour faire changer la donne.  Surtout quand on voit dans quel cul de sac la politique fédérale, à Ottawa, nous enferme présentement ...
 

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